pool et des autres grandes villes de l'Angleterre, qu'on rencontre des cultures qui, uniquement pour produire des légumes destinés à la consommation journalière, couvrent des centaines d'hectares, disposent d'un capital de 3 à 400,000 fr., et occupent plusieurs centaines d'ouvriers. Au moment où nous écrivons, un déplacement qui, tôt ou tard doit s'opérer de même partout, sous l'empire des mêmes causes, s'effectue en Angleterre; les jardiniers, qui cultivent en grand les légumes communs pour les marchés de Londres, vont établir leurs cultures à 80 et même 100 kilom. de cette capitale, à portée d'une ligne de chemin de fer ; ils ont, par ce moyen, des terres à très bon marché comparativement à leur valeur autour de Londres, et ils composent pour les transports par les locomotives à des prix très modérés. Aussi une baisse très sensible et très profitable au peuple de Londres s'est déjà fait sentir dans ce genre de denrées depuis que ce déplacement est commencé. Il ne restera près de Londres que les genres de culture dont les produits ont toujours une valeur élevée et se transportent difficilement, tels que les fraises et les framboises, et aussi ceux qui, comme les ananas, exigent des constructions impropres à tout autre usage.

Nous n'avons pas d'idée en France de l'importance de certains établissements anglais d'horticulture ; nous citerons seulement MM. Lod-diges, fleuristes et pépiniéristes, dont les opérations roulent sur un capital de 600,000 fr.; il y a quelques années, cette maison fortement compromise, obtint du gouvernement un secours de 250,000 fr., et se releva. Quel est en France l'établissement d'horticulture qui, menacé dans son existence, aurait seulement la pensée de s'adresser au gouvernement?

Un examen détaillé des procédés de culture suivis dans les jardins potagers et dans les pépinières d'Angleterre, ne nous montrerait rien de plus parfait que ce qui se pratique en France; les instruments de jardinage sont les nôtres à bien peu de différence près; l'art de forcer les fruits et les plantes alimentaires est non pas précisément plus perfectionné, mais pratiqué beaucoup plus en grand qu'en France, parce que le nombre des consommateurs des produits de la culture forcée est très grand en Angleterre; la construction des serres de toute grandeur y est aussi fort bien entendue, ainsi que celle des divers appareils destinés à les chauffer.

La seule plante alimentaire cultivée très en grand pour les marchés des grandes villes d'Angleterre et presque inconnue en France, c'est la rhubarbe. Les côtes succulentes des feuilles de la rhubarbe se vendent par petites bottes et servent à garnir cette prodigieuse quantité de tartes que consomment les Anglais; ce mets, dont la saveur se rapproche de celui des groseilles à moitié mûres, est un de ceux qu'on ne saurait trouver agréables à moins d'y être habitué; les essais tentés pour en introduire l'usage en France n'ont pas réussi jusqu'à présent, moins encore par la difficulté d'habituer les consommateurs à une saveur qui n'a rien de mauvais en elle-même, que parce que notre manière de nous nourrir n'admet pas cette énorme absorption de pâtisserie sucree, indispensable dans un ménage anglais.

L'horticulture emploie en Angleterre un nombre très considérable d'individus de tout rang, depuis l'apprenti qui s'élève rarement au-dessus de la condition de journalier après son apprentissage, jusqu'aux chefs des grands établissements d'horticulture qui sont ordinairement des hommes très distingués ayant reçu l'éducation libérale la plus étendue. La profession de botaniste voyageur à la recherche des plantes nouvelles est encore une de celles qui se rattachent à l'horticulture et que l'opinion entoure d'une grande considération; presque tous ceux qui occupent des chaires de botanique en Angleterre ont commencé par la profession de Collecteurs de plantes.

Nulle part ailleurs qu'en Angleterre, les propriétaires n'ont un goût aussi général pour le jardinage. Tout acquéreur d'un domaine auquel tient un jardin, dit M. Loudon, soit que ce jardin renferme seulement quelques ares, soit qu'il couvre quinze ou vingt hectares de superficie, songe d'abord, en quelque état qu'il le trouve, à y faire des changements et des embellissements, au grand profit du jardinage et des jardiniers. Le même auteur remarque avec raison, que les riches, les hommes d'état, les puissants du jour, blasés sur toutes les jouissances, sur toutes les sensations, ont cependant encore du plaisir à s'occuper de leurs jardins. On trouve dans les lettres du prince de Ligne le passage suivant qui semble avoir été écrit par un lord anglais : « Après mes enfants et deux ou trois femmes que j'aime ou crois aimer à la folie, mes jardins sont ce qui me fait le plus de plaisir au monde; il y en a peu d'aussi beaux. »

Beaucoup de jardiniers anglais, parvenus à force de talent et d'activité au poste honorable et lucratif de jardiniers d'un grand domaine, tombent dans une indolence complète; c'est pour eux un canonicat, le terme de leur ambition; ils ont un second, chargé d'avoir de l'activité pour eux jusqu'à ce qu'il devienne chef à son tour; quelques-uns seulement ont à cœur l'honneur de leur profession et travaillent sans relâche à s'y distinguer; ceux-là tiennent le premier rang parmi ceux qui honorent, en Europe, la profession d'horticulteur.

Les appointments d'un jardinier en chef, dans une grande maison, ne sont jamais au-dessous de 3,000 fr. par an; souvent ils s'élèvent au double de cette somme, sans compter la jouissance d'un logement, et divers autres avantages. Malgré le prix élevé des denrées et de tous les objets usuels en Angleterre, l'espoir d'une telle position suffit pour déterminer des jeunes gens instruits et intelligents à se consacrer à la profession de jardinier. Mais pour qu'ils puissent aspirer à un poste semblable et s'y maintenir, il ne suffit pas qu'ils possèdent