d'hui cette opération, peu raisonnée dans son manuel, par la saignée à l'aide du bistouri.

6° La barbe, située entre l'auge et la houppe du menton, reçoit l'action du mors au moyen de la gourmette. Cette partie bien conformée doit être charnue, velue, et recouverte d'une peau épaisse, afin d'être peu sensible à la pression de la gourmette. Lorsque la barbe est trop saillante, et que, dans l'action du mors, la pression de la gourmette est plus douloureuse que celle des canons, le cheval, obéissant naturellement à la sensation la plus forte, lève la tête, se roidit et va au-devant de l'action des rênes.

En résumé, ce qui constitue la bonne bouche dans un cheval de selle, est le juste degré de la sensibilité, qui résulte de la parfaite conformation des lèvres, de la langue et des barres, pour recevoir régulièrement l'action du mors. Lorsque cette harmonie n'existe pas, on doit tâcher de réparer par l'embouchure les défectuosités qui existent dans quelques régions de la bouche, sans porter la moindre atteinte aux autres.

f) Des yeux. Les yeux doivent être examinés, sous le double rapport du rôle qu'ils remplissent dans le jeu de la physionomie et de leur conformation, d'où dépend l'intégrité de l'importante fonction qui leur est dévolue.

Dans un cheval de noble race, les yeux, assez grands, clairs, vifs, placés à fleur de tête, lancent au loin des éclairs, comme le langage vulgaire l'exprime avec tant de vérité; ils sont, pour ainsi dire, le miroir où se reflètent, avec des nuances variées, les passions de l'animal; l'énergie, le courage, la bouillante ardeur, la méchanceté, la crainte, la docilité s'y peignent avec des couleurs quileur sont propres, tandis que, dans le cheval dégénéré, usé, fatigué, malade, les yeux ont perdu leur brillant coloris : ils sont ternes, mornes, sans autre expression que celle de l'abattement. Remarquez maintenant comme, dans ces deux animaux, toute l'habitude du corps se trouve bien en rapport avec l'état du regard. Dans l'un, l'énergie et la vigueur se manifestent à l'extérieur par la saillie des muscles, l'état pléthorique des vaisseaux; dans l'autre, au contraire, les chairs sont flasques et amorphes, pour ainsi dire, au milieu du tissu cellulaire qui les entoure, ou bien émaciées, elles laissent le squelette se dessiner sous la peau, avec ses formes anguleuses. Aussi est-on fondé à conclure de l'énergie du regard à celle de tout le corps, et rarement arrive-t-on ainsi à des conclusions fausses ?

Sous le rapport de leur conformation, on doit distinguer, dans l'examen des yeux, les parties accessoires et l'œil proprement dit.

1° Les paupières sont deux voiles mobiles tendus au-devant de l'organe essentiel de la vue, pour le protéger contre l'impression d'une lumière trop vive, ou le contact irritant des corpuseules qui flottent dans l'air; c'est de leur écartement plus ou moins grand que dépendent la grandeur de l'œil, que l'on considère comme une beauté quand elle n'est pas exagérée, et sa petitesse, que l'on envisage au contraire comme une conformation défectueuse. C'est ce que l'on exprime vulgairement en disant que l'animal a des yeux de cochon. On dit encore qu'il a des yeux de bœuf quand ils paraissent trop volumineux.

Mais les paupières peuvent présenter dans leur conformation des défectuosités plus réelles, qui mettent à l'exécution de leurs fonctions un obstacle plus ou moins complet. Tel est le cas, par exemple, où le bord de l'une ou de l'autre, renversé en dedans, dirige vers la surface de l'œil les cils dont il est armé ; tel est le cas encore où ce même bord éraillé laisse à découvert une petite portion de la conjoncitive, qui, se trouvant alors continuellement soumise au contact de l'air et de la lumière, peut s'irriter et s'enflammer. Dans l'une ou l'autre de ces circonstances, naitra une ophthalmie difficile à guérir.

La partie antérieure de l'œil est continuellement mouillée par les larmes que les paupières étendent sur sa surface dans leurs mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement. Sécrétées en plus grande abondance dans les maladies de l'œil, changées dans leur nature et leurs propriétés, les larmes, devenues irritantes, produisent sur la paupière inférieure, à son angle nasal, une excoriation qui doit faire porter à l'examen de l'œil une scrupuleuse attention.

La face interne des paupières est tapissée par la conjonctive, membrane du genre des muqueuses, qui se réfléchit sur la face antérieure de l'œil. La coloration rosée qu'elle présente dans l'état de santé est susceptible de varier dans différentes circonstances maladives, qu'il n'est pas de notre sujet d'indiquer ici. Ce qu'il importe de savoir, c'est que, lorsqu'elle est le siège d'une irritation, soit seule, soit concurremment avec l'organe essentiel de la vue, elle devient plus rouge, les vaisseaux qui se ramifient dans son épaisseur s'injectent, les larmes coulent abondamment sur le chanfrecin. Ces signes sont trop apparens pour qu'on s'y laisse tromper, s'ils se présentent sur un cheval exposé en vente; mais il est possible que l'ophthalmie soit périodique : elle est alors bien plus facile à dissimuler à l'acheteur, car, hors les momens des accès, tous les symptômes de la fluxion disparaissent, et l'œil reprend à peu près sa netteté. On remarque seulement, à l'angle nasal, cette excoriation de la paupière inférieure, et dans l'intérieur de l'œil, d'autres signes assez fugaces que nous indiquerons tout à l'heure.

2° De l'œil proprement dit. L'intégrité de l'organe oculaire, si importante à l'exécution parfaite de la fonction qu'il remplit, dépend de la transparence des parties réfringentes qui entrent dans sa composition, de la liberté des mouvements de la pupille et de l'absence complète de tout signe maladif.

La première condition de la beauté de l'œil est donc la diaphanéité de la cornée transparente. Son opacité complète avec épaississement de la conjonctive est désignée sous le nom d'albugo; quand cette opacité est circonscrite, qu'elle n'occupe pas toute la surface de la cornée, on l'appelle taie; enfin l'on désigne sous le nom de nuage un léger défaut dans sa diaphanéité. Toutes ces défectuosités sont graves, et d'autant plus que, soit par leur étendue, soit par leur épaisseur, soit par leur position, soit enfin par les causes qui leur ont donné naissance, elles mettent un obstacle plus complet et plus durable à l'exécution de la vision.