gratuitement aux pauvres; l'administration de cet établissement distribue aussi gratuitement les semences de toute espèce d'arbres, d'arbustes et de plantes utiles et d'ornement, et ne néglige rien pour en propager la culture.
Dans toutes nos explorations de l'Espagne, nous n'avons rencontré que bien peu de serres dignes de fixer notre attention ; les cultures forcées sont inconnues dans ce pays; on prend les produits à l'époque où la nature les envoie, bien que sur les plateaux élevés du nord et du centre de l'Espagne les hivers soient souvent assez longs pour faire regretter l'absence de beaucoup de produits de tout genre qu'il serait facile de demander à la culture forcée; il est vrai que pour la pratiquer avec succès il faudrait appeler des jardiniers du dehors.
Quand l'Espagne pacifiée sera ce qu'elle peut et doit être, le goût de l'horticulture ne pourra manquer d'y multiplier les serres qui pourront contenir les végétaux de tous les pays du globe, sans avoir besoin, comme en France et dans le nord de l'Europe, d'une chaleur artificielle entretenue toute l'année. Sous le climat de Séville et de Gibraltar, une serre froide est l'équivalent d'une serre tempérée à Paris; elle devient serre chaude pour peu qu'on y fasse du feu pendant la mauvaise saison.
PORTUGAL.
Notre tournée en Portugal nous montrera des jardins bien autrement rares qu'en Espagne. On nomme ici quinta ce que les Catalans nomment torre, et les Provencaux bastide. Quelques quintas aux environs de Lisbonne et d'Oporto ont d'assez beaux jardins; elles appartiennent à des négociants la plupart étrangers; les autres, sans en excepter les jardins des résidences royales, sont mal tenus et délabrés; les finances de ce malheureux pays sont trop obérées, et la civilisation y est trop arriérée sous tous les rapports, pour que les jardins publics ou privés ne se ressentent pas de cette décadence générale dont le Portugal ne semble pas près de se relever.
Lisbonne a des serres assez étendues qui dépendent de son jardin botanique, mais tout y est négligé. A Coïmbre, ville célèbre par son université, le jardin botanique était, il y a quelques années, totalement abandonné. Lorsqu'on s'est occupé de le remettre en ordre, il s'est trouvé rempli de très beaux arbres et arbustes d'Amérique et d'Australie, qui, livrés à eux-mêmes pendant nombre d'années, avaient fini par prendre le dessus et par former de très beaux bosquets; il a fallu les dégager des ronces et des broussailles dont ils étaient encombrés.
Le sol et le climat sont admirables en Portugal: les jardins, si l'on songeait à en planter, seraient les plus beaux de l'Europe ; mais l'horticulture est complètement mise en oubli précisément là où elle pourrait et devrait être le plus florissante.
Hâtons-nous de nous embarquer à Lisbonne pour Gênes, afin de prendre un aperçu de l'état de l'horticulture dans la péninsule italique.
ITALIE.
En arrivant à Gênes, même avant de débarquer sur ce port, un des plus beaux du monde, nous sommes frappés de la beauté de cette magnifique ceinture de jardins dont est entourée cette ville, surnommée la superbe, et qui, bien que déchue de son antique splendeur, porte pourtant encore très bien ce beau surnom. Ces jardins, vus de près, ne perdent rien de leur charme; toute villa est un palais rehaussé de tout le luxe des arts; chaque jardin, considéré séparément, offre une réunion de marbres admirablement sculptés qui semblent des monuments bien conservés des bons temps de l'art antique. Les jardins de Gênes sont ceux de toute l'Europe qui répondent le mieux à l'idée que nous pouvons nous former des jardins de l'antiquité, d'après les descriptions parvenues jusqu'à nous; il semble que ce soit là que la tradition s'en soit le mieux conservée.
En parcourant rapidement le nord de l'Italie soumis au roi de Sardaigne et à la maison d'Autriche, nous remarquons l'état avancé de l'agriculture, les grands établissements d'horticulture à peine inférieurs à ceux de la Grande-Bretagne, le nombre des jardins de toute nature, depuis la villa du grand seigneur jusqu'au modeste jardin du paysan. Tout cet ensemble satisfaisant pour le voyageur étranger le force de reconnaître un peuple laborieux et jaloux, comme les Belges et les Hollandais, d'accroître son bien-être par le travail, de rendre son chez soi, grand ou petit, le meilleur et le plus agréable possible. Aux environs de Turin, nous visitons avec intérêt ces immenses pépinières si bien piacées là, dans un sol frais, riche et profond parfaitement arrosé; les arbres utiles, mûriers, orangers, citronniers, et toute sorte d'arbres à fruits, y tiennent le premier rang; néanmoins, il y a place aussi pour les arbres et arbustes d'ornement, et bien que cette production énorme pour un petit royaume trouve en partie son débouché dans l'exportation, elle pourrait se soutenir sur un pied déjà respectable, rien qu'à l'aide du marché intérieur. Le goût des fleurs est général en Piémont; les jardins de tout genre y sont très multipliés; les parcs dessinés sur les pentes sud et sud-est des Alpes sont d'une rare beauté; ils ont, comme les jardins de Gênes, mais dans un autre genre, le privilège d'une vue magnifique dans toutes les directions, et d'un climat qui admet une végétation très variée.
En Lombardie, le goût des jardins paysagers est général parmi la riche noblesse de ce pays ; toutefois, les compositions de ce genre que nous avons à visiter ne nous satisfont pas toutes également. Un grand seigneur des environs de Milan, dans un parc situé au milieu