fleurs, au moment de leur épanouissement ou peu après. Enfin, les fruits après leur maturité. Les plantes étant récoltées, il faut les dessécher. Pour cela, on nettoie les racines, et, lorsqu'elles sont petites, fibreuses et peu chargées d'humidité, on les laisse entières; si elles sont grosses et charnues, on les coupe par tranches. On les étend ensuite sur des claies d'osier, on les enfile pour les suspendre, et, dans l'un ou l'autre cas, il faut les dessécher à l'étuve dont on élèvela température de 30 à 40°. Pour dessécher les bulbes, on en sépare les squames ou écailles qu'on coupe par languettes, puis qu'on étend sur un tamis, enfile en chapelets et dessèche à l'étuve. Les racines et les bois n'ont besoin que d'être exposés dans un lieu sec et aéré. Les feuilles, purgées de celles qui sont mortes ou moisies, sont étendues au soleil et remuées avec soin plusieurs fois par jour jusqu'à parfaite dessiccation. Les fleurs sont étendues sur des claies d'osier gar- nies de papier gris, exposées au soleil ou à l'étuve; on les couvre souvent aussi avec du papier gris pour leur conserver leur couleur. Les semences sont étendues dans un endroit sec et d'une température modérée. Les fruits doivent être desséchés promptement; on les place sur des claies dans un four chauffé au degré nécessaire pour cuire le pain; au bout d'un quart d'heure, on les retire, on les expose au soleil; on les replace ensuite dans le four ou dans une étuve, mais beaucoup moins chauffée qu'auparavant. Toutes les plantes séchées doivent être conservées dans un lieu sec, et celles qui sont aromatiques dans des boîtes bien fermées.

Les plantes employées dans les arts ne sont pas non plus toutes cultivées par la main des hommes; quelques-unes croissant spontanément dans la nature, peuvent être récoltées dans les pays où elles végètent, et faire l'objet d'un petit commerce. C'est ainsi que depuis un temps immémorial, les habitans du Grand-Galargues (Gard) se rendent tous les ans au mois de juillet dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et de Vaucluse, pour ramasser les plantes connues dans le pays sous le nom de mozellète et par tous les botanistes sous celui de croton des teinturiers (croton tinctorium, Lin.), dont ils préparent une matière colorante d'un beau bleu connue sous le nom de tournesol de Languedoc, et qui sert à différens usages industriels. Il en est de même des habitans de l'Auvergne et de la Lozère, qui, pendant l'hiver et dans les temps de pluie, vont errer sur les montagnes qui les environnent, armés de lames de fer flexibles d'un mèt. de longueur, et d'un sac, pour détacher sur les rochers certains lichens (lichen parellus, Lin. ou le variolaria orcina, selon d'autres). Ces lichens sont livrés ensuite à des fabricans qui les transforment par des manipulations convenables en une matière tinctoriale très usitée dans nos ateliers, et connue sous le nom d'orseille de France, orseille de terre ou du pays. Dans les Pyrénées les habitans, surtout ceux de la vallée de Prats-de-Mollo(Pyrénées Orientales), font également la récolte d'une autre espèce de licen (variolaria dealbata ou lichen dealbatus, Achar), dont on pré-

pare aussi de l'orseille.

La récolte des graines des arbres forestiers peut aussi procurer une occupation utile et des profits; on peut consulter à cet égard ce que nous avons dit, t. IV, p. 70, pour connaître l'époque à laquelle chacune d'elle doit être récoltée, et les manipulations que plusieurs exigent avant d'être livrées au commerce ou aux propriétaires.

La récolte des mousses, si facile, si simple, peut donner de l'occupation à des enfants et à des personnes âgées. Ces mousses ont une foule d'usages et d'applications utiles : elles sont excellentes pour le transport des plants et pour entourer les greffes. Disposées en lit, on en fait des couches à melons. Beaucoup de plantes délicates ne lèvent bien que dans la mousse. Tout le monde sait qu'avec la mousse on fait des paillasses et des matelas ; qu'on en rembourre des sièges, qu'elles sont très bonnes pour emballer des objets fragiles ou des fruits qui s'y conservent bien; qu'elles sont précieuses après avoir été mêlées avec de l'argile pour les constructions hydrauliques. On en calfate aussi les bateaux, et en les pétrissant avec du menu de houille on en fait un combustible facile à transporter. Les glacières dont les parois sont construites avec ces plantes, conservent aussi bien la glace que celles bâties en pierre. Enfin, dans les Vosges, les habitans recueillent une espèce de mousse du genre polytric, qu'on rencontre dans les bois marécageux ou les pays montueux, et dont on fabrique à Rouen et dans les autres villes manufacturières les brosses qui servent aux tisserands à étendre sur leurs toiles l'encollage nommé parou.

Les fougères qui croissent spontanément dans les bois et les lieux incultes peuvent fournir aux arts des produits utiles. Dans les Vosges et le Jura, on les recueille avec avantage avant la maturité pour les brûler et en tirer de la potasse; dans d'autres lieux, on en fait de la litière pour les animaux domestiques, ou on les expédie pour l'emballage des poteries et autres objets fragiles.

Plusieurs populations des provinces méridionales de la France emploient, à certaines époques de l'année, leurs moments de loisir à la récolte du chiendent (andropogon digitatum), dont on fait des brosses et des balais, qui se consomment en grande quantité; dans les Ardennes, on recueille de même la bruyère à balais (erica scoparia), dont on fabrique les mêmes produits qui n'ont pas un débit moins considérable. Dans nos départements méridionaux de l'Aude, de l'Hérault, etc., on récolte en abondance une petite fougère à tige grêle et lisse, connue dans le commerce sous le nom de capillaire de Montpellier (adianthum capillus veneris), et dont on prépare dans la pharmacie et dans l'art du confiseur un sirop aromatique assez agréable. Dans la Charente, la Dordogne et la Corrèze, on va chercher en automne et en hiver, dans les forêts de charmes, de châtaigners et de chènes, les truffes qui y croissent naturellement et qui se vendent ordinairement à un prix élevé.