moins que ses racines ne rencontrent un sous-
sol de tuf ou d'argile, où elles ne sauraient vivre. Les racines du prunier ne plongent pas ;
elles s'étendent en tout sens, à peu de distance
au-dessous de la surface du sol ; les sujets de
prunier doivent être préférés pour multiplier le
pêcher dans un sol peu profond, à un sous-sol
de tuf ou d'argile. Le pépiniériste, dont la clientelle est assez étendue, doit toujours être muni
de pêchers greffés sur amandier et sur prunier,
comme le font ceux de Vitry (Seine), chez les-
quels on vient de très loin acheter des arbres
élevés avec beaucoup de soins et d'intelligence.
Le prunier se greffe toujours quelques jours plus tôt que l'amandier; l'un et l'autre sont écussonnes à œil dormant, du 15 août au 15 septembre. On greffe l'amandier la première année de sa mise en pépinière; le prunier doit y passer deux ans avant d'être greffé.
En Belgique, on greffe très fréquemment le pêcher sur lui-même; les semis de noyaux de choix reproduisent très souvent leur fruit, et n'ont pas besoin d'être greffés; on laisse donc un grand nombre de sujets montrer leur fruit avant de les greffer; mais au lieu de les conserver en place en pépinière, on les plante à l'espalier; si le fruit ne vaut rien, les sujets, ayant acquis beaucoup de force et ne devant plus être transplantés, peuvent supporter deux greffes, une de chaque côté, pour former en même temps les deux branches principales de la charpente. Il faut observer qu'en Belgique on donne aux murs de clôture, construits en briques, plus d'élévation que nous n'en donnons généralement aux nôtres; les pêchers pierrettes, nom qu'on donne aux sujets francs de pied, ont toujours plus de vigueur que les autres, et couvrent plus vite une grande surface d'espalier. Au rebours de ce qui se pratique en France, on réserve le haut de l'espalier pour le pêcher, qu'on greffe à haute tige sur prunier, quand le mur est décidément trop haut pour qu'il puisse le garnir en totalité; la partie inférieure est garnie dans ce cas d'abricotiers conduits de manière à ne pas gêner les pêchers.
Lorsque la greffe a repris, on rabat le sujet à 0m ,08 ou 0m ,10 au-dessus de l'écusson ; on supprime sur le chicot laissé au sujet tous les yeux, à l'exception d'un seul à son extrémité supérieure, près de la coupure ; cet œil est réservé comme œil d'appel. Il faut le surveiller de très près pour empêcher qu'il ne s'emporte, et l'arrêter par des pincements successifs ; il n'est là que pour empêcher le chicot laissé au-dessus de la greffe de mourir, afin que, quand on le supprimera, la cicatrisation s'opère plus facilement sans nuire à la greffe. Le point le plus délicat de la conduite du pêcher greffé en pépinière, c'est de ménager les yeux placés au bas de la pousse de la greffe; il faut empêcher leur développement anticipé. Ces yeux, sur lesquels repose tout l'espoir du jardinier pour former la charpente de l'arbre en espalier, peuvent partir avant le temps lorsqu'il arrive à la greffe un accident, une rupture, une simple courbure, ou bien lorsqu'on supprime à contre-temps les bourgeons de sa partie supérieure, ce qui fait refluer la sève vers le bas, et provoque le développement intempestif des yeux de cette partie. Il importe que la greffe soit assujettie de manière à éprouver le moins d'ébranlement possible; dans les premiers mois, elle adhère faiblement au sujet, et pourrait aisément être décollée.
Les espèces ci-dessous indiquées veulent être greffées spécialement sur des sujets d'amande amère :
\text {Pêche} \left\{ \begin{array}{l} \text {bourdine ou royale.} \\ \text {pourpre et hâtive.} \\ \text {rouge de la Madelaine.} \\ \text {violette hâtive (petite et grosse).} \\ \text {violette tardive.} \end{array} \right.
Les pêches de Chevreuse et les pêches à peau lisse (brugnons), préfèrent les sujets de prunier de Saint-Julien à ceux de Damas.
Le pêcher ne se greffe pas toujours en pépinière; lorsqu'on n'est pas pressé, on laisse le sujet s'enraciner au pied de l'espalier avant de le greffer; l'arbre est ordinairement plus vigoureux et plus durable que s'il avait subi la transplantation après avoir été greffé.
§ VII. — Sujets de prunier et d'abricotier pour abricotier.
Trois variétés d'abricotier : l'abricot de Hollande, l'abricot-pêche et l'alberge, se reproduisent semblables à elles-mêmes par le semis de noyaux. Les noyaux de toutes les variétés donnent des fruits différents de ceux qui les ont produits, mais mangeables; ce qui fait dire avec raison à M. Lelieur qu'il n'y a pas d'abricot sauvage. L'abricotier se greffe soit sur lui-même, soit sur prunier; les sujets de semis de gros damas noir sont les meilleurs, parmi ceux de prunier, pour recevoir la greffe de l'abricotier, mais les sujets de noyaux d'abricots leur sont toujours préférables. Ils se greffent de la même manière que les sujets de pêcher et réclament les mêmes soins en pépinière. Ceux qu'on greffe à haute tige pour former des arbres en plein vent ont besoin d'être solidement fixés à de forts tuteurs, jusqu'à ce que la greffe soit bien attachée. L'inconstance de notre climat rend les récoltes d'abricots incertaines sur les arbres à haute tige; il en résulte qu'on cultive de plus en plus l'abricotier en espalier, bien que son fruit soit toujours de beaucoup inférieur à celui des arbres en plein vent. On greffe aussi fréquemment l'abricotier à 0m,30 de terre pour le conduire en vase; cette forme réunit aux avantages du plein vent, quant à la qualité du fruit, celui de faire profiter plus facilement l'arbre d'un abri naturel ou artificiel qui préserve du froid sa fleur trop précoce, souvent détruite par les gelées du printemps. Les abricotiers pour espalier doivent être greffés à quelques centimètres au-dessus du sol et sur prunier-cerisette, arbre qui a peu de vigueur, mais une longue durée.