§ VI. — Médicamens purgatifs.

On donne le nom de purgatifs ou cathartiques aux médicamens qui déterminent à la surface interne des intestins une irritation passagère, modérée et spéciale, d'où résultent des évacuations plus ou moins abondantes d'excrémens. C'est de leur action locale que dépend en général l'effet principal qu'ils produisent. Leur contact détermine l'augmentation de la sensibilité, la rougeur et le gonflement de la membrane muqueuse qui tapisse les intestins; la sécrétion dont elle est le siège devient plus active; l'excitation se propage au foie, et occasionne un afflux plus abondant de bile dans le canal digestif; la tunique charnue y participe aussi; ses mouvements contractiles augmentent et expulsent au dehors les matières contenues dans les intestins.

Suivant le degré plus ou moins grand d'énergie avec lequel les purgatifs agissent, on les a désignés sous les noms de minoratifs ou purgatifs doux, et de drastiques ou purgatifs irritans. Peu de temps après l'administration d'un purgatif, les animaux deviennent tristes et abattus, dédaignent les alimens qu'on leur présente, bâillent, éprouvent des frissons, et quelquefois de légères coliques et du météorisme; le pouls, d'abord petit, concentré, inégal, acquiert bientôt de la force et de la fréquence; enfin, après un temps variable, il survient des évacuations d'excrémens.

Parmi les purgatifs, il y en a qui produisent la purgation pluôt par suite de l'action relâchante qu'ils exercent sur les intestins, que par une sorte d'irritation spéciale. Ceux-ci portent le nom de laxatifs.

Les purgatifs sont fort utiles dans une foule de maladies de nos animaux domestiques, notamment dans les hydropisies, les maladies chroniques de la peau, le vertige, l'immobilité, les maladies vermineuses, etc. Ils peuvent devenir également fort utiles dans le cours de certaines maladies aiguës, pour entretenir la liberté du ventre; mais alors il faut accorder la préférence aux purgatifs les plus doux. Lorsque l'effet des purgatifs est trop violent, on dit qu'il y a superpurgation; on remédie à cet état par les adoucissans et les opiacés. Les animaux que l'on veut purger doivent y être préparés par la diète et les boissons délayantes.

Les principaux purgatifs sont les sulfates de soude, de potasse et de magnésie; le tartrate acide de potasse, le séné, le nerprun, l'aloès, la gomme gutte, la rhubarbe, le jalap, l'huile de croton-tiglium, etc. Ceux qui jouissent de la propriété laxative sont : la manne, la casse, le tamarin et l'huile de Ricin.

FORMULES DE PRÉPARATIONS PURGATIVES.

N° 41. Electuaire purgatif pour le cheval.

Prenez : Aloès hépatique en poudre. 1 once.

Sulfate de soude. . . . 4 id.

Miel. . . . . . . 6 id.

Faites selon l'art et administrez le matin à jeun.

N° 42. Electuaire drastique.

Prenez: Rhubarbe en poudre. . 3 onces.

Huile de croton-tiglium. 20 gouttes

Miel. . . . . . . quantité suffisante

Faites selon l'art et administrez en une fois.

N° 43. Electuaire laxatif.

Prenez : Sulfate de soude. • 4 onces.

Manne grasse. • • 4 id.

Miel. . . . . . quantité suffisante,

Faites comme ci-dessus.

N° 44. Breuvage purgatif pour le cheval.

Prenez : Aloès en poudre. 1 once et demie.

Eau commune. . i pinte.

Mélez et adminisirez tiède.

N° 45. Breuvage purgatif minoratif.

Prenez : Sulfate de soude. 12 onces.

Eau tiède. . . 1 pinte.

Faites dissoudre le sel et administrez en une fois.

N° 46. Breuvage purgatif pour le bœuf.

Prenez : Séné. . . . . 2 onces.

Aloès en poudre. . 2 id.

Eau bouillante. . 1. pinte.

Faites infuser le séné, passez la liqueur à travers un linge, ajoutez l'aloès et donnez en une dose.

N° 47. Purgatif pour le mouton.

Prenez: Séná. . . . . + gros.

Aloès en poudre. . . 2 id.

Sulfate de magnésie. . 1 once.

Eau commune.. . . I verrée.

Faites une infusion avec le séné, tirez la liqueur à clair, ajoutez-y le sel et l'aloès et donnez en une dose.

N° 48. Purgatif pour le chien.

Prenez : Sirop de nerprun. a onces.

Eau tiède.. . . i verréc.

Délayez le sirop dans l'eau et administrez en une fois.

N° 49. Lavement purgatif irritant.

Prenez : Feuilles de tabac. 3 onces.

Emétique. . . 2 gros.

Eau. . . . . 2 pintes.

Faites bouillir le tabac dans l'eau, tirez à clair, ajoutez-l'émétique et donnez en deux fois.

§ VII. — Médicamens vomitifs.

Les médicamens dont il est question ici ne peuvent produire le vomissement que chez les animaux carnivores, puisque cet acte est à peu près impossible chez les herbivores. — Il y a un très-grand nombre de médicamens qui peuvent déterminer le vomissement lorsqu'ils sont portés en grande quantité dans l'estomac; mais les pharmacologistes ne rangent parmi les vomitifs que les substances qui donnent lieu à ce phénomène, quelle que soit la voie par laquelle on les administre. Ces médicamens, que l'on nomme encore émétiques, n'agissent donc pas seulement par suite de leur action locale, mais bien en vertu d'une influence spéciale qu'ils exercent sur l'estomac et sur les muscles du ventre.

Les vomitifs sont souvent employes comme simples évacuans dans les empoisonnements récens, les indigestions, les affections bilieuses. On y a recours comme révulsifs dans les catarrhes pulmonaires, la maladie des chiens, certaines affections de la peau, l'asphyxie, etc.

On ne se sert guère dans la pratique vétérinaire à titre de vomitifs, que du tartre stibié, de l'ipécacuanha et de la staphisaigre.