en faut un peu plus dans une terre médiocre. On sème depuis les premiers jours de février jusqu'à la fin d'avril; les semis les plus avantageux sont ceux qu'on fait vers le milieu de mars. Une fois que la graine lève, elle n'exige presque plus de soins de culture; sa végétation devient promptement assez vigoureuse pour s'emparer totalement du sol et étouffer la mauvaise herbe. Lorsque le printemps est sec, on est souvent forcé d'arroser plusieurs fois les semis qui ne lèveraient pas s'ils n'étaient arrosés.

Le salsifis et le scorsonère peuvent rester tout l'hiver en terre sans inconvénient; leur racine ne gèle pas, pourvu qu'on ait soin, chaque fois qu'on en arrache en hiver, de n'y point laisser ça et là des vides et d'enlever par ordre les rangées de racines qui se suivent.

C. — Frais et produits.

La culture du scorsonère est plus avantageuse dans une terre de fertilité moyenne et d'un prix modéré, que dans les terres de première qualité qui se louent près des villes à des prix exorbitants. Dans ces circonstances, les frais répondent à peu près aux chiffres suivants :

Location de 53 ares (arpent de Paris), pour deux ans.66 f
Fumier.100
Semence.24
Main-d'œuvre.50

TOTAL des frais pour deux ans. 220

Produits: environ 3,000 bottes, vendues en moyenne au prix actuel, 25 c. la pièce, soit 750 fr. qui, déduction faite de 220 fr. de frais, laissent 530 fr. de bénéfice net pour deux ans ou 265 fr. par année. La culture de ce légume est en réalité plus avantageuse que ce chiffre ne semble l'indiquer, tant parce que le produit se réalise souvent en entier dès la première année, que parce qu'elle laisse le terrain libre de bonne heure la seconde année et qu'elle exige peu de main-d'œuvre. Elle offre de plus très peu de chances de perte et peut se traiter fort en grand sans qu'on ait à craindre l'encombrement des produits dont le débit est assuré dans les villes pendant l'hiver.

§ III. — Navels.

Il n'est pas de plante potagère plus facilement et plus profondément modifiée que le navet par le sol et le climat. A l'exception de quatre ou cinq variétés réelles et persistantes, les différentes sortes de navets changent de façon à devenir méconnaissables, d'un lieu à un autre, et ne se reproduisent pas identiques par leurs semences. On ne peut regarder comme des variétés véritables que le blanc allongé, le navet à collet rose du Palatinat, le navet noir d'Alsace, le gris de Morigny, le jaune de Hollande, le jaune long des Etats-Unis, récemment importé d'Amérique, et le turneps ou rabioule du Limousin, qui constitue une espèce tout-à-fait distincte, à laquelle se rattachent tous les navets dont la forme se rapproche plus ou moins de celle d'un ognon. Les autres navets ne sont, a proprement parler, pas même des sous-variétés; ce sont tout simplement des produits accidentels d'une localité particulière ou d'un mode spécial de culture ; aussi les désigne-t-on avec raison par le nom des lieux où ils ont été obtenus et conservés, mais dont ils ne peuvent sortir sans altération. Tels sont, aux environs de Paris, le navet de Ferneuse, le plus doux des navets à chair ferme, et le navet de Clairefontaine, le meilleur des navets a chair fondante ; ni l'un ni l'autre ne persistent hors des territoires de Ferneuse et de Clairefontaine ; encore le navet de Ferneuse n'est-il déjà plus ce que nous l'avons vu il y a trente ans. On a cherché à l'obtenir plus volumineux et il a dégénéré.

A. — Choix de la graine.

On doit attendre la graine de navets au moins deux ans avant de s'en servir. Lorsqu'on la sème l'année qui suit immédiatement celle où elle a été récoltée, les navets montent et n'atteignent pas leur grosseur ordinaire. C'est que le navet n'est réellement pas une plante naturellement bisannuelle; il ne le devient que par la précaution que prennent les cultivateurs de le semer a l'arrière-saison, afin de porter l'effort de la végétation sur la racine, seule partie utile de la plante. S'il est semé au printemps, il redevient annuel et monte avant d'avoir formé sa racine, quel que soit l'âge de la graine; cependant, la graine du navet long blanc à collet rose, semée de bonne heure au printemps, donne quelquefois de bons navets. Il est donc très important pour cette culture de s'assurer de l'âge de la graine; les caractères extérieurs ne l'indiquent point avec certitude.

B. — Préparation du sol; semis.

Les terres fortes ne conviennent point au navet; il ne prospère que dans un sol léger et sablonneux; il peut croître dans du sable siliceux presque pur et même y devenir excellent; mais alors il lui faut une bonne fumure d'engrais substantiel. Les terres où le navet croît de préférence n'ont pas besoin de labours multipliés et profonds; un seul labour suivi d'un hersage leur suffit.

C — Detail de culture

Le navet est un légume trop commun pour que le jardinier lui consacre des soins assidus; une fois semé, il ne veut plus qu'être éclairci; il détruit ordinairement de lui-même les mauvaises herbes qui l'environnement, ce qui dispense de le sarcler, à moins que, dans le but de l'obtenir très gros, on ne l'ait seme fort clair. Le navet paraît rarement dans le jardin potager; il est du domaine de la grande culture. Ceux qu'on destine à l'approvisionnement de Paris sont l'objet d'une culture à part, sans mélange avec d'autres légumes. Lorsque les maraîchers sèment des navets, c'est toujours pour utiliser