mais entièrement exempte, peut faire aux jacinthes un tort irréparable. Lorsque le froid atteint les ognons de jacinthe, ce qui arrive quelquefois en dépit de toutes les précautions dans les hivers très rigoureux, il produit sur ces bulbes un effet très singulier; dès le premier dégel la fleur sort de l'ognon; mais quelle fleur? A prime s'élève-t-elle d'un décimètre au-dessus du sol; l'odeur et la couleur ne sont pas moins altérées; puis l'ognon gelé est atteint de pourriture et meurt. Il est souvent très difficile d'éviter de tels désastres parce qu'une couverture trop chaude, telle qu'il la faudrait pour éviter l'effet de la gelée durant un hiver très rigoureux, aurait un autre inconvénient; elle ferait partir les jacinthes en hiver; alors feuilles et fleurs s'étioleraient avant la saison de la floraison naturelle, et l'on n'y gagnerait rien.

Mais l'ognon de jacinthe, même gelé, même à moitié pourri, n'est jamais entièrement perdu, la vie se réflugie dans le dernier fragment de tunique qui n'est pas encore décomposé; si l'ognon ne se rétablit pas, il donne au moins des caïeux qui le remplacent au bout de quelques années. Il ne faut donc jamais jeter un ognon de jacinthe, quelque endommagé qu'il paraisse; nous en avons eu de très précieux, attaqués par le cœur au point de ne conserver que quelques-unes des tuniques extérieures après l'entèvement de la partie atteinte de pourriture; plusieurs, traités comme nous l'avons indiqué pour les ognons de tulipe, se sont entièrement refaits; les autres ont donné des caïeux en grand nombre. Quelquefois l'ognon, très sain au moment de la plantation se sépare en deux sans cause apparente, et ne fleurit pas; il n'y a pas de remède; il n'est plus bon qu'à produire des caïeux. Une réserve nombreuse entretenue par une culture de caïeux en nombre suffisant est indispensable pour qu'il n'y ait pas de vides dans la planche de jacinthes de collection.

La jacinthe commence à fleurir sous le climat de Paris au commencement d'avril, et beaucoup plus tôt dans les années où le printemps est hâtif; en 1843, il n'était plus question des jacinthes avant la fin d'avril; la température est encore très variable à cette époque; les gelées blanches et les giboulées mêlées de neige et de grêle sont fréquentes. On en préserve les jacinthes au moyen d'une tente; elles supportent sans paraître en souffrir une gelée de deux degrés; ce n'est pas la plante développée, mais seulement le bulbe qui est sensible au froid; jamais à la fin d'avril le froid n'est assez intense pour pénétrer jusqu'à l'ognon, surtout quand la terre est préservée d'un excès d'humidité. Les plus belles jacinthes, parfaitement doubles, quoique munies d'une hampe assez volumineuse, ne peuvent cependant se soutenir sans appui; on plante à cet effet près de chaque ognon de petits tuteurs, peints en vert pour ne pas nuire au coup d'œil; on recommande en général de les lier à ces tuteurs avec des brins de grosse laine verte ; nous avons vu en Belgique les plus belles collections maintenues par des cercles de fil de fer peints en vert, fixés aux tuteurs, sans qu'il en résultat le moindre inconvénient. Les fleurs ne pourraient en souffrir que dans le cas où, la planche n'étant pas suffisamment abritée, elles seraient souvent et fortement agitées par le vent ; elles éprouveraient alors un frottement violent contre le fil de fer ; cet inconvénient est toujours facile à prévenir. La beauté de la floraison et la conservation des collections de jacinthes dépendent en grande partie de la manière de traiter les ognons depuis la fin de leur floraison jusqu'au moment de les planter de nouveau. La méthode hollandaise, adoptée par tous les amateurs les plus expérimentés en Angleterre et en Belgique, consiste à laisser mûrir les ognons sur le terrain pendant trois semaines au lieu de les faire sécher à l'air libre. Voici comment on conduit cette importante opération. Dès que les feuilles commencent à jaunir, ce qui a lieu 15 ou 20 jours après la floraison, on retranche avec une lame bien affilée toute la plante, feuilles et tige, à quelques centimètres au-dessus de la naissance du bulbe, puis on l'arrache avec toutes ses racines fibreuses qu'on débarrasse de toute la terre qu'elles retiennent. On pose ensuite chaque bulbe à côté de la place où il a fleuri, de manière à ce qu'il présente sa pointe au nord et son plateau au sud. On répand sur chaque ognon de la terre sablonneuse très sèche, de manière à en former un cône qui le recouvre complètement; il reste 18 à 20 jours dans cet état. La planche durant ce temps est abritée seulement autant qu'il le faut pour prévenir l'effet des pluies et des rayons d'un soleil trop ardent ; du reste elle ne saurait être trop aérée. On enlève ensuite les fibres qui se sont complètement séchées, et l'on place l'ognon dans le casier après l'avoir débarrassé de ses caïeux et nettoyé soigneusement. La plupart des amateurs enveloppent chaque bulbe séparément dans une feuille de papier. Nous n'avons jamais trouvé cet usage utile ; les bulbes à découvert dans leurs cases sont plus facilement visités ; le contact de l'air sec ne saurait leur être nuisible. Ils se conservent aussi très bien dans du sable fin très sec ; mais si au moment où ils y sont placés quelque ognon se trouve atteint d'une plaie peu apparente, elle a tout le temps de s'étendre, et souvent l'ognon pourri fait pourrir ses voisins avant qu'on s'en soit aperçu ; la conservation à découvert nous a toujours semblé la meilleure dans la pratique.

Quelques horticulteurs traitent encore les ognons de jacinthe par un autre procédé. Après la floraison ils laissent la tente sur la planche jusqu'à ce que la terre en soit complètement desséchée. Les fibres des bulbes ainsi que les feuilles et les fleurs passées ne tardent pas à se dessécher aussi. Alors seulement les bulbes sont enlevés, nettoyés et conservés comme on vient de l'indiquer. Cette méthode