employé pour ces deux mélanges doit être choisi parmi ceux qui ne contiennent pas de traces d'oxyde de fer, car la plus petite quantité de cet oxyde peut faire aux éricas un tort très sensible. La même terre ne convient pas à toutes les bruvères; il en est parmi celles du cap de Bonne-Espérance, qui croissent naturellement dans des crevasses de rochers presque dépourvues de terre; on doit donner à ces espèces une terre plus sableuse, dans des pots plus petits que ceux qui conviennent aux autres éricas; en général, toutes les bruvères se contentent de pots assez petits, relativement au volume des plantes. Elles n'ont pas besoin, comme le pensent beaucoup d'horticulteurs en France et en Allemagne, d'être fréquemment rempotées; le rempotage n'est nécessaire que quand les racines remplissent exactement toute la capacité du pot. Voici ce que dit à cet égard M. Henderson, habile horticulteur écossais, qui a cultivé pendant 30 ans la plus belle collection d'éricas qui fût en Europe. « Jamais je ne donne un nouveau pot à une érica, que celui qu'elle occupe ne soit complètement rempli par ses racines; quand elles se comportent bien, il y en a que je ne dérange pas pendant 3 et même 4 ans, et qui, loin d'ensouffrir, fleurissent parfaitement. J'ai des pieds d'érica-retorta, dont les toutfes, très serrées, n'ont pas moins de 0m,50 de tour, sur 0m,40 de hauteur; ces plantes sont dans des pots de 0m,15 de diamètre; des pieds d'érica-infundibuliformis qui ont 0m,80 de tour et 0m,90 de hauteur, et d'autres d'érica-pilosa qui n'ont pas moins de 2 mètres de tour, sur 1m,80 de hauteur, vivent et prospèrent dans des pots de 0m,25 de diamètre; je ne les dépote que tous les 5 ans; ils végètent avec vigueur et se couvrent de fleurs depuis le collet de la racine jusqu'au sommet des tiges.
Les éricas végètent plus ou moins en tout temps; elles veulent donc être arrosées toute l'année, en proportion de leurs besoins, très fréquemment et toujours peu à la fois; il ne faut jamais attendre que la terre soit tout-à-fait sèche et que les plantes commencent à se flétrir. Quand ces accidents arrivent, ce qui doit toujours être attribué à la négligence du jardinier, il faut se hâter d'enterrer dans une couche tiède recouverte d'un châssis les plantes qui ont souffert de la sécheresse; on peut aussi les porter dans la serre tempérée, et là les arroser largement; elles ne tarderont point à se refaire. Mais si la sécheresse a pris les racines, et qu'elles soient sérieusement attaquées, le mal est sans remède; il ne faut pas attribuer à une autre cause la mort fréquente des éricas cultivées dans des appartements ou confiées à des jardiniers peu soigneux.
Les éricas ne sauraient avoir trop d'air et trop de lumière. « Pour moi, dit M. Henderson, je lève les vitrages de la serre aux éricas, même en hiver, tant qu'il ne gèle pas et que le temps est clair; je laisse le vent souffler dessus tant qu'il lui plaît, elles ne s'en portent que mieux. »
En effet, partout où croissent les bruyères, soit en Europe, soit en Afrique, c'est toujours dans des contrées découvertes, exposées presque toute l'année aux vents les plus violents ; comment pourraient-elles donc supporter la privation d'air ?
Les éricas sont d'ailleurs bien moins sensibles au froid qu'on ne le pense communément ; des expériences faites en Angleterre ont prouvé que plusieurs d'entre elles , entre autres l'éricapersoluta, peuvent demeurer quelque temps dans de la terre gelée, sans que leurs racines meurent, pourvu qu'on ne les expose pas immédiatement après à une température élevée, et qu'on ait soin de faire dégeler la terre peu à peu.
Il ne faut chauffer la serre aux éricas qu'en cas de grand froid, quand les couvertures de paillassons et de litière sont jugées insuffisantes pour empêcher la gelée d'y pénétrer; le point important c'est d'en éloigner l'humidité et d'y laisser pénétrer en abondance, en toute saison, l'air et la lumière. La fig. 504 représente l'érica grandiflora, l'une des plus belles du genre.
Les espèces et variétés d'éricas sont très nombreuses; elles se classent d'après plusieurs caractères dont le plus saillant est la disposition des feuilles. La première section comprend les éricas à feuilles opposées ; la bruyère commune fait partie de cette section, dont la plante la plus remarquable est l'érica lutea ou imbel-lis, à rameaux retombants, à fleurs d'un beau jaune. Dans la seconde section, les feuilles sont ternées, quelquefois quaternées ; l'érica-cinerea, l'une des plus nombreuses du genre, fait partie de cette section. La troisième section ne comprend que des éricas à feuilles quaternées; l'érica-arborea, la plus grande du genre, appartient à cette section. Dans la quatrième section, les feuilles sont disposées par six ; l'érica-formosa, dont les fleurs pourpres sont longues de 27 millimètres, est comprise dans cette section ; elle passe avec raison pour l'une des plus belles bruyères connues.
Les éricas de la cinquième section ont leurs