tons que le buisson de Gaillon, s'il n'est point paille de manière ou d'autre, risque de brûler, en depit de tous les arrosages, et de laisser des vides qui nuisent au coup d'œil bien plus encore que la vue de la paille ou du fumier.
Les fraisiers de cette variété doivent être déchirés tous les deux ans et renouvelés au moyen des nombreux rejetons fournis par leurs souches. Si l'on attendait jusqu'à la troisième année, les touffes seraient devenues tellement serrées que les jets sortant du milieu s'étioleraient comme des cœurs de salade, et finiraient par pourrir, sans donner aucune récolte.
La distance ordinaire pour les plantations en bordure est de 0m .30; lorsqu'on les rajeunit, il faut avoir grand soin de disposer le nouveau plant dans les intervalles des places occupées par les pieds qu'on vient de détruire; quelques bagueties plantées dans le sillon serviront de guides pour les premiers plants; les autres se trouveront à leur place si l'on conserve exactement la distance. On ne doit pas oublier de les fumer et de les arroser largement, si l'on ne veut pas que leur fruit dégénère.
2. Fraisier de Montreuil ou de Montlhéry.
La culture de ce fraisier est la même que celle du fraisier des Alpes des quatre saisons; mais pour que son fruit développe les formes bizarres et le volume extraordinaire qui déterminent sa valeur sur le marché, il faut en renouveler l'équemment le plant en le tirant directement du territoire de Montlhéry, où cette variété a été originairement obtenue par la culture de la fraise des bois. Il est probable que la beauté de la fraise de Montreuil est due surtout à ce que les jardiniers de ce villagé sacrifient le fruit de la première année, en laissant la plante acquérir une grande vigueur sans la pousser à la production; ils ne commencent à récolter réellement qu'à la seconde année, et leurs fraisiers, en durant trois ans, ne leur donnent que deux récoltes. Le plant peut servir à trois renouvellements sans dégénérer, dans l'espace de neuf ans; les jardiniers les plus soigneux ne l'emploi à cet usage que deux fois en six ans, après quoi ils achètent de nouveau plant à Montlhéry
La fraise de Montreuil est remontante, mais après qu'elle a donné ses premiers fruits recherches pour leur beauté remarquable, ceux des pousses suivantes ne sont plus que des frais- ses de bois, ayant à peu près le volume et la saveur de la fraise des quatre saisons, et conservant la formé globuleuse, marque de leur origine.
Nous ne doutons pas que, dans bien des localités, les jardiniers amateurs ne puissent parvenir à rendre par la culture la fraise des bois égale à la fraise de Montreuil; ces essais auront d'autant plus de chances de succès qu'ils seront tentés dans un sol plus chargé de calcaire; celui des environs de Montlhéry contient beaucoup de carbonate de chaux, et celui de Mon-
treuil est un humus mêlé de gypse ou sulfate de
chaux (pierre à plâtre). C'est aussi dans un sol
analogue qu'on devra cultiver le plant tiré di-
rectement de son pays natal, afin d'en obtenir
des fruits qui ne soient point sujets à dégé-
nérer.
3. Fraisier wallone écarlate.
La fraise écarlate de Virginie est probablement la souche originaire de la wallone écarlate qui n'est mentionnée dans aucun catalogue, parce que les Belges écrivent fort peu et se contentent de très bien cultiver. Ce fraisier transporté de temps immémorial sur les coteaux schisteux des provinces de Liège et de Namur (Belgi-que), y a modifié la couleur, le parfum et même la production de son fruit, au point que nous ne craignons pas de le proclamer la meilleure des fraises qui ne remontent pas. Une terre forte, argileuse, amendée avec de l'engrais très consommé, tel qu'est celui des couches démontées, avant qu'il soit passé tout-à-fait à l'état de terreau, lui convient mieux que toute autre; mais cette fraise s'accommode de toute espèce de terrain. Sa végétation est si puissante, et elle s'attache si solidement au sol par ses nombreuses et fortes racines, qu'on l'emploie comme le meilleur des gazons pour empêcher l'éboulement des terrains schisteux en pente rapide: dans ce cas on la laisse filer en liberté sans toucher à ses coulants; elle n'en est pas moins productive, parce que les jeunes pieds finissent toujours par etouffer les anciens, et se perpéuent ainsi sans qu'il soit besoin de les rajeunir. Nous avons observé maintes fois des plantations très anciennes de ce fraisier, faites, non point en vue d'en obtenir du fruit, mais uniquement comme gazon; les fraises avaient diminué de volume sans dégénérer sous les autres rapports; la production était toujours très abondante.
On voit combien il serait à désirer que la culture de cette variété se propageât en France; elle est inconnue aux environs de Paris. Le fraisier wallon écarlate doit être planté en septembre; la récolte est déjà très abondante au printemps suivant ; placée à bonne exposition, cette fraise peut être très précore. Les hampes ou tiges à fruit sont basses et le fruit est très pesant; il faut, pour cette raison, que le paillis soit plus épais que celui qu'on donne à la fraise des quatre saisons; le paillis serait inutile si on laissait pousser tous les coulants; ils couvriraient bientôt le sol; mais ce serait aux dépens de la qualité et de la quantité des fruits.
Le fraisier wallon écarlate, bien qu'il ne remonte pas, donne d'excellents produits qui se succèdent pendant six semaines; c'est à peu près le double de la durée des autres espèces non remontantes. Il ne craint ni l'ombre des grands arbres, ni l'exposition du nord; seulement, dans ces circonstances, sa récolte sera plus tardive.
Ce fraisier partage, avec tous ceux qui ne remontent pas, le défaut d'occuper inutilement le