Si les artichauts semblent souffrir de la sécheresse, il ne faut pas craindre de les arroser en mars, quand même le climat ferait appréhender des gelées tardives; dans ce dernier cas, on augmentera la couverture de manière à empêcher la gelée d'atteindre les racines.
On voit combien de main-d'œuvre exige la conservation des artichauts en hiver ; ces procédés sont presque impraticables dans la culture en grand. A la suite des hivers longs et rudes , les artichauts en plein champ , quoique buttés et couverts, meurent presque tous, soit parce que les couvertures n'ont pas assez d'épaisseur, soit parce que les feuilles du cœur, trop longtemps couvertes, s'étiolent et pourris- sent. Mais dans un carré de jardin de dimensions moyennes , il est facile de donner à quelques centaines de pieds d'artichaut tous les soins qu'ils réclament. Rien n'est plus nuisible aux artichauts que de les couvrir avec du fumier en fermentation ; la litière sèche, la paille et les feuilles, surtout celles de châtaignier, plus faciles que les autres à déplacer sans les disperser, doivent seules être mises en contact avec le cœur de l'artichaut ; si l'on se sert de fumier, ce ne doit être que pour recouvrir les racines ; s'il touche aux feuilles, il ne peut que faire pourrir la plante.
Pour la culture d'artichauts limitée à un petit nombre de pieds, il y a un procédé plus simple et plus sûr, mais impraticable en grand. On enlève à l'automne les artichauts avec toutes leurs racines, et on les plante dans de la terre sèche dans une cave qui ne soit pas trop humide. Il n'y a plus à s'en occuper jusqu'au printemps. Dès que les gelées ne sont plus à craindre, on remet les artichauts en place après les avoir œilletonnés; on leur garnit le pied de bon fumier et l'on arrose largement. La récolte de ces artichauts devance de 15 jours au moins celle des artichauts qui ont passé l'hiver en pleine terre. Les jardiniers maraîchers des environs de Paris, qu'une longue habitude d'observation met à même de prévoir les hivers rigoureux, se ménagent par ce procédé une provision précieuse d'œilletons qui quelquefois, après un rude hiver, sont payés 40 et 50 fr. le mille à ceux qui ont pu en conserver, de sorte que, pour garnir un hectare, le plant seul occasionne une dépense de 700 à 800 fr.
Dans les contrées méridionales, l'artichaut n'a besoin pour passer l'hiver que d'un léger buttage qu'on défait au printemps. La manière d'œilletonner est la même; l'arrosage au moyen des rigoles se donne par imbibition à très peu de frais; la culture de l'artichaut est donc beaucoup plus facile dans le midi que dans le centre et le nord de la France; mais aussi, elle n'est praticable que là où l'on dispose d'une assez grande quantité d'eau vive, ce qui n'est pas nécessaire sous un climat moins exposé aux terribles secheresses de nos départements méridionaux. Le printemps est ordinairement si sec dans le Var et les Bouches-du-Rhône, que les œilletons mis en place sans être bien enracinés d'avance périraient presque tous. On les plante à 0m ,10 les uns des autres dans des carrés coupés de rigoles qu'on remplit d'eau deux fois par jour; en moins de 15 jours, les œilletons ainsi traités ont poussé de fortes racines; ils peuvent alors être mis en place et résister à la sécheresse. Ce procédé est principalement en usage à Hyères, où la culture de l'artichaut occupe plus de 150 hectares de terres.
Les feuilles de l'artichaut liées et blanches comme les cardons, les remplacent avec avantage au goût de beaucoup d'amateurs; leur saveur est seulement un peu plus forte (voir Cardons). La fleur d'artichaut est la meilleure de toutes les présures; elle ne communique aucun mauvais goût au fromage; elle est préférable sous tous les rapports à la présure ordinaire. On fera bien, à la campagne, d'en réserver toujours une provision pour cet usage.
E. — Frais et produits.
FRAIS.
Nous les avons calculés pour une culture continuée pendant trois ans, durée ordinaire des plantations d'artichauts.
PREMIÈRE ANNÉE.
| Loyer et impositions. | 500f |
| 60 mètres cubes d'engrais, à 8 fr. le m. cube.. | 480 |
| Achat du plant. | 250 |
| Main-d'œuvre. | 500 |
| Paille et feuilles pour abris. | 100 |
TOTAL..... 1.450
DEUXIÈME ANNÉE.
| Loyer et impositions. | 500 |
| 25 mètres cubes d'engrais. | 200 |
| Main-d'œuvre. | 200 |
| Paille et feuilles. | 100 |
| TOTAL. | 800 |
TROISIÈME ANNÉE.
| Frais égaux à ceux de la deuxième année.... | 800 |
| TOTAL des frais pour trois ans. | 5,050 |
Plusieurs articles auraient pu être ou supprimés ou diminués; tels sont l'achat du plant que le plus souvent on n'achète pas: nous le portons au prix du marché aux fleurs à Paris, en 1843; les feuilles qui ne coûtent rien à la campagne; la paille pour couverture, qui sert plusieurs années de suite; nous les portons en compte pour compenser mille faux frais qu'on ne peut évaluer, et qui grossissent toujours d'une manière imprévue, les frais de culture calculés d'avance.
PRODUITS.
Un hectare de terre reçoit, comme on l'a vu, en moyenne, 15,000 pièds d'artichaut. Supposons qu'il en manque 1,000, restent 14,000. Chaque pied peut donner, soit une grosse