Un grand seigneur anglais faisant construire une vaste serre en charpente, s'avisa d'en faire tremper toutes les pièces dans une solution de deuto-chlorure de mercure (sublimé corrosif); on lui avait enseigné ce préservatif contre les ravages des insectes. Dès qu'on eut rempli cette serre de plantes et qu'il fallut la chauffer, son atmosphère se remplit de vapeurs mercurielles; les plantes jaunirent et périrent ; le jardinier et l'un de ses aides tombèrent malades et moururent ; tous ceux qui avaient travaillé dans la serre furent plus ou moins attaqués; on se hâta de la démolir et de la reconstruire en fer.
§ II. — Serre tempérée.
Si la construction d'une serre tempérée n'était beaucoup plus dispendieuse que celle d'une orangerie, nous dirions aux amateurs d'horticulture : N'ayez pas d'orangeries, ne faites construire que des serres. En effet, on peut poser en principe, comme l'a fait avec beaucoup de sagacité M. Vilmorin, que toutes les plantes d'orangerie réussissent bien et même mieux en serre tempérée, à cause de la grande lumière qu'elles y trouvent, et que, par une raison contraire, les plantes de serre tempérée ne peuvent réussir en orangerie, faute de lumière suffisante à leur végétation ou à leur entretien.
Mais une serre tempérée exige un local construit exprès, et qui ne peut recevoir d'autre destination, tandis qu'une pièce au rez-dechaussée dont on élargit les fenêtres, ou une simple remise à laquelle on adapte une façade vitrée, peuvent improviser une orangerie. La serre tempérée se construit à un ou deux versants. Dans le premier cas, elle reproduit exactement sur de plus grandes dimensions le dessin que nous avons donné de la bâche à double plate-bande (fig. 155); dans le second, elle contient deux plates-bandes séparées par un sentier (fig. 161), ou quatre plates-bandes versants de grandes dimensions sont ordinai-
rement couronnées par une galerie destinée à
faciliter la manœuvre des toiles et des paillas-
sons, qu'il serait trop incommode de faire
monter et descendre sans cette disposition
(fig. 163). Il faut dans ce cas, donner à la
et trois sentiers (fig. 162). Les serres à deux
Fig. 162.
charpente, soit en bois soit en fer, une solidité suffisante pour supporter au besoin un ou plusieurs ouvriers.
§ III. — Vitrages.
Le choix du verre pour le vitrage des sérres est un objet de première importance quant à la santé des plantes; l'économie sur ce point serait bientôt dispendieuse, puisqu'elle occasionnerait la perte d'un grand nombre de végétaux. D'ailleurs, la serre qui est la plupart du temps un objet d'agrément, n'offre plus rien d'agréable pour le véritable amateur d'horticulture, dès qu'il y voit les plantes languir et croître pour ainsi dire à regret. C'est ce qui ne peut manquer d'arriver à celles qui, dans leur pays natal, vivent sous l'influence de la plus éclatante lumière, lorsque dans la serre elles ne sont éclairées qu'à travers du verre commun d'une teinte verdâtre, au lieu de verre blanc dont la transparence parfaite, doit être entre-tenue par la plus minutieuse propreté. Il ne faut jamais perdre de vue ce principe essentiel que tout le travail du jardinier dans la serre a pour but de placer autant que possible les plantes dans les mêmes conditions d'existence que leur offrait leur climat naturel; or, parmi ces conditions, il n'en est pas de plus importante que l'abondance de la lumière.
Les carreaux de vitre se placent ordinaire-ment en recouvrement les uns sur les autres, depuis 5 millimètres jusqu'à 0m ,02 ; cette dernière largeur est la plus usitée par les vitriers, probablement parce qu'elle exige l'emploi d'un plus grand nombre de carreaux. Un recouvre-ment sur une aussi grande largeur a deux inconvénients très graves. D'abord l'humidité, en vertu de la capillarité, sejourne constamment en hiver entre les parties des deux carreaux qui se recouvrent; qu'il survienne un froid un peu vif, la température de l'intérieur de la serre n'empêchera pas cette humidité de geler, ce qui fait fréquemment éclater le verre. Ensuite, sans s'arrêter à ce premier inconvénient, il est impossible d'empêcher que la poussière ne pénétre entre les deux carreaux, et comme on ne saurait l'en faire sortir, elle forme en peu de