Sarria, près Barcelonne, est du style paysager; ses bosquets, plantés principalement en cyprès et arbres conifères à feuillage sombre, sont dessinés dans le but d'inspirer le recueillement et d'inviter aux pensées religieuses; il est fâcheux que les bons pères aient jugé à propos de les peupler de détestables images de saints de plâtre qui font plus d'honneur à leur piété qu'à leur talent pour la sculpture.
Barcelonne contient dans son enceinte plusieurs beaux jardins ; l'un des plus beaux tient à l'hôtel du gouverneur (capitaine général); il est ouvert au public.
Valence et sa plaine renommée dans toute l'Espagne sous le nom de Jardin de Valence, ont aussi de fort beaux jardins à nous montrer; nous y trouvons surtout beaucoup de jardins fleuristes, et nous ne sommes pas surpris d'apprendre qu'à Madrid et dans tout l'intérieur de l'Espagne, quand on veut un bon jardinier, on le fait venir de Valence. De toutes les fleurs qui se cultivent avec succès à Valence, l'œillet est celui dont la culture est la plus perfectionnée. Un voyageur anglais assure avoir vu à Valence des œillets parfaitement bleus; c'est dommage qu'il n'en ait pas rapporté la graine dans son pays; il a sans doute pris pour bleus les ardoisés, qui sont pourtant bien éloignés du bleu franc. Nul doute que s'il existait un œillet réellement bleu dans les jardins de Valence, il ne se répandit promptement en Europe; un pareil œillet dans sa nouveauté n'aurait pas de prix.
Nous retrouverons quelques jardins autour de Malaga, de Carthagène et d'Alicante; mais nulle part nous ne reverrons cette profusion de fleurs de pleine terre qui décorent en toute saison les jardins de Valence.
Arrêtons-nous un moment à Gibraltar. Voici l'alameda que les Anglais ont nommé le Paradis de Gibraltar. L'allée principale n'a pas plus d'un kilomètre de longueur, mais elle est coupée par des allées transversales plantées en figuiers, en orangers, en acacias-julibrissins, en arbres rares de toute espèce, et bordées de chaque côté de parterres où les fleurs les plus belles que comporte le climat, principalement les fuchsias, les éricas et les pélargoniums, croissent en pleine terre. Tout cela sans doute est admirable, surtout par la situation de cette promenade entre une roche de 500 mètres de haut et l'une des plus belles baies de la Méditerranée; toutefois il est triste de penser que ce jardin, l'un des plus délicieux de l'Espagne, n'appartient point aux Espagnols, et qu'ils ne peuvent s'y promener que sous le canon de l'Angleterre.
A Cadix, où l'espace manque pour les jardins, nous visiterons cependant le jardin de l'hôpital, où nous verrons de fort beaux bananiers en pleine terre, chargés de fruits presque aussi bons que dans leur pays natal.
La riche bourgeoisie de Cadix aime les fleurs avec passion; les principaux négociants ont de très belles maisons de campagne sur la terre ferme, à Port Sainte-Marie et à-Chiclana. Ces jardins fournissent de fruits et de fleurs les marchés de Cadix ; la provision du maître réservée, le jardinier vend le reste à son profit, en donnant toutefois une part au propriétaire. En Angleterre, aux environs de Bristol et de Liverpool, ce sont aussi les villas des négociants qui approvisionnent en fleurs, fruits et légumes les marchés de ces deux grandes villes. Un de nos amis, qui visitait récemment l'Angleterre sous le point de vue de l'horticulture, s'étonnait de voir ses marchés si bien garnis, bien que les environs manquent presque totalement de jardins fleuristes et maraîchers; il est pourtant du plus mauvais ton dans ce pays de faire vendre au marché le superflu des produits de son jardin ; mais les fortunes y sont très mobiles, et les banqueroutes très fréquentes ; il y a beaucoup d'expropriations, beaucoup de villas à vendre ou à louer ; durant les lenteurs des liquidations, les jardiniers vendent les produits des jardins qu'ils continuent à soigner pour leur compte, et il y en a assez pour alimenter en fleurs, fruits et légumes ces deux villes populeuses. Ce fait caractéristique méritait d'être consigné dans notre tour horticole.
Les maisons de campagne de la baie de Cadix ont toutes des galeries ou de grands balcons couverts, dont les montants sont garnis des plantes ou arbustes les plus rares; on trouve dans leurs jardins une profusion de cactées, de mezembryanthèmes et de plantes bulbeuses du Cap, cultivées en pleine terre.
L'intérieur de l'Espagne avait encore à nous montrer les bosquets d'orangers de l'Alcazar de Séville, et les nombreuses villas des faubourgs de cette ville renommée par sa beauté entre toutes les villes d'Espagne ; nous n'en verrions plus aujourd'hui que les débris. Peu s'en est fallu qu'il n'en arrivât autant au jardin botanique de Madrid, ce qui eût été d'autant plus regrettable qu'il n'y en a pas d'autre sur le territoire de la monarchie espagnole. Ce jardin, fondé d'abord en 1755, à quelque distance de Madrid, fut transporté, en 1788, à la place qu'il occupe actuellement sous les murs de la capitale ; une élégante grille de fer le sépare de la belle promenade du Prado. Son étendue est de vingt-huit fanégadas d'Espagne, valant environ vingt-deux hectares. Ce jardin est public l'après-midi; c'est le rendez-vous de la bonne compagnie de Madrid; toute personne décemment vêtue y entre librement. La matinée est réservée aux personnes qui y viennent étudier la botanique; elles doivent avoir des cartes d'entrée délivrées par le professeur attaché à l'établissement.
Un singulier usage ne permet pas aux dames d'entrer dans le jardin botanique de Madrid la tête couverte de leur mantille qu'elles quittent si rarement ; elles sont obligées, en y entrant, de porter leur mantille sur le bras, et de se promener la tête découverte.
Toutes les plantes médicinales cultivées au jardin botanique de Madrid sont distribuées