mière année jusqu'au niveau du sol, de sorte que, par les rechargements successifs, elles finissent par prendre une forme bombée, plus élevée que le niveau des sentiers de service ménagés tout à l'entour.

On ne doit pas croire, d'après ce qui précède, qu'il soit impossible d'obtenir de très bonnes asperges sans employer des procédés de préparation du sol aussi dispendieux ; en Lorraine, principalement aux environs de Nanci, on se contente de labourer profondément le sol et de lui donner une bonne fumure ; les produits de l'asperge violette, seule cultivée dans cette partie de la France, n'en sont pas moins satisfaisants. Mais, près des grandes villes, les fosses garnies de fumier donnent une plus grande quantité de grosses asperges, pour lesquelles on trouve toujours des acheteurs ; ce mode de préparation du sol doit être préféré.

Tout sol fertile, à moins qu'il ne contienne une trop grande quantité de pierres et de cailloux, est propre à la culture des asperges. L'opinion qui exclut cette culture des terres fories et compactes est un pur préjugé; seulement un sol de cette nature doit être mélangé avec une forte proportion de bon terreau. Pour obtenir de belles asperges dans une terre forte, i faut la diviser à l'automne en billions de 0m ,40 d'élévation, sur 0n ,50 de large, afin que l'action des geleces et des dég Is pendant l'hiver contribue à l'ameublier. Au printemps suivant, on prépare les fos-es comme ci-dessus, au moment des semis ou des plantations.

B. — Choix de la graine.

Lorsqu'on se propose de récolter soi-même la graine destince aux semis, on réserve les asperges les plus belles et les mieux formées parmi celles qui sortent de terre les premières. Comme rien ne distingue des autres celles qui ne doivent porter que des fleurs mâles et par conséquent stériles, on doit en laisser plutôt plus que moins, afin de n'en pas manquer. Les premières asperges ont sur celles qui sortent plus tard, l'avantage d'un plus long espace de temps pour mûrir leur graine. Les baies se récoltent en novembre, ou à la fin d'octobre, lorsque la température a été longtemps douce à l'arrière-re-saison. Dès qu'elles sont cueillies, on les met tremper pendant 12 ou 15 jours dans de l'eau, pour que leur pulpe s'y décompose; on les lave ensuite à grande eau, et on les laisse sécher dans un lieu bien aéré; elles conservent plusieurs années leur faculté germinative.

C. — Semis en pépinière.

On sème les asperges en mars et avril, sur un sol riche et léger, fortement fumé, soit à la volee, soit en lignes; la seconde méthode est la meilleure, non pas quant à la végétation du plant qui réussit bien dans tous les cas, mais parce qu'elle permet d'enlever plus facilement les griffes sans les endommager. Les graines doivent être espacées dans les lignes de 0m ,08 à 0m ,10 environ, les lignes étant à 0m ,16 les unes des autres; de cette manière, si l'on emploie un peu plus de terrain, les griffes peuvent s'étendre à l'aise; lorsqu'on les arrache, elles ne sont point enchevêtrées les unes dans les autres, et l'on n'est point exposé à briser leurs doigts, ce qui leur fait toujours un tort considérable.

Les semis n'ont besoin que de sarclages fréquents; il ne faut les arroser qu'en cas de sécheresses très prolongées. Si, à l'époque des premiers sarclages, on trouve des graines restées à découvert, il est encore temps de les recouvrir de terre, elles ne tarderont pas à regagner les autres. La graine d'asperges doit être très peu couverte; le meilleur procédé, lorsqu'on dispose d'une quantité suffisante de terreau, consiste à en répandre quelques centimètres sur la graine déposée dans les rayons, sans rabattre la terre par dessus.

D. — Semis en place.

La méthode des semis en place commence à se substituer à celle des plantations de griffes partout où l'asperge est cultivée en grand, en Hollande, en Angleterre et en France. Il est évident que, pour nos jardiniers, dont les ressources sont beaucoup plus bornées que celles de nos voisins, un procédé qui diminue les avances presque de moitié doit contribuer puissamment à étendre la culture des asperges; son seul défaut c'est de faire attendre 4 ans les premières rentrées. Aussi, tout amateur pressé de jouir, et ne voulant cultiver l'asperge que pour les besoins de son ménage, préférer toujours avec raison les plantations dont on commence a récolter les produits au bout de deux ans.

Le sol étant disposé convenablement, dans les premiers jours d'avril, on trace sur les planches, de 1m ,40 de largeur, trois rayons, le premier au milieu de la planche, les deux autres à 0m .25 des bords de chaque côté. Les semences y sont déposes à 0m ,50 l'une de l'autre, en échiquier. On les recouvre en répandant du terreau par-dessus, comme pour les semis en pépinière. Lorsqu'on sème deux graines à chaque place, au lieu d'une, afin de laisser en place seulement la plante la plus vigoureuse, il ne faut pas les semer trop près l'une de l'autre, afin de pouvoir enlever celle qu'on supprime, sans endommager la grille conservee; mais comme on ne sait jamais d'avance laquelle des deux graines donnera le meilleur plant, et qu'on ne peut par conséquent supprimer toutes les doubles du même côté, il en résulte dans les lignes une irrégularité d'espacement qui peut devenir très préjudiciable aux asperges, quand leurs griffes ont pris tout leur développement. Lorsqu'on est sûr de la graine qu'on emploie, il vaut mieux ne mettre qu'une seule semence à chaque place, sauf à remplir les vides au moyen du plant élevé en pépinière. Les griffes supprimées dans les semis à demeure sont utilisées pour les plantations après avoir été élevées en pépinière pendant deux ans.