la volée, ne peuvent avoir quelque chance de succès que dans un sol léger, mêlé de fumier très consommé, et recouvert à la surface de 0m ,10 de bon terreau. La graine est déposée dans le terreau à la profondeur de 0m ,05; elle doit être un peu comprimée; quelques arrosages lui sont nécessaires quand le temps est très sec avant le moment où elle sort de terre; elle met de vingt à trente jours à lever. Le grand inconvénient des semis, c'est qu'ils ne reproduisent pas les espèces franches; leurs feuilles deviennent souvent longues et grêles, armées de piquants aux extrémités de leurs divisions; les jardiniers disent dans ce cas que l'artichaut file et qu'il tourne au chardon. Dès qu'on s'en aperçoit, il faut sans retard supprimer les pieds qui tournent au chardon, parce qu'étant toujours beaucoup plus forts que les autres, ils ne pourraient manquer de les étouffer et de les faire périr. Dans les semis en place, on peut choisir dès que les feuilles ont acquis seulement 0m ,10 de longueur; on conserve le pied le plus fort, pourvu toutefois que les feuilles ne montrent point un commencement d'épines, auquel cas, le pied le plus faible, mais sans piquants, devrait être préféré. Le plant élevé en pépi- nière se met en place à la fin du mois d'août, pour donner une récolte de bonne heure en juin de l'année suivante.

2. OEilletons. — Les terres cultivables de toute la France suffiraient à peine à employer les œilletons d'artichaut qu'on supprime chaque année, s'ils devaient être plantés en totalité; rien n'empêche donc, d'apporter le plus grand soin dans le choix des œilletons, et dans la manière de les séparer de la plante-mère, qui ne doit en conserver que deux ou trois; nous pensons qu'en général, il ne faut pas en laisser plus de deux et qu'on ne doit en laisser trois qu'aux pieds les plus vigoureux; il n'y a d'ailleurs aucun inconvénient à n'en pas conserver davantage; accroître la quantité des produits aux dépens de leur qualité est une méthode vicieuse qui ne donne en dernier résultat aucun bénéfice réel.

Les œilletons destinés à être plantés doivent être choisis sains, droits, charnus et pourvus de jeunes racines; on les détache de la tigemère en lestirant du haut en bas, de manière à leur laisser toujours un talon qui donnera bientôt naissance à des racines nouvelles; le plant pourvu d'un bon talon reprend souvent sans racines. Les œilletons les plus forts en apparence, mais dont les feuilles sont coriaces et les racines presque ligneuses, doivent être rejetés; ils ne donneraient, sur des tiges hautes et fortes, que des artichauts mal conformés, petits, durs, et de nulle valeur.

B. — Préparation du terrain.

Le sol destiné aux plantations d'artichaut doit être labouré profondément et fumé sans parcimonie, car c'est, comme disent les jardiniers, une plante dont les racines mangent beaucoup. Lorsqu'on destine à cette culture un terrain qui n'a pas encore été cultivé en jardinage, il est bon de le défoncer un an d'avance à la profondeur de 0m ,40, et de lui faire produire avec une demi-fumure une récolte quelconque; l'artichaut ne réussit jamais bien sur un sol neuf, pas même sur une prairie rompue. Dans les contrées septentrionales, la disposition que nous avons recommandée pour les plantations de choux d'hiver est excellente pour les artichauts, et préférable aux plantations à plat (voir Choux, fig. 303). Dans les pays meridionaux, on façonne le sol en planches étroites avec des rigoles d'arrosage, disposition représentée fig. 1 et 2 (voir page 15).

C. — Plantatio'.

On plante les artichauts, soit au printemps, soit en automne, quand le plant provient d'œilletons, et en automné seulement lorsqu'il provient de semis. La température et la nature du sol doivent servir de règle à cet égard ; néanmoins, les plantations de printemps nous ont toujours paru préférables quant à la beauté des produits; elles ont de plus l'avantage d'éviter les vides que l'hiver laisse toujours dans les rangs des plantations d'automne; mais celles-ci donnent des produits un peu plus hâtifs. Dans la France centrale, on plante généralement à un mètre en tout sens ; nous croyons cette distance trop grande ; d'autres plantent à un mètre dans un sens et à 0m ,50 dans l'autre ; nous croyons la distance de 0m ,80 en tous sens de beaucoup préférable. La première donne par hectare 10,000 pieds, la seconde 20,000, la troisième 15,625. Un sol de fertilité ordinaire, convenablement défoncé, amendé et fumé, peut recevoir ce dernier nombre de pieds d'artichaut par hectare, et donner une récolte de qualité sensiblement égale à celle que produiraient 10,000 pieds sur le même sol à un mètre en tout sens. Beaucoup de jardiniers sont encore dans l'usage de planter deux pieds au lieu d'un, à quelques centimètres l'un de l'autre ; la grosseur des artichauts en est tellement diminuée, qu'il y a perte réelle à suivre cette méthode ; les inconvénients en sont peu sensibles sur un sol particulièrement favorable et engraisse avec prodigalité; les mêmes ressources mieux employées donneraient des résultats encore plus avantageux. On doit assurer la reprise du plant par de bons arrosages renouvelés une ou deux fois par jour, selon la température, jusqu'à ce que les feuilles nouvelles annoncent la formation des jeunes racines. En Angleterre, on donne aux rangs d'artichauts 1m ,32 d'intervalle; les pieds y sont espacés entre eux de 0m ,60; il y en a par conséquent 12,250 par hectare; mais on cultive les intervalles; cette méthode n'a rien qui doive la faire préférer à celle qu'on suit en France. Dans nos départements du midi, la culture de l'artichaut s'allie avec celle du melon en pleine terre, lorsqu'on dispose d'une quantité d'eau suffisante; les planches sont séparées par des rigoles d'arrosage; elles ont ordinairement 1m ,40 de largeur,