(fig. 241), prendraient trop de force s'ils

étaient palissés selon les lignes verticales ponctuées; en les inclinant, on modèle leur végétation. Les bourgeons inférieurs C C C ne pousseraient pas assez vigoureusement pour faire équilibre aux bourgeons B, s'ils étaient palissés selon la ligne horizontale. En les maintenant dans une situation moins gênée, on favorise leur accroissement qui devient facilement égal à celui des bourgeons supérieurs B.

§ VI. — Conduite d'un jeune pêcher.

Une fois les distances marquées et les sujets mis en place (voir Jardin fruitier), il faut arrêter d'avance la forme qu'on se propose de leur donner à mesure qu'ils croîtront; ce point décidé, on commence, dès la première taille, à diriger les jeunes pêchers vers cette forme. Le jardinier doit les façonner à sa volonté à toutes les phases de leur existence, et non pas suivre les caprices de leur végétation, au lieu de la régler à son gré. Le choix d'une forme peut être influencé par plusieurs considérations dont les principales sont la hauteur des murs, leur exposition, et la nature des espèces dont on se propose de garnir l'espalier; il faut aussi avoir égard à la fertilité du sol qui fait prendre aux arbres plus ou moins de développement. Nous pensons que les formes que nous allons indiquer sont les meilleures; toutes se prêtent à l'application régulière des principes rationnels de la taille et de la conduite du pêcher en espalier.

A. — Forme en V ouvert.

C'est la plus commode de toutes pour la taille, et la plus facile à établir ; mais elle laisse perdre une grande partie du mur, parce qu'elle ne peut couvrir l'espalier ni entre les bras du V, ni au-dessous des membres inférieurs (fig. 242).

Fig. 242.

B. — Forme à la Dumoutier.

Cette forme convient surtout pour couvrir de grands espaces avec un petit nombre de sujets. Un propriétaire dont le terrain est décidément contraire à la culture du pêcher ne peut mieux faire que d'adopter cette forme; au moyen d'un seul sujet planté dans un trou rempli de bonne terre rapportée, il peut garnir 15 à 16 mètres d'espalier sur 3,m 50 à 4m de hauteur; le pêcher conduit à la Dumoutier (fig. 243)

Fig. 243.

peut couvrir, dans l'espace de 9 ans, 7 à 8 mètres de chaque côté. C'est, pour la même raison, la forme qui convient le mieux aux terrains très fertiles où le pêcher est susceptible de prendre de très grandes dimensions; elle laisse pendant plusieurs années une grande partie du mur sans emploi; c'est son défaut capital.

Les premiers pêchers sous cette forme ont été établis dans les jardins de Versailles par M. Dumoutier lui-même, sous la direction de M. Lelieur; ils ont été longtemps les plus beaux de leur espèce qui fussent en France. En attendant la croissance des pêchers à la Dumoutier, on plante dans les intervalles d'autres arbres fruitiers très hâtifs qu'on supprime quand les pêchers à la Dumoutier ont aquis tout leur développement.

C. — Forme carrée.

Il n'en est pas de meilleure pour couvrir promptement et en totalité la surface d'un espalier; mais elle est dangereuse à cause de la position verticale que prennent forcément les membres de l'intérieur du V, AA (fig. 244); ces

Fig. 244.

membres sont toujours prêts à s'emporter aux dépens des autres. Dans un jardin qui nous a longtemps appartenu, à Sainte-Walburge près Liège (Belgique), nous avons été force de renoncer à cette forme qui nous avait séduit d'abord ; la fertilité du sol rendait les pêchers trop