dans le vinaigre, ni dans l'acide sulfurique, mais elle disparait dans l'acide nitrique ; elle se change en rouge par un alcali; elle passe au noir clair par la noix de galle concassée, et se change en un beau vert par l'évaporation. Des étoffes teintes en bleu avec cette dissolution traitée comme les matières végétales de même nature employées en teinture, ont offiert une couleur belle et solide.

Plusieurs arbres et arbustes fournissent aussi des matières colorantes. Les suivans sont à peu près les seuls dont on tire parti actuellement en Europe, sous le rapport de leurs propriétés tinctoriales.

Nerprun (Rhamnus). Deux espèces de ce genre d'arbrisseaux appartenant à la famille des Rhamnées fournissent des produits utilisés dans les arts : — 1° Le N. purgatif (R. catharticus, L.), arbrissean de 8 à 10 pieds de hauteur, très-abondant dans les haies et les bois. Ses fruits, qui ont une saveur amère, désagréable et une odeur nauséabonde, servent à préparer un médicament purgatif fort énergique, le sirop de nerprun, qui se trouve dans toutes les pharmacies, et enfin le vert de vessie qu'on obtient en rapprochant ces fruits lorsqu'ils sont mûrs, par l'évaporation, et en les mettant dans des vessies avec une certaine quantité d'alun; cette couleur est fort employée dans la peinture en détrempe et dans le lavis. — 2° Le N. des teinturiers (R. infectorius, L.), arbrisseau plus petit, originaire du midi de la France, mais qui supporte le climat de Paris. Ses fruits, cueillis avant leur maturité, sont vendus dans le commerce sous le nom de graine d'Avignon, et donnent une couleur jaune que les teinturiers de petit teint emploient fréquemment, mais qui n'est pas solide ; la décoction de ces grains avec du blanc de céruse forme une couleur jaune verdâtre, nommée stil de grain. — Ces deux arbustes, très-rameux et très-épineux, sont très-propres à former de bonnes haies qui pourraient donner ainsi un produit supplémentaire.

L'Epine-vinette (Berberis vulgaris, L.), Vinettier, en outre de son fruit, dont, aux environs de Dijon, on tire bon parti pour faire des confitures très-estimées, et de son bois qui produit d'abondans fagots et que les tourneurs et les ébénistes recherchent à cause de sa couleur, contient dans le bois et les racines une couleur jaune assez belle et assez solide, dont on fait cependant peu d'usage. MM. BUCHNER, de Munich, ont tout récemment extrait de 100 parties d'écorce d'épine-vinette, 1/3 d'une substance qu'ils ont nommée Berberine, et dont la dissolution diversement préparée peut très-bien être appliquée à la teinture en jaune, jaune verdâtre et jaune brunâtre, surtout de la soie et de la laine.

Les Múriers noir et blanc (Morus nigra et alba) sont encore énumérés par Thouin au nombre des plantes tinctoriales, comme fournissant un bois propre à la teinture en jaune.

Enumération des plantes tinctoriales. — Les matières colorantes provenant des végétaux sont, les unes de nature résineuse, et les autres des modifications de la matière extractive. Parmi les couleurs résineuses, il en est de jaunes, le Curcuma, la Gomme-gutte, le

Chica, etc.; de rouges, la Garance, les Caille-lait, le Sang-dragon, le Santal, le Carthame, le Safran, l'Alkanna, le Phytolacca decandra, l'Orcanette, l'Onosme, etc.; devertes, la Chlorophyllle, le Vert de vessie; mais il ne parait pas qu'il y en ait de bleues. Les substances bleues sont généralement de nature extractive: parmi celles-ci, il y en a de jaunes, Reseda luteola (Gaude), Anthemis tinctoria (Camomille), Nerprun des teinturiers, Epine-vinette, Genista tinctoria, Quercus tinctoria, Morus tinctoria, et beaucoup d'autres; de rouges, Alizarine, Haematine, etc.; mais, à ce qu'il parait, il n'y en a pas de vertes. Quant aux couleurs végétales bleues, on peut les diviser en deux sections: A. Les matières colorantes bleues de la fructification: des fleurs et des fruits, surtout des fruits charnus. On pourrait les appeler bleus naturels, parce que la couleur est déjà formée pendant la vie de la plante, comme dans les pétales des Viola odorata, Iris germanica, Commelina communis, Sysoyrinchium tinctorium, Aquilegia vulgaris, Centaurea cyanus, Campanula rotundifolia, et une multitude d'autres plantes; le bleu existe dans le suc des baires du Sambucus nigra, de quelques variétés de Vitis vinifera, Vaccinium Myrtillus, Rubus caesius, Empetrum nigrum, etc. B. Les matières colorantes bleues des organes de la nutrition : de la racine, de la tige, des feuilles. La couleur y est rarement primitive et formée pendant la vie du végétal; elle parait ne se former qu'après la mort de la plante par des combinaisons chimiques; de là le nom de bleu chimique qu'on peut donner à ces matières: c'est à cette action qu'appartient l'Indigo. Dans les Légumineuses, la matière colorante bleue se trouve dans les Coronilla Emerus, Vouapa simira, Baptisia tinctoria, Tephrosia tinctoria, Amorpha fruticosa, Robinia Caragana, Ononis Anil, et plusieurs autres; dans les Polygalées, le Polygala bracteolata Forskalh, et tinctoria Vahl., donnent une sorted d'indigo; dans les Crucifères, la plante la plus connue sous ce rapport est l'Isatis tinctoria (Pastel); on peut aussi obtenir une couleur bleue des feuilles et tiges d'une variété de Brassica oleracea et de l'écorce de la racine de quelques Raphanus sativus; dans les Acérinées, l'Acer rubrum, dont on colore en Amérique la laine et le lin; dans les Synanthérées, le Spilanthus tinctoria Loureiro, dont on tire en Cochin-chine une substance tinctoriale très-semblable à l'indigo; il est probable que l'on trouvera une matière semblable dans les Spilan-thus oleraceus et Fuscus communis des jardins. Dans les Polygonées, le Polygonum Fagopy-rum (Sarrasin) desséché avant l'entière maturité de ses fruits; d'après Thunberg, les P.chinense, barbatum et aviculare, sont cultivés au Japon comme plantes donnant une substance tinctoriale d'un beau bleu semblable à l'indigo. Dans les Apocynées, le Pergularia tin-toria Sprengel, de Sumatra, le Gymnema tingens Sprengel, ou Asclepias tungens Roxb., du Pégù, et le Wrightia tinctoria Rob. Brown, ou Nerium tinctorium Roxb., donnent des couleurs bleues très-estimées; dans les Laurinées, les racines du Laurus parvifolia Lam., et du Laurus globosa Aublet, donnent une couleur violette; dans les Euphorbiacées, le Cro