L'anis, cultivé seulement pour sa graine dont tout le monde connaît les usages dans la parfumerie ainsi que dans la préparation des bonbons et des liqueurs, se traite à peu près comme l'angélique, mais il n'a pas besoin d'autant d'humidité, bien qu'il réclame des arrosages très fréquents pendant les chaleurs. La coriandre, dont les graines beaucoup plus grosses que celles de l'anis ont à peu près la même odeur avec une saveur beaucoup plus sucrée, réclame une exposition plus chaude et mieux abritée; cette plante, originaire de l'Asie, craint le froid et supporte bien la sécheresse. La coriandre veut une terre légère et profonde; les graines se récoltent en septembre.
§ III. — Plantes médicinales.
Nous sommes de ceux qui croient qu'il faut laisser la médecine au médecin, et recourir, dans tous les cas de maladie sérieuse, aux hommes qui ont fait de l'art de guérir l'étude de toute leur vie; rien ne nous semble plus dangereux que la simple présence dans les jardins de ces plantes douées de propriétés médicinales tellement énergiques que, même à faible dose, elles peuvent empoisonner, et que le médecin expérimenté n'y a recours qu'avec une extrême prudence. Nous n'avons donc rien à dire des plantes narcotiques ou vireuses, telles que la belladone, la jusqu'ame, la cigue; nous pensons que le propriétaire, qui n'est ni médecin, ni pharmacien, commet une haute imprudence, une faute grave, en les admettant dans son jardin, où elles peuvent causer les accidents les plus fâcheux. Le plus grand nombre des plantes, médicinales dont l'usage est sans danger, se rencontre partout en France dans les lieux incultes, malheureusement trop communs et trop étendus dans tous nos départements; ainsi l'on trouve toujours sous sa main, parmi les plantes émollientes, la mauve, la pariétaire; parmi les dépuratifs, la bardane, la patience; parmi les amers, la petite centaurée, la gentiane. On doit se métier, à l'égal des poisons, des plantes purgatives de nos climats, telles que la mercuriale et la gratiole; une purgation trop forte ou prise à contre temps, est un véritable empoisonnement passager, dont les conséquences sont souvent très sérieuses.
On voit combien est borné le nombre des plantes médicinales dont la présence dans un carré annexé au potager nous semble sans inconvénient ; ces plantes varient nécessairement selon les localités; elles varient surtout en raison du nombre des espèces sauvages usitées en médecine, que chacun peut trouver dans les lieux incultes voisins de sa demeure, et qu'il est par conséquent inutile de cultiver.
Sous le climat de Paris, nous pensons qu'on fera prudemment de s'en tenir à la liste suivante :
Flantes à fleurs pectorales.
Violette (de Parme, des quatre saisons). Bouillon blanc.
Plantes amères (tiges ou racines).
Absinthe.
Gentiane (herbe à la grolle).
Petite centaurée.
Ces deux dernières sont pour ainsi dire indispensables quand on ne peut les trouver en abondance à sa portée, à l'état sauvage.
Plantes odorantes anti-spasmodiques.
Menthe poivrée. (Les menthes sauvages sont aussi efficaces.)
Mélisse, ou, à son défaut, dracocéphale.
Sàuge.
Camomille romaine.
Valériane officinale.
Plantes purgatives.
Rhubarbe et rhapontic.
Brionne.
Plantes astringentes.
Bistorte.
Tormentille.
Quelques plantes médicinales, telles que la camomille romaine et le pavot blanc, figurent aussi dans le parterre, comme plantes d'ornement. Plusieurs arbustes de bosquet fournissent aussi des fleurs utiles en médecine, comme le sureau; des baies purgatives, comme le nerprun ; des fruits rafraîchissants, comme le berberis (épine-vinette); ou des fruits astringents, comme le rosier ; tous ces produits récoltés en temps utile fournissent, sans déparer ni le bosquet ni le parterre, un supplément aux produits du jardin des plantes médicinales.
( Pour la culture en grand de quelques plantes médicinales, voir t. II, p. 56 et suiv. )
RÉSUMÉ.
Nous terminerons ici la liste des plantes potagères dont la culture naturelle en pleine terre présente assez de particularités pour exiger des indications spéciales; il nous reste à exposer dans un ordre analogue les notions de la culture artificielle des plantes potagères qui, sous le climat de la France, n'accomplissent pas le cours entier de leur végétation, si l'art du jardinier ne les y contraint, ce qu'exprime parfaitement le terme usuel des maraîchers de Paris : Forcer les plantes. Avant d'aborder cette section importante du jardinage, nous croyons utile de résumer ici, sans craindre de nous répéter, quelques préceptes essentiels déjà exprimés, mais non pas réunis, dans le travail précédent.
La loi générale qui préside aux assolements s'applique au jardinage de même qu'à la grande culture, quoique d'une manière moins absolue. Supposons, pour achever de bien faire comprendre le mode de cette application, un jardin-maraîcher créé sur un sol neuf, dans toutes les circonstances les plus favorables pour la qualité du terrain, l'eau, les clôtures et l'exposition; admettons encore que toutes les par-