détachées de l'arbre qui les a nourries; ces greffes, jusqu'à la reprise, n'existent qu'aux dépens du sujet ; elles vivent ensuite à la fois par le sujet et par les éléments que leur feuillage puisse dans l'atmosphère. Parmi les divers procédés de la greffe par scions, le plus utile se nomme greffe en fente. Il exige la suppression de la tête du sujet, pour que toute la sève tourne au profit de la greffe, dont la force doit être proportionnée à celle du sujet. On a cru longtemps ne pouvoir la pratiquer qu'au printemps, à la sève montante; on sait aujourd'hui qu'on peut greffer en fente, avec autant de chances de succès, pendant le repos de la sève. ( Voir Greffe au coin du feu.) Les anciens connaissaient et pratiquaient la greffe en fente simple; Atticus la recommande pour greffer la vigne sauvage. Constantin César prétendait communiquer au raisin des propriétés particulières en greffant la vigne en fente après avoir enlevé la moelle du sujet pour lui substituer des couleurs, des aromates ou divers médicaments; il prouvait seulement par là sa profonde ignorance des premiers éléments de la physiologie végétale.
Dans le midi de la France, le mot greffer s'applique exclusivement à la greffe en fente; les jardiniers de ce pays ne regardent point la greffe en écusson comme une greffe, et si l'on emploie en leur parlant le mot greffer à la place d'écussonner, ils ne vous comprennent pas.
La greffe en couronne paraît être l'une des plus anciennement pratiquées; Théophraste et Pline en font mention. Dans nos départements de l'ouest, où le poirier est cultivé en grand pour la production des fruits à cidre, concurremment avec le pommier, on est dans l'usage de recéper, pour les rajeunir, les arbres épuisés de vieillesse; on greffe en couronne, exactement d'après le procédé de Pline, les grosses branches qui ne tardent pas à se couvrir de rameaux jeunes et productifs. La greffe de côté, décrite par Térence, était aussi connue de l'antiquité, mais pratiquée très imparfaitement en insérant un rameau dans un trou fait avec une tarière. Nous décrirons les plus utiles des divers procédés de greffe en scions.
A. — Greffe Atticus.
Insertion dans le sujet (fig. 192), fendu par
le milieu, d'une greffe (fig. 193) munie de trois yeux au moins, et taillée par son extrémité inférieure en lame de couteau. Dans cette greffe, la
coupe est horizontale; le sujet est presque toujours plus gros que la greffe; dans ce cas, au lieu de l'insérer au milieu, on le rapproche d'un des bords de la fente, afin de faire coïncider les coupures des deux écorces, comme le montre la figure 194. La greffe serait au contraire insérée dans le milieu de la fente du sujet s'ils étaient tous les deux de même grosseur. La greffe Atticus est éminemment propre à la vigne et aux sujets dans lesquels la greffe doit être enterrée; sa solidité la rend également propre à greffer des arbres à fruits à haute tige.
Aucune greffe en fente ne reprendrait si on laissait les parties coupées, soit du sujet, soit de la greffe, exposées au contact desséchant de l'air; on bouche avec soin la fente, et l'on recouvre la jointure avec différents enduits, dont nous indiquerons les plus usités.
Onguent de Saint-Fiacre. — On pétrit avec un peu d'eau une partie de terre forte et une partie de house de vache, de manière à en faire une pâte de bonne consistance; il ne faut pas que la terre employée soit trop argileuse; elle se crevasserait en séchant, et l'effet désiré serait manqué. Ce mélange, fort simple, qu'on peut se procurer partout et en tout temps, nous paraît bien préférable aux compositions plus compliquées qu'on emploie à sa place; c'est toujours lui que préfèrent les vieux praticiens; il justifie la prédilection qu'on lui accorde; ses usages multipliés ont porté nos pères à le consacrer au saint patron du jardinage dans toute la chrétienté.
Cire à greffer. — La meilleure est celle dont Miller donne la recette; elle est formée de té-rébenthine, de cire jaune et de résine par parties égales; elle partage, avec toutes les compositions analogues, l'inconvénient très grave de ne pouvoir s'employer qu'au moyen de la chaleur. L'application, sur la greffe, de cet enduit, seulement un peu trop chaud, peut la faire périr.
B. — Greffe à l'anglaise.
L'inspection de la figure 195 montre la manière de pratiquer cette greffe, la plus solide de toutes ; elie est principalement applicable aux sujets d'un petit diamètre, à bois très dur. La difficulté consiste à tailler le bas de la greffe assez adroitement pour qu'elle puisse s'ajuster dans la taille du sujet; ce procédé n'est praticable que lorsque la greffe et le sujet ont le même diamètre.
Miller indique une greffe du même genre, moins difficile et presque aussi solide, qu'il nomme greffe en langue d'oiseau; André Thouin lui a donné le nom du savant jardinier anglais, qui ne s'en prétendait pas l'inventeur; il importe au succès de cette greffe (fig. 196) que le cran et la coche du sujet destiné à le recevoir s'emboîtent exactement, résultat plus facile à obtenir par la greffe Miller que par la greffe anglaise. Les pépiniéristes anglais greffent constamment de cette manière les arbres à fruits à haute tige, exposés à des vents violents; elle est aussi en usage dans nos départements de l'ouest; elle