» demi-fines, tandis que celle de leurs mères n'a
» que la valeur des grosses laines.
» Des brebis à laine demi-fine, accouplées avec
» des béliers à laine fine, ont produit des agneaux
» dont la laine est devenue souvent presque aussi
» fine que celle de leur père, et quelquefois plus.
» Lorsqu'au contraire j'ai mêlé un belier à grosse
laine avec des brebis à fine laine, les agneaux
ont eu la laine moins fine que celle de leur mère
et moins grosse que celle du père... Lorsque j'ai
donné à des brebis un belier qui portait plus de
laine qu'elles, j'ai vu qu'un grand nombre de
leurs agneaux, étant devenus adultes, avaient des
toisons qui pesaient le double et quelquefois le
triple de celles de leurs mères.»
Ce sont là, sans doute, des résultats avantageux; toutefois il n'y a point perfectionnement, mais seulement transfusion d'une race dans une autre. Disons encore en passant que le métissage n'est point aussi généralement applicable qu'on l'avait cru d'abord, et qu'il devient nuisible dès qu'il est pratiqué sur des espèces trop éloignées l'une de l'autre; c'est en vain que l'on a essayé de croiser les bêtes à laine lisse avec les bêtes à laine frisée; on n'a obtenu que des extraits bâtards et sans aucune valeur. S'il est possible d'allonger la laine des mérinos, c'est par le mérinos lui-même que l'amélioration aura lieu, et non point par son union avec des béliers anglais ou abyssiniens.
Le perfectionnement d'une race se fait par la race elle-même, en propagation habitement et en développant les caractères spéciaux qui apparaissent de temps à autre par la seule influence du régime ou du climat.
On a soumis en France le mérinos à deux genres de perfectionnement très-divers qui ont tous deux mérité une juste célebrité, et qui ont créé deux sous-variétés connues sous le nom de Naz et de Rambouillet.
A Rambouillet on s'est attaché principalement à obtenir des animaux d'une santé vigoureuse, porteurs d'une toison pesante, susceptibles d'acquérir plus tard beaucoup d'aptitude à l'engraissement et un lainage superfin.
A Naz on a posé en principe que l'aptitude à l'engraissement était incompatible avec la grande finesse de la laine, et l'on a donné naissance à des animaux faibles, chétifs, d'une mauvaise constitution, mais dont la laine était sans égale.
Les directeurs de Rambouillet ont cherché à satisfaire le plus grand nombre de besoins; ils ont voulu encourager la production agricole par la production des bêtes à laine, en établissant solidement leur race de moutons, pensant avec raison qu'il se trouverait ensuite des gens assez habiles pour développer successivement toutes les qualités de leurs mérinos; comme cela, en effet, arrive aujourd'hui dans l'ouest de la France.
Les directeurs de Naz, au contraire, ont travaillé uniquement pour eux ou pour quelques situations agricoles fort rares. La variété qu'ils ont créée se perdrait tout de suite entre des mains qui ne seraient point fort expérimentées dans le maniement d'animaux aussi frêles; aussi tous les agronomes approuveront l'essai que vient de faire M. Yvart pour fondre les béliers de Naz dans le type plus vigoureux de Rambouillet, et il y a tout lieu d'espérer que le mérinos sortira de cette expérience plus précieux et en même temps plus vigoureux que jamais il n'a été.
SECTION VII. — Des moutons à longue laine lisse.
C'est en Angleterre que l'on trouve les variétés les plus perfectionnées de cette race que nous avons désignée sous le nom de moutons de plaine. Les moutons que nous possédous en France, dans le nord et dans l'ouest, sont bien inférieurs à ceux de l'Angleterre sous le rapport de la toison et de la forme du corps. Leur laine a moins de nerf; elle est souvent feutrée, et la plupart du temps elle ne peut être classée que dans les laines entlèrement communes qui fournissent au peignage un déchet considérable : leur squelette est volumineux, leur tête grosse, leurs flancs longs, leur disposition à engraisser très-peu marquée, comparativement à celle des bêtes anglaises. Elles ne présentent qu'un seul avantage, celui de la rusticité de leur tempétament; elles peuvent supporter facilement la fatigue, et ne craignent pas d'aller chercher au loin leur nourriture. Mal logés, conduits par des bergers inexpérimentés, forcés de parcourir tout le jour des champs tres-divisés pour trouver leur subsistance, les moutons flandrins ou picards se maintiennent dans un état de prospérité satisfaisant ; tandis que les bêtes anglaises succomberaient certainement dans des circonstances aussi défavorables. Mais partout où les cultivateurs voudront se mettre en mesure de leur donner les soins convenables, ces derniers animaux seront d'un produit beaucoup plus avantageux.
Les races anglaises à laime longue sont très-variées. Les comtes de Durham, de York, de Lincoln, de Leicester, en fournissent déjà plusieurs. On en trouve d'énormes dans le Lincolnshire et le Yorkshire; elles diminuent de taille dans le Leicestershire ; mais en même temps c'est dans ce dernier comté que la forme des bêtes s'est le plus améliorée. C'est dans le comté de Leicester, en effet, que Backwell a créé la race qui porte son nom ou celui de sa ferme appelée Dishleygrange.
Dans la formation de cette race, cet habile éléveur s'est attaché, avant tout, à pétir les animaux de manière à les rendre le plus gras possible : la laine n'a été pour lui, comme pour beaucoup d'Anglais, qu'un produit secondaire, au contraire des améliorations qui se sont faites en France sur la race métrinos.
Fig. 305.
La race pure de Dishley (fig.305) a la tête petite, éfilée, les yeux gros, les oreilles fines, presque transparentes et droites, le cou court et mince, les épaules très-larges, la poitrine très-élargie et le flanc court; le train de derrière, quoique volumineux, parait cependant un peu moins développé que toutes les parties de devant. La graisse se trouve accumulée dans ces bêtes sur les côtes, le dos, les reins, et la croupe où elle forme des bosses dont on ne peut avoir d'idée par les petites accumulations de graisse qui constituent les maniemens de nos moutons ordinaires. Cette graisse se forme dans ces animaux à un âge beaucoup moins avance que dans nos races; des bêtes de 15 mois peuvent avoir acquis tout leur embonpoint et être tellement chargées de graisse qu'elles seraient difficilement mangeables en France, et qu'en Angleterre même ou leur reproche cet excès d'embonpoint.
La laine, plus fine que dans le Lincolnshire et le Yorkshire, n'a pas tout à fait autant de résistance, et elle n'est pas à beaucoup près aussi abondante. Il serait possible que l'espèce de lard, qui sépare la peau des parties sous-jacentes, contribuait à la rendre moins vivante. C'est au moins ce qui semble exister sur des bêtes dans le dernier état d'obésité dont la laine tombe et se perd, comme cela aurait lieu, si elles étaient mal nourries. Dans son état de pureté, cette race ne laisse pas que d'exiger plus de soins que beaucoup d'autres races anglaises ; il lui faut surtout la plus