A. — Serre aux orchidées.

Les conditions d'existence des orchidées exigent une serre qui leur soit, sinon exclusivement, du moins principalement consacrée. Nous donnons ici en faveur des amateurs de cette culture deux serres également bonnes dans ce sens que toutes les deux remplissent également bien leur but, et que les orchidées y croissent aussi bien qu'on peut le désirer; elles sont cependant l'opposé l'une de l'autre. Dans la construction de la première on a eu seulement en vue la prospérité des orchidées, sans s'arrêter aux considérations d'économie; dans celle de la seconde, on a cherché à obtenir au contraire le meilleur résultat aux moindres frais possibles; la première a été construite à Chatsworth en Angleterre, l'autre à Paris, dans le jardin de l'Ecole de médecine; elles caractérisent assez bien la manière de procéder de l'horticulture anglaise, comparée à l'horticulture française.

La serre aux orchidées, à Chatsworth, (fig. 512), a 20m de long, et 4m de large. Le mur du

Fig. 512.

fond est élevé de 3m ,50; celui du devant n'a que 0m ,75 ; mais comme il est surmonté d'un vitrage droit, de 0m ,65 de hauteur, le point de départ du vitrage incliné est à 1m ,40 du sol, ce qui donne à ce vitrage une inclinaison de 25 degrés. La serre contient à l'intérieur, au lieu des bâches, deux espaces vides maçonnés sur les côtés, et recouverts en dalles minces; ces deux espaces d'inégale grandeur renferment des conduits de chaleur AA, qui échauffent leur atmosphère particulière; c'est ce qu'on nomme, en Angleterre, chambre à air chaud. L'air échauffé est introduit dans la serre par les bouches de chaleur BB, quis'ouvrent sur le passage régnant dans toute la longueur de la serre : la largeur du passage est de 1m ,20. Les orchidées sont placées dans des pots, sur le dessus des chambres à air chaud, ou bien elles sont cultivées dans des vases suspendus aux châssis des vitrages. On a utilisé en outre les montants de ces châssis en les faisant servir de support à des orchidées à tiges grimpantes. Trois bassins ornés de plantes aquatiques contribuent par une évaporation continuelle à entretenir une grande humidité dans l'atmosphère de cette serre; le plus grand a 2m ,80 de long sur un mètre de large; il est placé au centre de la serre; les deux autres, un peu moins grands, occupent les deux extrémités opposées. Une petite bâche règne en ayant de cette serre, le long de son mur antérieur; elle est destinée aux orchidées de l'Amérique du Nord, qui ne supportent pas une température aussi élevée que les orchidées des contrées tropicales; il suffit de leur donner de l'ombre en été et une couverture de paillassons en hiver.

La serre aux orchidées, au jardin de l'École de médecine de Paris, est construite comme la précédente, à un seul versant ; elle est adossée à un mur en terrasse très élevé , à l'exposition du plein midi. Les orchidées y sont disposées en majeure partie sur des bûches de bois de chêne , placées les unes horizontalement, au milieu de la serre , les autres perpendiculairement le long du mur du fond ; quelques fragments de terre de bruyère tourbeuse garnissent la base de leurs pseudo- bulbes , qui sont fixés aux bûches par des liens de fil de plomb ; mais ces liens deviennent bientôt inutiles, tant les orchidées s'attachent fortement au bois par les racines qu'elles poussent dans toutes les directions. Quelques autres , principalement des stanhopeas , sont suspendues par des fils de fer aux montants des vitrages ; elles vivent dans de petits paniers à claire-voie, remplis de fragments de terre de bruyère tourbeuse ; la serre est échauffée par un thermosiphon. Son extrême simplicité contraste vivement avec le luxe de la serre anglaise pour les orchidées , plantes qui pourtant ne se portent pas plus mal dans la serre du jardin de l'École de médecine que dans celle de Chatsworth.

B. — Multiplication.

On ne saurait douter que les orchidées ne se multiplient de graines dans leur pays natal, c'est la marche uniforme de la nature pour tous les végétaux; mais l'art de l'horticulture n'a pas jusqu'à présent utilisé pour les orchidées ce moyen de multiplication; elles ont d'ailleurs plus de facilité que beaucoup d'autres à se reproduire par la séparation de leurs parties. Il semble que la nature ait voulu par-là compenser en quelque sorte la difficulté avec laquelle fonctionnent leurs organes reproducteurs, qui donnent très rarement des semences fertiles, en raison de leur conformation différente de ce qu'elle est dans les autres plantes phanéro-games.

Quelques horticulteurs anglais, entre autres M. R. Brown, auraient, s'il faut les en croire, obtenu des graines fertiles des orchidées aussi facilement que de toute autre famille de végétaux ; néanmoins tous les horticulteurs en général, même les Anglais de bonne foi, conviennent de cette vérité, que les organes reproducteurs de la plupart des orchidées ne sont encore que très imparfaitement connus, et qu'on ne peut leur faire porter graine dans nos serres, quelque soin qu'on mette à les cultiver.

Les orchidées grimpantes, à longues tiges