cadam diffère d'elle-même selon la nature des roches employées à l'empierrement; il est aisé de prévoir quelle différence d'action des éléments aussi divers peuvent avoir sur la végétation des rosiers, selon que les pierres des routes sont calcaires, granitiques ou siliceuses; c'est ce que le jardinier doit considérer avec soin avant de s'en servir comme amendement pour le sol où doivent végéter ses rosiers.
D. — Cultures particulières de quelques rosiers.
Plusieurs espèces de roses ont, indépendamment de leur effet ornamental, un but d'utilité qui motive leur culture en grand aux environs des grandes villes; telles sont en particulier la rose rouge de Provins, dont les fleurs semi-doubles, récoltées un peu avant leur complet épanouissement, séparées de leur calice, et desséchées avec soin, sont très usitées en médecine comme médicament astringent, et la rose bifère ordinaire, employée pour la distillation de l'eau de roses et la préparation de l'ather ou huile essentielle de rose, très recherchée des parfumeurs. La distillation des roses soit pour l'eau distillée, soit pour l'huile essentielle, en absorbe des quantités énormes; la proportion ordinaire est de 3 kil. de pétales séparés des calices, pour deux litres d'eau distillée.
L'huile essentielle de rose n'est contenue dans les pétales de cette fleur qu'en très petite quantité; les variétés les plus odorantes ne donnent pas au-delà de 1/3300 de leur poids par la distillation ; la rose à cent-feuilles qu'on distille communément en France pour cet usage n'en contient jamais plus de 30 grammes pour 100 kil. de pétales ; c'est un peu plus de 1/3500 . A Paris, les parfumeurs et les pharmaciens ne savent jamais positivement à cet égard ce qu'ils achètent , parce que les roses se vendent sans être effeuillées c'est-à-dire avec leurs calices qu'il faut séparer pour distiller les pétales seuls, et dont le poids, très variable, ne peut pas être évalué d'avance avec précision.
Les roses pour distiller se vendent à la halle de Paris par lots du poids moyen de 50 kil., elles ont valu cette année (1843) 20 fr. les 50 kil. dans la pleine saison.
En Allemagne, on cultive pour distiller une variété de roses connue dans ce pays sous le nom de rose de Francfort; c'est une rose peu méritante comme fleur, elle est semi-double; son calice turbiné est très gros par rapport au volume de la fleur qui s'ouvre mal; mais son odeur est très forte et elle surpasses toutes les autres roses par l'abondance de sa floraison; ces deux qualités ont motivé son importation en Angleterre où depuis quelques années la rose de Francfort, peu répandue en France et peu digne de l'être, est cultivée en grand pour la distillation.
Dans plusieurs cantons autour de Paris, la culture des rosiers en plein champ, dans le but unique d'en vendre les fleurs coupées, soit pour distiller, soit pour égayer à peu de frais les appartements des Parisiens, occupe de très grands espaces; tout le monde connaît de réputation la charmante vallée de Fontenay qu'embellissent les roses; le village situé au centre de cette vallée se distingue des autres communes du même nom, très nombreuses en France, par son antique surnom de Fontenay aux roses; toutefois, il n'y a pas de rose de Fontenay proprement dite; on ne cultive sur le territoire de cette commune que les roses à cent-feuilles, les roses de tous les mois et les roses de Provins. Une autre commune, celle de Puteaux, possède une variété de roses qui porte son nom. Là des terrains peu fertiles donnent un revenu important au moyen de la culture des rosiers qui s'y cultivent par longues files continues formant des espèces de haies très basses, espacées entre eiles de 0m,60 seulement; ces rosiers sont remontants; il serait impossible de calculer le nombre de reses que peut donner un hectare de ce terrain ainsi cultivé; un habile jardinier de Puteaux, consulté par nous à ce sujet, après examen fait avec nous sur le terrain, en porte le chiffre à environ 50 par mètre carré, ce qui fait 500,000 par hectare, évaluation que nous regardons comme trop faible. Ces millions de roses vont à l'alambie; la rose de Puteaux n'est cultivée que pour être distillée; la rose à cent-feuilles se vend par bottes de 100 à 120 environ, du prix moyen de 40 à 50 centimes, revendues ensuite en détail par petits bouquets de 10 à 12 roses chacun, aux prix de 5 à 10 centimes, par les bouquetières ambulantes; qu'on juge par là de l'argent que peut rendre un hectare de rosiers! Aussi les terres propres à cette culture, quoique fort maigres, ont-elles une valeur élevée; elles se louent à des prix exorbitants. Les rosiers ne les occupent cependant que 3 à 4 ans, après quoi ils cèdent le terrain à d'autres cultures pour revenir aux roses au bout de 3 ou 4 autres années, par une rotation régulière. Le rosier de Puteaux se prête mieux que tout autre à cette rotation, parce qu'il est facile à détruire; c'est son principal mérite. Au contraire, le rosier commun à cent-feuilles et le rosier remontant ordinaire (rose des 4 saisons ou de tous les mois), sont pour ainsi dire indestructibles. Lorsque la terre en est lasse au point que leur floraison devient rare et sans valeur, on a beau les arracher; le moindre filament de racine oublié en terre donne des drageons qui infestent le sol pendant des années, au grand détriment des autres cultures; la rose de Puteaux mérite donc à cet égard la préférence dont elle est l'objet.
E. — Classification des rosiers.
Rien n'est plus variable et plus arbitraire que la nomenclature des rosiers telle que l'ont faite les horticulteurs marchands dans leurs catalogues ; il en est à peu près des noms donnés aux roses comme de ces figures de cire qui ont été tour à tour le grand Tamerlan et Ibrahim-Pacha: la même rose sera, selon l'époque, l'impératrice