nees, peu distantes l'une de l'autre, diaphanes, libres dans leurs mouvements, hardies dans leur position, les oreilles accompagnent bien la tête et contribuent à lui donner de la noblesse et de l'énergie. Voyez au contraire comme, dans le cheval qu'on appelle vulgairement oreillard, toute la physionomie emprunte un-air de stupidité à la forme et à la direction des oreilles épaisses et longues, situées horizontalement de chaque côté de la tête, et ballottant dans tous les sens quand l'animal est en action. Il en est de même pour les oreilles épaisses, larges et pendantes que l'on a nommées oreilles de cochon, par l'analogie de forme et de position qu'elles présentent avec celles de cet animal.
La raison de ces beautés et de ces défectuosités ne se trouve pas seulement dans l'expression qu'elles donnent à la tête, mais bien et mieux encore dans les inductions auxquelles leur examen conduit. Que si, en effet, une même influence préside au développement de tout le système musculaire et à son action, l'énergie et l'intensité de contraction d'une des parties de ce système ne peuvent-elles pas donner la mesure de ces propriétés dans toutes les autres? et n'est-on pas fondé à juger de l'ensemble de toutes les puissances musculaires, d'après l'examen de celles qui donnent aux oreilles leur mobilité? Les mouvements des oreilles dans le cheval ne sont pas seulement des indices de son énergie et de sa faiblesse, ils révèlent encore en quelque sorte ses qualités morales. Le cheval méchant ou rétif couche les oreilles en arrière quand il médite une mauvaise action; le cheval effrayé les dresse et les rapproche.
Quelquefois enfin les oreilles sont agitées de mouvements irréguliers dans tous les sens, elles sont inquiètes, incertaines, comme on le dit alors : c'est un indice indubitable de la faiblesse ou du complet anéantissement de la vue. L'animal cherche à suppléer par les sens qui lui restent à ceux qui lui manquent; il dirige dans tous les sens la conque auriculaire, il cherche à voir par l'ouïe, si l'on peut appliquer ici la magnifique idée dont BUFFON s'est servie pour peindre la perfection de l'odorat dans le chien.
La mode de couper les oreilles aux chevaux a existé pendant quelque temps en France; on appelait moineaux ceux qui avaient subi cette opération, et brétaudés ceux auxquels on avait en outre amputé la queue. On est maintenant revenu sur cette bizarre coutume; mais on a conservé dans les régimens de cavalerie l'usage de fendre les oreilles aux chevaux que l'on réforme. Les traces de cette opération doivent mettre un acheteur en garde contre les causes qui l'ont nécessitée.
c) La bouche est de toutes les régions de la tête une des plus importantes à examiner pour un cheval de selle. Elle est formée par les lèvres, les barres, le palais, la langue, le canal et les dents.
1° Les lèvres, au nombre de deux, l'une supérieure, l'autre inférieure, ferment extérieurement la cavité de la bouche: leur réunion reçoit le nom de commissures. Sous le rapport de l'embouchure, c'est-à-dire de l'art d'assujettirle cheval au moyen du mors, la lèvre inférieure, destinée à lui fournir un point d'appui,
est la plus importante à considérer ; trop épaisse, elle soustrait les barres à l'action du mors, et rend la bouche dure; trop mince, elle ne participe pas assez à l'appui de cet instrument de sujétion; les barres en soufirent trop immédiatement l'action, et la bouche est trop sensible. Lorsque la bouche est trop ou trop peu fendue, ce qui tient à la disposition des commissures des lèvres, l'appui du mors est encore faux. Dans le premier cas, en effet, les canons sont portés trop en avant dans la bouche; dans le second, la commissure froncée tend à les porter sur les crochets, et dans l'un ou l'autre, leur effet est anéanti, car ils s'appuient sur des parties peu ou point sensibles.
2° Les barres ont pour base la crête plus ou moins saillante de l'espace interdentaire et la muqueuse fine et organisée qui la revêt; c'est sur cette région que le mors prend son appui principal et agit avec le plus d'efficacité, car elle est douée d'une grande sensibilité. Trop saillantes ou tranchantes, elles sont trop immédiatement soumises à son action; lorsqu'elles sont trop basses ou trop arrondies, elles ne la ressentent pas assez; la bouche est alors trop sensible ou trop dure. Cette dernière défectuosité peut être encore la conséquence de la callosité des barres, accident causé le plus souvent par une pression trop violente et trop longtemps continuée des canons du mors ; dans ce cas, la crête maxillaire est tout à fait écrasée, la muqueuse indurée et la barre insensible.
3° La langue, considérée sous le rapport de l'embouchure, est encore très-importante à examiner. Trop épaisse, elle fournit au mors un trop grand soutien et dérobe les barres à son action; trop mince au contraire, elle ne participe pas assez à son appui: de là l'excès de sensibilité ou de dureté de la bouche.
On dit qu'un cheval a la langue pendante, lorsqu'elle sort d'un côté de la bouche durant l'exercice. Une langue serpentine est celle qui rentre et sort à chaque instant. Ces défectuosités ont pour conséquences graves le desséchement de la bouche et une déperdition continuelle de salive, humeur si utile à la digestion.
4° Le canal, formé par la dépression de la partie moyenne du maxillaire, doit être assez creux pour loger la langue sans qu'elle paraisse ni trop épaisse ni trop mince. De son étroitesse ou de sa trop grande profondeur résultent les inconvéniens de ces deux défectuosités de la langue que nous avons indiquées plus haut. Dans le fond du canal se trouvent deux gros mamelons, orifices des canaux excrêteurs des glandes maxillaires. Les maréchaux avaient et ont encore l'habitude d'enlever ces mamelons qui, suivant eux, peuvent empêcher l'animal de boire. Ils appelaient cette opération enlever les barbillons.
5° Le palais, situé à la partie supérieure de la bouche, doit présenter assez peu d'épaisseur pour ne pas être en contact avec le mors. Quelquefois, dans le jeune sujet, la membrane du palais dépasse le bord postérieur des incisives; elle est rouge et sensible : les animaux refusent les aliments durs et fibreux ; on dit alors qu'ils ont le lampas. Pour y remédier, les maréchaux déchiraient autrefois la membrane avec une corne de cerf; on remplace aujourd