prise delicatement et frottée légèrement avec une brosse douce avant d'être enveloppée d'une feuille de vigne, exempte d'humidité, et déposée dans le panier pour être portée au marché. Le duvet de la pêche est d'une nature caustique; il serait dangereux à respirer; les femmes qui brossent les pêches ont soin de se placer dans un courant d'air; le duvet qui s'attache inévitablement à leurs mains y cause des démangeaisons très vives. On ne peut que louer la dextérité avec laquelle un fruit si délicat est emballé dans les feuilles de vignes et si bien assujetti, sans pourtant éprouver aucun froissement, qu'il supporterait, dit M. Lelieur, un voyage de plusieurs jours. Cette partie de l'éloge est peut-être exagérée, mais il est certain qu'il vient à la halle de Paris des pêches cueillies et emballées à la manière de Montreuil, qui, après un trajet de 2 myriamètres, sont aussi fraîches que si l'acheteur les détachait lui-même de l'espalier.
SECTION IV. — Frais et produits des jardins de Montreuil.
\S 1 ^ {\text {er.}} - \text {Frais.}
Le terrain présumé propre à la culture du pêcher est fort cher à Montreuil et aux environs ; nous disons présumé, car il n'y a jamais de certitude à cet égard; celui qui fait l'acquisition d'un terrain dans le but d'y élever des murs et d'y planter des pêchers, ne sait jamais d'avance d'une manière certaine si son projet réussira ; il arrive très souvent, par des circonstances qu'il est impossible de prévoir, que le pêcher ne prospère pas là où tout semblait devoir faire espérer de cet arbre une riche végétation et une fructification abondante. Dans ce cas, la dépense des murs d'espalier n'est pas perdue; mais il faut les planter à neuf, en abricotiers, cerisiers et poiriers des meilleures espèces; c'est bien du temps perdu pendant lequel les intérêts des sommes avancées pour les constructions, l'achat du terrain et la plantation des pêchers, courent en pure perte. C'est pour cette raison que beaucoup de propriétaires plantent entre deux pêchers un autre arbre à fruit, sauf à l'arracher si les pêchers viennent à souhait; par ce procédé, on s'expose sans doute à perdre les frais d'achat et de culture des arbres qu'il faudra supprimer avant leur mise à fruit; mais si ce sont les pêchers qui doivent être supprimés, l'espalier se trouve garni sans perte de temps. Cette végétation capricieuse du pêcher, cette impossibilité de compter sur le succès d'une plantation faite dans les conditions en apparence les plus favorables, ôte une partie de leur valeur aux terrains voisins de Montreuil, où l'on se propose de cultiver le pêcher en espalier; cette valeur se règle sur l'état des pêchers voisins, dont la vigueur est pour l'acquéreur la plus forte garantie de succès.
Un hectare de terrain dans de bonnes conditions, nu et sans clôture, mais renfermant dans le sous-sol la pierre à bâtir, vaut environ 6,000 fr. au moment où nous écrivons (1843). La construction des murs est le principal article de dépense pour l'établissement d'un jardin fruitier à la Montreuil. Les marchés pour ces constructions se passent à diverses conditions; l'arrangement le plus simple et le plus usité consiste à donner à l'entrepreneur une somme déterminée par mètre courant; cette somme est en ce moment de 15 fr. pour des murs de 3 mètres de hauteur, chaperons compris, ayant 2m ,70 sous chaperon; le propriétaire n'a dans ce cas à s'embarrasser de rien: l'achat de la chaux, du plâtre, des tuiles pour le chaperon, l'extraction de la pierre, le crépissage des murs, tout regarde l'entrepreneur; il est même chargé du transport et de l'approche des matériaux. Quoique ce prix soit extrêmement modique, les propriétaires qui ont des chevaux et des charrettes nous ont assuré qu'ils trouvaient encore de l'économie à se charger des transports et à fournir la chaux, le plâtre et la tuile; dans ce cas, ils ne paient que 9 fr. le mètre courant, pourvu toutefois que la pierre se trouve sur le terrain; mais c'est ce qui a lieu partout sur le territoire des trois ou quatre communes qui suivent la culture de Montreuil. Le calcul des propriétaires qui prennent ce second arrangement n'est juste que parce qu'ils font l'approche des matériaux en hiver, époque où leurs chevaux resteraient à l'écurie. Pour ne pas multiplier inutilement les chiffres, nous prenons pour base le prix de 15 fr. le mètre courant, à forfait.
Un hectare de jardin à la Montreuil exige :
| 1° Murs de clôture de 4 mètres de hauteur... | 400 m. |
| 2° Murs intérieurs, à 12 m. de distance, 3mètres de hauteur...... | 800 |
| 5° Contreforts à angle droit avec les mursd'espalier...... | 200 |
Les murs de clôture, plus élevés et plus épais que les murs intérieurs, coûtent 25 fr. le mètre courant, tout compris, ce qui donne pour la dépense totale :
| Quatre cents mètres de murs de clôture,à 25 fr. | 10,000 |
| Huit cents mètres de murs intér., à 15 f... | 12,000 |
| Contreforts, comme les murs de clôture,200 mètres. | 5,000 |
| TOTAL. | 25,000 |
Les murs construits, il s'agit de les garnir d'arbres en espalier. Les murs de clôture ne peuvent être plantés que d'un côté, quelle que soit leur exposition; ils peuvent recevoir quatre-vingt pieds d'arbres à 5 mètres les uns des autres. Les murs intérieurs peuvent être plantés des deux côtés; nous ferons observer à ce sujet que les jardiniers de Montreuil n'ont, avec raison, aucun égard à la symétrie, non plus qu'à la direction des murs de clôture; ils ne cherchent que l'exposition la plus favorable, de sorte que le plus souvent leurs lignes