taient le total des greffes connues à cette époque à 124. Nous ne serions point en peine d'en décrire plus de 200, toutes différentes les unes des autres, si nous voulions donner tout ce qui se fait ou s'est fait quelque part en ce genre à notre connaissance. Mais de tout cela qu'y a-t-il de réellement applicable ? Une vingtaine de procédés, et parmi ces vingt, cinq ou six seulement sont d'un usage fréquent pour la pratique journalière. Le reste comprend, soit des expériences plus ou moins utiles au progrès de la physiologie végétale, soit des procédés surannés, appartenant à l'histoire de l'horticulture.
La classification adoptée par André Thouin a pour base unique la nature des procédés. M. le comte Giorgio Gallesio (Pomona italiana), fait observer avec beaucoup de raison ce que cette division présente d'arbitraire et même d'opposé en certain cas aux actes de la vie végétale pendant la reprise de la greffe. Tout en partageant l'opinion du savant agronome Italien, nous croyons que tous les jardiniers nous sauront gré de conserver une classification généralement admise, non-seulement en France, mais dans presque toute l'Europe.
GREFFES CLASSÉES SELON LA MÉTHODE
D'ANDRÉ THOUIN
(4 sections, 16 séries).
| Sections. | |
| Greffes...... | \{ array{l} par approche ou en approche \\ par scions......\\ par gemma......\\ herbacées...... array \} 124 greffes. |
Séries.
| 1re SECTION. | sur tiges...... | 40 greffes. |
| sur branches...... | ||
| Grefies | sur racines...... | |
| par approche | de fruits...... | |
| de fruits et de fleurs...... | ||
| 2e SECTION. | en fente...... | 47 greffes. |
| en couronne...... | ||
| en ramilles...... | ||
| Greffes...... | de côté...... | |
| par et sur racines...... | ||
| 3e SECTION. | en écusson...... | 28 greffes. |
| Greffes...... | en flûte...... | |
| 4e SECTION. | unitiges...... | 9 greffes. |
| Grefies | omnitiges...... | |
| herbacées | multitiges...... | |
| des végétaux | non ligneux...... |
§ II. — Greffes en approche.
Cette greffe a été indiquée aux hommes par la nature; il est probable qu'elle a donné l'idée de toutes les autres. Il arrive assez souvent dans les forêts que deux arbres croissant à proximité l'un de l'autre se frottent au point de contact, usent réciproquement leur écorce, et finissent par se souder l'un à l'autre pour vivre d'une vie à la fois commune et distincte, puisque chacun des deux conserve ses racines : telle est la plus simple des greffes en approche.
\mathbf {A}. - \text {Greffe Magon}.
Dès la plus haute antiquité, les Phéniciens avaient remarqué cette propriété des arbres de reprendre l'un sur l'autre; ils en faisaient l'application à leurs arbres fruitiers, notamment au châtaigner et à l'olivier; les Grecs et les Romains suivaient à leur exemple ce procédé négligé de nos jours, mais respectable par les longs services qu'il a rendus à l'humanité pendant bien des siècles. Plusieurs sujets de même espèce étaient plantés dans la même fosse; chacun d'eux était dépouillé d'une lanière d'écorce, puis toutes les plaies étaient mises en contact et maintenues par une bonne ligature. Il en résultait des arbres beaucoup plus forts et plus durables que chaque sujet ne l'eût été s'il avait vécu isolément. On attribue l'invention de cette greffe (fig. 185) au Carthaginois Ma-
gon, qui n'en était probablement que le propagateur. Les Carthaginois la répandirent en Espagne et en Sicile où elle fut longtemps pratiquée; les célèbres châtaigners du mont Etna et les énormes oliviers d'Espagne doivent à ce procédé leur longévité séculaire et leurs dimensions colossales.
\mathrm{B.} - \text {Greffe Diane.}
La même greffe s'opère aussi fréquemment dans les bois, sans l'intervention de l'homme, entre deux tiges flexibles qui s'enroulent en spirale l'une sur l'autre; les jardiniers en font quelquefois usage dans les jardins paysagers : elle est connue sous le nom de greffe Diane (fig. 186).
De tous les arbres de l'Europe tempérée, le cornouiller (cornus sanguinea) est celui qui se prête avec le plus de facilité à la greffe par approche. Dans la Belgique wallonne et dans le nord de la France, on en compose des clôtures et des berceaux qui finissent par être tout d'une pièce, car partout où les tiges se rencontrent, soit en long, soit en travers, elles s'unissent l'une à l'autre. Nous connaissons à Visé (province de Liège, Belgique) un immense berceau de cornouillers dont on a retranché toutes les souches moins trois, une au milieu, les autres aux deux extrémités de la demi-circonférence décrite par la base du berceau; sa végétation n'en a point été altérée; il continue à se couvrir de fleurs et de fruits. Ces exemples montrent le parti qu'on pourrait tirer de la greffe en approche rarement pratiquée dans nos jardins. Tous les arbres ne s'y prêtent pas