soit dans la chambre, soit sur un balcon, même privé de soleil; aussi s'en vend-il sur les marchés de Paris des quantités prodigieuses. Parmi les plus belles variétés des nériums de l'Inde, on remarque le nérium odorum, à odeur de violette, le splendens, dont on a obtenu une sous-variété panachée de jaune, et le nérium-Ragonnot, dont les fleurs semi-doubles et panachées de rouge et de blanc sont d'une rare beauté.

Les collections de nériums, déjà fort nombreuses, le deviennent de plus en plus par les acquisitions nouvelles que les semis procurent chaque année; l'une des plus belles et des plus complètes qui existent, est celle de la résidence royale de Neuilly.

B. — Grangers et citronniers.

Ainsi que nous avons eu précédemment occasion de le faire observer, le règne des orangers est passé, ils ne sont plus qu'un accessoire dans la culture des végétaux d'orangerie; on leur préfère avec raison une réunion d'arbustes dont les fleurs et le feuillage offrent plus de variété en n'exigeant pas plus de soins et de dépenses. Néanmoins, dans les grands jardins publics, les grands orangers, vénérables par leur haute antiquité et les souvenirs qui s'y rattachent, sont encore, avec juste raison, chers aux amis de l'horticulture; beaucoup de châteaux conservent et entretiennent leurs garnitures de vieux orangers, qui paient si largement, par l'odeur délicieuse de leurs fleurs, les soins qu'on leur accorde.

Quant aux orangers nains, sans rivaux parmi les arbustes de leur taille pour la facilité de leur culture et des avantages qu'ils réunissent, ils seront toujours à la mode.

On cultive douze espèces distinctes d'orangers, dont les variétés sont au nombre de plus de 100, et pourraient encore s'augmenter si l'on s'occupait davantage de leurs croisements ; mais peu d'amateurs s'adonnent à ce genre de culture, d'autres genres sont en possession de la faveur du public.

1. Multiplication.

Nous avons indiqué les procédés de multiplication en usage dans les pépinières du midi pour se procurer du plant d'oranger (voir p. 85). Les jardiniers - fleuristes de Paris sèment dans ce but des pepins de citrons, qu'il est aisé de se procurer à bas prix et en grande quantité. Ces pepins, semés sur couche chaude, lèvent promptement et donnent au bout d'un an ou deux, quelquefois au bout de 8 ou 10 mois, des sujets propres à recevoir la greffe de toutes les variétés d'oranger. On laisse prendre aux sujets de citronnier plus ou moins de force et d'élévation, selon la nature des oranges qu'on se propose de greffer dessus; les orangers nains, principalement les charmants petits orangers de la Chine, se greffent à 0m ,20 ou 0m ,30 de terre.

2. Rempotage et rencaissement.

Les jardiniers ont en général un préjugé en faveur des caisses de petites dimensions; ils ont raison, sans doute, quant aux orangers qui doivent être contenus dans de certaines limites, à plus forte raison pour les arbres nains; mais s'il s'agit d'orangers de première grandeur, une caisse de 1m ,30 en tous sens, n'est pas trop grande pour un oranger de 2m ,50 à 3 mètres de hauteur; ceux d'une grandeur un peu moindre veulent des caisses de dimensions relativement semblables; c'est la proportion qu'on observe dans les grandes orangeries de Paris et de Versailles; elle a pour elle la sanction d'une longue expérience; il suffit de rappeler le fameux oranger connu sous le nom de connétable, encore plein de vigueur et de santé; il est toujours le plus beau de l'orangerie de Versailles, qu'il habite depuis 159 ans : il date, avec certitude, du commencement du quinzième siècle. Cet oranger, obtenu de pepins vers 1405, à Pampelune, en Navarre, puis envoyé en France sous le règne de François Ier , offre tout l'intérêt d'un monument historique; il passe pour avoir été compris dans la confiscation des biens du connétable de Bourbon.

Les jeunes orangers doivent être dépotés tous les ans et rempotés aussitôt, après qu'on a visité et rafraîchi leurs racines, si l'on y remarque quelques parties endommagères ou malades. A mesure qu'ils vieillissent on leur donne des caisses au lieu de pots; puis des caisses de plus en plus grandes, qu'on change d'abord tous les deux ans, ensuite, au bout de 6 ou 8 ans seulement. On donne aux grands orangers des caisses dont les panneaux s'enlèvent séparément, ce qui permet de visiter facilement leurs racines, pour s'assurer si elles sont en bon état (voir fig. 138). L'époque la plus favorable pour rempoter ou rencaisser les orangers de tout âge et de toute espèce, est le commencement du mois de mars. (Pour la terre à orangers, voir composts, pag. 14.)

En général, dit M. Poiteau, on fait aujourd'hui toutes les terres plus légères qu'autrefois, et l'on a raison ; on est obligé d'arroser plus souvent, mais les plantes poussent mieux ; leurs racines sont moins grosses et plus nombreuses.

3. Taille.

La taille de l'oranger en pleine terre se borne à un élagage modéré tous les deux ou trois ans et à la suppression des branches gourmandes qui détourneraient la sève aux dépens du reste de l'arbre ; cette taille a pour but la production du fruit ; elle sort du domaine de l'horticulture. La taille de l'oranger chez les jardiniers-fleuristes a pour objet unique la production des fleurs pour la vente, sans se mettre en peine de la régularité de la forme; elle provoque la formation du plus grand nombre possible de branches à fruit qu'on se contente d'arrêter par le pincement lorsqu'elles menacent de s'emporter. Ce n'est que dans les orangeries des jardins publics ou dans celles des propriétaires assez riches pour ne pas tenir compte du profit, que la