possède une vingtaine de palmiers aussi beaux, aussi vigoureux que s'ils croissaient sur le sol Africain ; ils s'élèvent majestueusement au-dessus d'un vaste carré d'artichauts. En entrant dans la ville, la première promenade que nous rencontrons nous frappe surtout par l'aspect oriental des arbres dont elle est ornée : ce sont des palmiers.
A l'est d'Hyères, les terrains en friche l'emportent en étendue sur les terrains cultivés; plus de jardinage, ni pour le produit, ni pour l'agrément. Il y a lieu de s'étonner que quelques amateurs étrangers n'aient pas songé à créer dans les délicieuses vallées du Gapeau, du Pansart, de la Maravenne ou de la Bataille, quelques jardins paysagers dont le reste de la France ne pourrait offrir l'égal quant à la variété de la végétation. Le long de tous les ruisseaux, l'oleandre des deux variétés, à fleurs rose et blanche, croît avec profusion et fleurit trois mois sans interruption; le myrte, le lentisque, l'arbousier couvrent les collines; les cistes à fleurs blanches et violettes, semblables à de larges églantines, décorant les pentes des coteaux dès la fin de mars; le genêt d'Espagne parfume l'air de son odeur délicate. Ces plantes, objet de tant de soins dans les serres des amateurs dans les pays septentrionaux, sont ici la matière ordinaire dont on fait la litière pour le bétail; ces arbustes servent à chauffer le four.
Ne poussons pas plus loin notre exploration de ce côté ; jusqu'à la frontière du royaume de Sardaigne, nous n'aurions plus rien à voir que de vastes forêts de pins dont les rares clairières sont occupées par de misérables hameaux ; replions-nous sur Grasse, cette gracieuse petite ville toute peuplée de parfumeurs; l'odeur du jasmin et de la tubéreuse nous prend à la gorge plusieurs kilomètres avant d'y arriver. La campagne de Grasse est un magnifique parterre. Nous y rencontrons des plantations importantes d'orangers de la Chine dont le fruit amer se confit avant sa maturité; cette variété est surtout cultivée pour sa fleur plus abondante et d'un parfum plus délicat que celle des autres orangers; l'eau de fleurs d'oranger est une des branches principales du commerce de Grasse, où l'industrie active des jardiniers et des parfumeurs entretient une heureuse aisance.
Si toute la Provence ressemblait au canton de Grasse, elle mériterait son antique surnom ; ce serait réellement la gueuse parfumee. Hâtons-nous de jouir du coup d'œil enchanteur de ces belles cultures et de la prospérité qui en résulte; tout cela menace de disparaître; d'affreux incendies ont changé en roches arides et nues les collines boisées dont les sources arrosaient les jardins de Grasse ; ces sources, déjà bien amoindries, sont destinées à tarir tout-à-lait très prochainement, pour peu que les incendies qui se renouvellent tous les ans achèvent le déboisement des hauteurs voisines. Franchissons une branche latérale des Alpes et pénétrons dans le Dauphiné. Nous pouvons aisement reconnaître à la variété des cultures, à la pro-preté des habitations, aux jolis jardins qui les en-tourent, que nous ne sommes plus en Provence. Toutefois, le jardinage, quoique très répandu, est loin d'avoir atteint en Dauphiné une grande perfection. Ainsi, par exemple, on mange rare-ment un bon melon à Grenoble, quoique le sol et le climat soient des plus favorables à ce fruit si l'on savait l'y cultiver. La gloire du Dauphiné en fait de jardinage est dans ses arbres frui-tiers; la vaste et belle vallée du Grésivaudan s'offre à nous comme un immense verger, com-parable à ce que nous avons vu de mieux en ce genre dans la Touraine et dans la Limagne d Auvergne.
Deux immenses contrées, le Languedoc et la Guienne, nous restent à explorer. Commençons par le Languedoc; nous y pénétrons par le Pont-Saint-Esprit; ce que nous devons y voir en horticulture sera bientôt visité. Nous pouvons laisser à droite la longue chaîne des Cévennes; ses habitants, bien peu favorisés de la nature, ont assez de peine à arracher au sol de leurs pauvres vallées les produits de première nécessité; l'horticulture y est inconnue. Entrons dans la plaine du Bas-Languedoc; elle se prolonge à travers les départements du Gard, de l'Hérault et de l'Aude, jusqu'au pied des branches les plus avancées des Pyrénées.
Les procédés et les instruments de jardinage, de même que le système d'irrigation, sont semblables à ce que nous avons décrit en abordant l'horticulture méridionale. Les environs de Nîmes, d'Alès, d'Uzès et de quelques villes moins importantes ont d'assez beaux jardins, en petit nombre; Montpellier n'a que tout juste l'établissement botanique indispensable à sa célèbre école de médecine.
Plus loin, dans le Haut-Languedoc, Toulouse a longtemps dédaigné les avantages de sa position pour l'horticulture; nous aimons à signaler sur ce point une tendance vers le goût du jardinage parmi les propriétaires aisés; de beaux jardins paysagers de création toute récente, et mieux encore, deux établissements de pépiniéristes spécialement consacrés aux arbres et arbustes d'ornement, sont des symptômes évidents de progrès.
Au midi, nous ne pouvons trouver à reposer un instant nos regards qu'au pied des Pyrénées orientales, dans la plaine voisine de Perpignan, assez semblable à la plaine d'Hyères; le jardinage y est en progrès; on utilise l'eau vive partout où il y a moyen de la conduire, tandis qu'à une époque encore assez récente il s'en perdait une grande partie. Faisons volte-face; nous aurons devant nous le bassin de la Garonne avec ses nombreux affluents, vaste et fertile contrée, bien plus semblable au centre et au nord de la France, quant à l'horticulture, que le reste de nos départements méridionaux.
Parmi de gras pâturages et des champs bien cultivés, nous voyons des jardins potagers en rapport avec les besoins de la population, de gracieux parterres autour de chaque habitation