Thaér affirme au contraire qu'il faut toujours l'administrer très-refroidi.

La baissière donne lieu à la formation d'un lard mou, mais savoureux; aussi les porcs engraisés de cette manière fournissent-ils peu de saindoux. Lorsqu'on veut avoir un lard épais et beaucoup de saindoux, on choisit des porcs âgés et de haute taille; mais comme leur lard n'est pas aussi savoureux et que leur engrais est plus coûteux et plus lent, on engraisse plus souvent par ce procédé des porcs de six mois ou d'un an; les premiers s'achètent en général de 25 à 30 fr. et se vendent de 55 à 65 francs après avoir été soumis pendant 2 mois à ce régime; ils ont consommé pendant ce temps 1200 kilogrammes à peu près de résidu, ce qui laisse, comme on le voit, un bénéfice important à l'engraisseur. En prolongeant leur engrais de deux mois, le profit qu'on en tirerait serait proportionnellement inférieur. L'engrais des porcs d'un an dure 4 mois et présente par tête un bénéfice qui varie de 35 à 45 fr. Ces porcs consomment d'abord de 25 à 30 kilogrammes de résidu par jour, mais leur voracité diminue à mesure qu'ils prennent de la graisse. Les gros porcs de race anglaise mangent 3 fois autant que ceux de petite race, mais sont loin de rendre un triple bénéfice.

Les expériences de Viborg ont démontré que les résidus acidulés étaient tout à fait impropres à l'engraissement.

D Engraissement avec des résidus de laiteries.

Dans les grandes laiteries on emploie souvent à l'engraissement des cochons le lait aigri ou le petit-lait. On les épaissit avec un peu d'orge concassée, et les cochons ainsi nourris atteignent promptement un grand poids. Leur chair est excellente, leur lard ferme et savoureux, mais une fois qu'on a commencé l'engraissement de cette manière, il faut le continuer, car il est d'observation que le changement de nourriture diminuerait le poids de l'animal. Un porc d'un an consomme à peu près le lait acide et le petit-lait de 3 bonnes vaches; les grands pores ont besoin de tout l'été pour s'engraisser avec cette nourriture; on les met à l'étable à la fin de mai pour les vendre en septembre. Il résulte des expériences de Viborg qu'un porc de 6 mois peut consommer 56 kilogrammes de lait aigri par jour; il ne faut donc recourir à cette alimentation que dans les lieux où on ne peut fabriquer des fromages, ou débiter le lait plus avantageusement.

E Engraissement avec le résidu de la fabrication de la bière.

Ces résidus renferment très-peu de particules nutritives, aussi il faut les administrer en très-grande quantité; les pores ainsi nourris prennent beaucoup de chair, mais peu de lard. Si, vers la fin de l'engraissement, on n'y ajoute une nourriture plus substantielle, Thaër recommande de conserver.ce résidu dans l'eau.

F Engraissement avec des marcs d'amidon.

Ces résidus engraisent promptement, donnent une chair et un lard fermes et abondants. Il faut les administrer avec précaution, car les porces les mangent d'abord avec beaucoup d'avidité, mais s'en dégoûtent bientôt, si l'on n'a-soin de les alterner avec d'autres alimens et de tenir les mangeoires très-propres. Viborg a reconnu que 15 kilog. de ces résidus produisent 2 kil. 1/2 de lard. Ces résidus sont difficiles à conserver, les matières animalisées et fermentescibles qu'elles contiennent en déterminent promptement la putréfaction; le seul moyen d'éviter cet inconvénient est de les faire évaporer, puis de les faire cuire au four.

G Engraissement avec les tourteaux huileux.

Cette substance, très-propre à la nourriture des pores, ne vaut rien pour leur engraissement, elle donne un lard insipide, mou et huileux.

H Engraissement avec les résidus des boucheries et la chair de cheval.

Les tripailles, le sang et les autres déchets des boucheries, ainsi que la chair de cheval, fournissent une bonne nourriture aux pores d'engrais; ils en consomment en général 8 kilogrammes par jour; lorsqu'on leur donne en même temps des graines et des pommes de terre, leur lard en est plus ferme et plus savoureux.

I Engraissement à la glandée.

Le moyen le moins dispendieux d'engraisser les pores est de les laisser à la glandée, mais le résultat qu'on obtient de cette méthode est toujours incomplet. Les glands donnent aux pores une chair et un lard très-fermes ; les faines, au contraire, une chair flasque et un lard sans consistance qui suînte lorsqu'il est chaud.

Dans quelques lieux les glands sont en si grande abondance qu'on les ramasse pour servir d'engrais aux porcs à l'étable; dans ce cas, pour en tirer le plus grand profit possible, il faut les drécher; pour cela on les place dans une fosse, on les arrose d'eau salée et on les recouvre de terre jusqu'à ce qu'ils aient germé; alors on les retire, on les fait sécher, on les égruge et on les délaye dans de l'eau, au moment de les donner aux porcs. Les glands ainsi dréchés se conservent d'une année à l'autre, ce qui est très-important, car les chênes ne produisent ordinairement des glands que tous les 2 ans; on a soin d'alterner cet aliment avec d'autres substances plus nutritives.

J Engraissement avec du grain.

Le seigle, l'orge, l'avoine, le sarrasin et le mais sont les grains les plus souvent employés; ce mode d'engraissement ne présente d'avantages que dans un petit nombre de cas : il est plus usité en Angleterre et en Allemagne qu'en France; on donne le grain aux porcs de diverses manières: 1° cru et sec ; les cochons le broyent très-bien, mais il faut en même temps leur donner beaucoup à boire. Thaër rapporte des cas de rupture d'estomoc occasionnés par cette alimentation ; 2° détrempé dans de l'eau, sous cette forme, presque toujours les porcs refusent d'enmanger au-delà de leur ration d'entretien; on le rend plus nourrissant en le faisant germer, puis sécher ; 3° cuit et crevé ; 4° concassé.

— Donné ainsi, il engraisse parfaitement, et les cochons ne s'en dégoutent pas, mais il faut le faire détremer un peu avant l'heure du repas, et en former une pâte bien homogène que l'on éclair-cit ensuite avec de l'eau.

L'orge et le maïs sont aussi très-convenables à l'engraissement, surtout vers la fin. Les porcs en sont très-friands.

Lorsqu'on veut les engraisser avec des grains et des légumes, il faut bien.se garder de commencer par administrer les grains purs, parce qu'ils rebuteraient ensuite les légumes; il faut commencer par leur donner les purs légumes détrempés, cuits ou égrugés, et y méler une quantité de grains de plus en plus forte.

On a beaucoup vanté l'engraissement avec la pâte aigrie, on a prétendu qu'il était moins coûteux et plus prompt que celui qui s'opère avec le grain. Le grain égrugé ou la grosse farine doivent être délayés dans de l'eau chaude et réduits en pâte; on y ajoute ensuite du levain, on tient le tout à une température un peu élevée, et en 12 heures il est aigri; on prend alors une portion de cette pâte et on la mélange avec de l'eau pour en faire un breuvage épais que l'on donne aux cochons, lorsqu'il ne reste presque plus de pâte, on y ajoute de la nouvelle farine ou du grain égrugé. Ce breuvage est très-agréable aux pores, mais ne les nourrit pas suffisamment, et d'ailleurs l'inconvénient