DES SECRETS « DU COMPAGNON MENUISIER »

C'est ainsi que nous nommerons ces intéressants petits assemblages. Car si nous avions le loisir de nous livrer à des recherches sur leur origine ou pour la reconstitution de leur histoire, c'est de ce côté que nous dirigerions nos investigations. Là aucun doute ne semble possible pour quiconque a étudié quelque peu l'histoire des corporations. C'est bien de ces associations, où l'imagination a toujours été si fertile en découvertes et qui eurent pour objectif principal les difficultés de métier, que son nés ces assemblages si simples en eux-mêmes et cependant si embarrassants. En voulez-vous un exemple? Prenez dans la main l'un de ceux contenus dans cette planche 30, examinez-le en tous sens, tournez-le et le retournez encore, si son exécution est irréprochable et que votre esprit ne soit prévenu, il est à peu près certain, même en supposant votre patience inépuisable, que vous vous verrez dans l'obligation de renoncer à chercher davantage tout indice de nature à vous faire découvrir le secret de l'assemblage. En effet, comment se douterait-on, un seul instant, en voyant des morceaux de bois bien assemblés, comme les figures 3 et 4, par exemple, que ceux-ci peuvent se réunir et se séparer aussi facilement qu'un tenon d'une mortaise! Cependant il en est ainsi ; et si vous examinez les deux pièces séparées (figure 2) le secret sera mis à nu, il n'y en aura plus ni pour vous ni pour moi; mais, semblable à l'œuf de Christophe Colomb, il fallait le trouver.

Pour exécuter un assemblage de ce genre, double ou simple, appelé assemblage à queues d'aronde sur quatre faces, il suffit, tout d'abord, après avoir corroyé très juste les morceaux de bois qui doivent être réunis, de bien dresser les extrémités sur lesquelles l'assemblage doit être pratiqué ; puis de tracer les queues sur chaque face, à l'aide d'un trusquin en ayant soin de les bien proportionner; de tracer ensuite leur direction oblique en bout et enfin, avec une scie bien fine, de suivre exactement tous ces traits. Les coups de scie donnés, les arasements faits et les entailles évidées avec un ciseau bien d'affût, il ne reste plus qu'à ajuster, s'il y a lieu, la coupe et assembler, d'angle en angle, les deux morceaux de bois, après quoi on donne un léger coup de rabot pour afleurer le tout.