la raideur de leurs rameaux à angles droits avec le tronc, et ne deviennent réellement pitto-resques, qu'à un âge très avancé; les cèdres qui seraient aussi fort pittoresques, croissent avec une lenteur si désespérante, que lorsqu'on en plante il faut avoir en vue l'agrément qu'ils pourront procurer à nos petits fils. C'est le cas de dire avec La Fontaine :

Mes arrière-neveux me devront cet ombrage.

Ces inconvénients sont nuls quand on plante des arbres appartenant à d'autres familles; la largeur et la variété de leurs feuilles rend leur effet pittoresque tellement supérieur à celui des conifères, que le peintre de paysage, lorsqu'il a le choix, ne reproduit jamais de préférence sur sa toile des arbres de cette dernière famille. Le seul avantage réel des arbres conifères consiste dans la persistance de leur feuillage qui se maintient épais et verdoyant alors que les arbres à feuilles caduques sont entièrement dépouillés.

S'il ne faut pas prodiguer les arbres à feuilles persistantes de la famille des conifères, on peut, par compensation, user largement des ressources que présentent les arbres toujours verts appartenant à d'autres familles; il est vrai que sous les climats tempérés et septentrionaux, le nombre de ces arbres capables de résister aux hivers est très limité; ceux même qui les supportent passent, comme le laurier, du rang d'arbres à celui d'arbuses (voir Arbustes d'ornements, page 330).

Les conifères et les autres arbres à feuilles persistantes font un très bon effet lorsque plantés par groupes de cinq, dix ou quinze arbres de même espèce, leurs masses sombres ont derrière elles pour les faire ressortir les masses d'un vert clair d'un bois ou d'un bosquet d'arbres à feuilles caduques.

Les arbres qui s'associent le mieux entre eux sont ceux dont le feuillage offre le plus d'analogie; ainsi le robinier (faux acacia), le frêne, le vernis du Japon (ailanthus glandulosa), le sorbier, le sumac et les gleditzia, joignant la variété de taille et de nuance à l'analogie des formes, puisque tous sont doués de feuilles pinnées, composent par leur réunion des groupes fort harmonieusement assortis. Il en est demême du cytise (faux ébénier) rapproché du ptéléa, l'un et l'autre à feuilles trifoliées; le hêtre, le charme, l'orme et le bouleau vont aussi fort bien à proximité les uns des autres, par la même raison. Cette loi d'analogie convient aux grandes masses, aux vastes plantations que l'œil saisit au premier aspect, en embrassant d'un regard l'ensemble d'un jardin paysager. Le contraste entre les formes est au contraire, par exception, d'un effet très pittoresque dans les situations analogues à celles où la nature se plaît quelquefois à grouper une grande variété d'arbres et d'arbusites divers, dans un très petit espace, comme au fond d'un vallon bien abrité, au pied d'un rocher exposé au sudouest, où il semble que les eaux pluviales, les vents et les oiseaux aient apporté de tous côtés des graines d'arbres et d'arbusites qu'on est étonné d'y rencontrer ensemble. Telles sont les données principales qui concernent l'emploi des arbres dans la composition des jardins paysagers. Un bel arbre, dans toute la grandeur que comporte sa nature, est une de ces merveilles de la création trop communes pour être admirées comme elles le méritent.

“ L'arbre considéré en lui-même, dit M. Loudon, est la plus noble des créatures inanimées ; il réunit tous les genres de beautés, depuis l'effet imposant de ses masses, jusqu'aux beautés de détail de ses feuilles élégantes ; c'est l'alliance de la majestueuse unité et de la variété illimitée, essence de la beauté relative. ”

La fig. 519 montre comment l'aspect d'une

construction insignifiante en elle-même, peut acquérir une valeur pittoresque, lorsque des arbres groupés avec art en font valoir le dessin. Le bâtiment représenté n'est qu'une habitation de jardinier ou de garde-chasse, d'une grande simplicité; vue à travers des massifs d'arbres qui lui donnent du relief, elle devient de divers points d'un jardin paysager un agréable point de vue.

§ III. — Plantations.

La belle végétation des arbres et leur rapide