importe tellement au jardinage qu'on ne saurait donner trop d'attention au choix des instruments destinés à façonner le sol ; les plus chers sont presque toujours les plus économiques ; ils durent plus longtemps, ils font plus de besogne et elle est mieux exécutée. Le jardinier tient à sa bêche comme le soldat à son fusil; il réforme à regret une vieille bêche à laquelle il est accoutumé. Une bonne bêche, dont le fer est bien corroyé d'acier, sans être trempé trop sec, peut durer nombre d'années. On ne peut assigner de dimensions invariables à la bêche du jardinier; c'est à lui de la choisir proportionnée à sa force et à la profondeur du sol qu'elle est destinée à retourner.
A. Bêche commune. — Pour façonner un sol léger, cultivé depuis longtemps en jardin et parfaitement ameubli par des labours précédents, la bêche plate, droite, légèrement trapézoïde, mais presque quadrangulaire (fig. 8),
est la plus facile à manier. Si la terre est un peu forte et sujette à se durcir, ou qu'elle contienne des pierres, il est bon que le tranchant de la bêche, au lieu d'une ligne droite, présente une courbe (fig. 9) ; les angles deviennent alors des espèces de crochets qui sont souvent fort utiles.
B. Bêche belge ou flamande. — La bêche dont on se sert communément en Flandre et qui se retrouve en Bretagne, est légèrement courbée dans le sens de sa longueur, et aussi large du bas que du haut; les Flamands lui donnent ordinairement un manche un peu courbé par le bas (fig. 10) et les Bretons, un
manche droit, comme celui de la bêche commune. La bêche flamande est nécessaire pour travailler les terres peu consistantes qui n'adhèrent point au fer de l'instrument, en sorte que la motte de terre enlevée retombe le plus souvent au fond de la jauge sans avoir été retournée. La courbure du fer de bêche est destinée à parer à cet inconvénient en retenant la terre le temps nécessaire pour que l'ouvrier soulève sa bêche et la retourne.
Ces trois formes de bêches sont les plus usitées; elles réunissent entre elles trois les qualités qu'exige un bon labourage, et répondent aux modifications que le sol peut éprouver par les variations de la température. Le même sol, à l'époque où il doit être labouré, n'offre pas toujours le même degré de résistance. Si la saison est sèche, une terre légère, semblable alors à de la cendre, ne pourra être bien labourée qu'avec la bêche flamande, à fer courbe; cette même terre, après des pluies prolongées, devenue lourde et suffisamment consistante, se travaillera tres bien avec la bêche commune; enfin, si elle se trouve, comme il arrive souvent, humectée à la surface par une pluie de peu de durée, mais sèche et dure par-dessous, la bêche droite à tranchant courbe l'entamera plus facilement et rendra le labour plus parfait.
Les Anglais emploient en outre, principalement pour lever des gazons, une bêche en forme d'écusson, à manche très courbé, dont la fig. 11 montre le profil, A la lame vue de face, et B la poignée; nous croyons la houe à lame large (fig. 16) préférable. Quiconque a vu dans nos forêts avec quelle netteté et quelle promptitude cet instrument, dans les mains des charbonniers, taille et enlève les gazons bien tranchés et tous d'égales dimensions, dont ils recouvrent leurs fourneaux ou fouées, doit être convaincu de sa supériorité; les gazons, au lieu d'avoir leurs bords coupés à angles droits, comme des briques (fig. 12), sont dans ce cas amineis par les bords, de manière à s'emboîter parfaitement les uns dans les autres (fig. 13).
On range assez improprement, parmi les bêches, la fourche et le trident à dents plates (fig. 14 et 15). Ces instruments ne labourent
Fig. 14, 15.
point le sol selon le vrai sens du mot labourer, puisqu'ils ne le retournent pas; ils servent seulement à l'ameublir à une certaine profondeur. On les emploie avec avantage pour rafraîchir des planches d'asperges, des plates-bandes de parterre ou des plantations de ro-
siers; ils ont l'avantage d'agir sans endommager les racines le long desquelles leurs dents peuvent glisser sans les entamer.
§ II. — Houes et pioches.
La houe, proprement dite (fig. 16), est sou-
vent confondue avec les divers genres de pioches et de binettes à lame large; la différence essentielle consiste dans la forme du fer et celle de la douille. La houe est un vrai fer de bêche,