terrain environnant avec des gazons retournés qui s'opposent à l'action dessechante de l'air et maintiennent une fraîcheur favorable à la reprise des arbres.
SECTION V. — Exemples de jardins paysagers publics et privés.
Nous avons en France bien peu de jardins publics; nous n'en comptons pas un par chef-lieu; la plupart de ceux qui ornent nos villes du second ordre servent en même temps à réunir les plantes nécessaires à l'étude de la botanique; l'arrangement de ces plantes exclut toute possibilité de donner à ces jardins le caractère pittoresque d'un jardin paysager. On peut dire que parmi le petit nombre de jardins publics des grandes villes de France, il n'y en a pas un qui puisse passer pour une véritable composition du style pittoresque naturel; ce style semble être exclu de nos jardins publics;
nous ne discutons point ici un fait qu'il nous suflit de constater ; nous y reviendrons. Disons seulement qu'à l'exception des jardins destinés à réunir les jours de fêtes la population d'une très grande ville, les jardins publics nous semblent pouvoir être tout aussi bien et mieux dessinés dans le style moderne des jardins paysagers que dans l'ancien style des jardins français, où il ne pouvait entrer que des surfaces plates et des lignes droites formant ce que les Anglais nomment avec raison des jardins géométriques (geometrical gardens). Nous citerons deux belles applications du système pittoresque aux jardins servant de promenades publiques, l'une en Angleterre, l'autre en Allemagne.
Il était naturel que la capitale du pays où le style paysager a été et est encore le plus souvent appliqué à la composition des grands jardins, reçût la première application de ce genre de composition à la décoration d'un jardin public. Le parc Saint-James fig. 521, n'a pas une
très grande étendue; une vaste pièce d'eau couvre une grande partie de sa surface; c'est son principal embellissement, le sol en étant peu accidenté. Les autres parcs de la capitale sont du même style; celui du Régent (Regent's park) a été fort agrandi depuis dix ans; mais une partie des plantations est trop jeune encore pour produire tout son effet; le parc de Greenwich, sur un terrain accidenté, jouit d'une vue magnifique; on y découvre, dit M. Loudon, une partie seulement des édifices de la ville de Londres; car le reste est caché dans une fumée permanente. Nous nous plaisons à traduire ici les réflexions pleines de sens du même auteur sur la tenue des jardins publics en Angleterre.
"Les jardins de Kensington n'appartiennent pas à proprement parler au public; mais comme le palais dont ils sont une dépendance a cessé depuis longtemps de servir d'habitation au souverain, le public en jouit par tolérance, sous certaines restrictions; on ne peut y être admis en livrée ou sous un costume peu soigné ; on n'y peut entrer avec un paquet. Ces restrictions ont pu avoir leur raison autrefois, mais elles sont indignes du temps où nous vivons. Le parc Saint-James est le plus ancien des jardins publics de Londres ; jusqu'en 1832 le public était exclu de la plus grande partie de ce parc déjà fort limité; depuis cette époque, quelques allées sablées ornées de groupes d'arbustes exotiques sont livrées aux promeneurs à pied. Les étrangers qui visitent Londres ne peuvent s'empêcher de remarquer que tout dans les jardins publics est sacrifié à ceux qui ont des chevaux et des voitures, et qu'on n'a pris aucune mesure pour qu'il puisse y avoir un peu d'air, pour les piétons, les infirmes et les enfants. Dans le parc du Régent il n'y a pas une seule allée sablée, pas une place ombragée, réservée aux piétons; ils ont à peine pour s'asseoir quelques bancs grossiers sur les côtés des allées où passent les équipages. De tout ce que ce parc renferme d'agréable, frais gazons, épais ombrages, parterres fleuris, le public est exclu par des barrières et des portes fermées. Cependant, au point où la civilisation est parvenue, les riches, les hautes classes de la société, devraient comprendre que tout, dans les lieux publics, ne doit pas être sacrifié à leur agrément, et qu'il est de leur devoir comme de leur intérêt de songer au bien-être de toutes les classes de la société.
Le second exemple que nous donnerons d'une très belle application du système pittoresque à un jardin public, est le jardin paysager de Magdebourg (Prusse), déjà assez ancien pour que ses arbres, aussi variés que le sol et le climat l'ont permis, produisent tout leur effet. Ce jardin est si beau qu'il est toujours respecté, bien que les barrières, grilles et balustrades entre les fleurs et les promeneurs y soient entièrement inconnues. La ville de Magdebourg