petitesse extrême, ils sont à peine visibles à l'œil nu, sous la forme d'une poussière rougeâtre très divisée. C'est à cette destruction des œufs de kermès par les fourmis qu'on doit d'en être délivré, souvent pour plusieurs années, parce qu'à l'époque où elle a lieu, les mâles et la plupart des femelles sont morts. Il nous est arrivé bien des fois de transporter au pied d'un pêcher attaqué des kermès une fourmilière que nous avions l'ingratitude de détruire après qu'elle avait fait disparaître les œufs de kermès.
3. Pucerons.
Pàrmi les insectes ennemis des arbres à fruit, les pucerons sont, sinon les plus redoutables, au moins les plus nombreux, s'il est vrai, comme le prétendait Réaumur qu'un puceron puisse avoir en cinq générations seulement 5,904,900,000 descendants, et que dans le cours d'une année dix générations de cet insecte puissent se succéder. On ne peut tenter d'arrêter cette prodigieuse multiplication que sur les arbres en espalier; ceux qui attaquent les arbres en plein-vent sont si nombreux, les fêtes de l'ecorce et les surfaces des feuilles leur offrent tant de retraites, que les lavages et les aspersions en épargnent toujours quelques-uns; c'en est assez pour qu'en peu de jours l'arbre en soit de nouveau tout couvert. Il n'en est pas de même sur l'espalier; l'étendue d'espalier occupée par chaque arbre en particulier peut être soigneusement close avec un drap qu'on a soin de mouiller pour le rendre plus imperméable à la fumée; on introduit alors entre le drap et le mur un réchaud ordinaire rempli de charbons allumés sur lesquels on jette plusieurs poignées de tabac à fumer; le plus fort est le meilleur. La fumée caustique du tabac maintenue pendant une demi-heure, détruit complètement les pucerons qui n'ont contre elle aucun lieu de refuge. Ce procédé est sûr ; mais on comprend combien il est dispendieux et difficile à pratiquer lorsqu'il s'agit de délivrer des pucerons des centaines de pêchers couvrant plusieurs kilomètres de murs d'espalier, tels qu'on en voit à Montreuil et dans les communes voisines. On ne peut alors recourir qu'aux aspersions avec l'un des liquides caustiques indiqués plus haut.
De toutes les variétés du puceron la plus redoutable est le puceron surnommé par les naturalistes laniger ou porte-laine, à cause d'une sorte de duvet blanc très fin dont il se recouvre; duvet qui paraît être fabriqué en commun par ces pucerons, comme les toiles dont s'enveloppent certaines tribus de chenilles. Partout où des groupes de pucerons lanigères s'établissent sur l'écorce d'un pommier, leurs piquères produisent des tumeurs qui dégénèrent en ulcères en tout semblables au chancre constitutif que nous avons décrit. Les ravages du puceron lanigère sont sans remède sur les grands pommiers en plein-vent du verger; elles entraînent fort souvent la perte des arbres. Mais sur les pommiers greffés sur paradis et même sur doucain, on peut parvenir à les en-
lever à mesure qu'ils se montrent, parce qu'ils
vivent toujours par groupes, sans jamais se
disperser. Les plaies produites par ces insectes
doivent être traitées exactement comme des
chancres.
4. Chenilles et vers.
Il n'y a réellemeut que les arbres en espalier, en pyramide, en vase et en buisson qui puissent être échenillés avec quelque succès. Les chenilles les plus faciles à détruire sont celles dont les œufs, enveloppés d'un enduit glutineux, sont collés sous forme d'anneaux autour des jeunes branches des arbres. Toutes ces branches, à la taille d'hiver, doivent passer l'une après l'autre sous les yeux du jardinier ; il peut, avec un peu d'attention, apercevoir et enlever, les anneaux d'œufs de chenilles; ceux qui lui auraient échappé éclosent sous l'influence des premières chaleurs du printemps, avant que le feuillage des arbres fruitiers se soit assez développé pour les dérober à la vue; ces chenilles sont donc les plus aisées à détruire. Quant à celles qui attaquent les arbres en plein-vent, il est presque impossible d'atteindre leurs œufs, et fort difficile de détruire les chenilles écloses ; on ne prend le plus souvent que les chenilles processionnelles, vulgai-rement nommées livrées, qui se filent une sorte d'enveloppe analogue à une forte toile d'araignée, sous iaquelle elles s'abritent en commun.
Nous ne mentionnerons les vers qui attaquent les fruits que pour nous borner à constater l'impossibilité de les détruire; la plupart de ces vers naissent d'un œuf solitaire déposé par une mouche dans l'ovaire peu de temps après la fécondation qui l'a transformé en fruit; le fruit attaqué n'en parcourt pas moins le plus souvent toutes les phases de son développement; la présence du ver contribue seulement à le faire mûrir et tomber un peu plus tôt que les fruits sains: c'est un mal sans remède.
Un autre ver particulier au pommier se loge dans les boutons à fruit ou à bois, d'ordinaire dans les plus gros; l'œuf de ce ver est déposé par un très petit insecte, soit au sommet, soit à la base du bouton; le mal qu'il fait à l'arbre ne se borne pas à la perte de l'œil attaqué; il en résulte toujours une plaie qui, lorsqu'on la néglige, devient un véritable chancre; il n'y a d'autre remède que de rabattre la branche sur un bon œil au-dessous du bouton endommagé.
5. Hannelons.
Nous avons dit combien les attaques des vers blancs ou turcs (larves du hanneton) sont funestes aux racines des jeunes arbres; on les en préserve jusqu'à un certain point en plantant le long des plates-bandes du jardin fruitier des bordures de fraisier, ainsi que nous l'avons recommandé; mais dans les années où les hannetons pullulent, ce moyen est très insuffisant : c'est un mal qu'il faut se borner à déplorer, sans pouvoir en arrêter les ravages.