riété, d'une même race, d'une même famille ou d'un même troupeau. On conçoit que l'on ne devrait pas classer ensemble des laines courtes et longues, des laines ondées et des laines lisses, des laines moelleuses et souples avec celles qui sont sèches et cassantes, une laine plate avec une laine ronde; qu'il faut, autant que possible, que les laines qu'on assortit se rapprochent sous le rapport de la nuance, de la couleur, etc., etc. Cependant on fait parfois, pour les besoins des arts, des mélanges où l'on cherche, en réunissant des toisons de qualités diverses, à obtenir une laine de qualité moyenne, plus propre et mieux adaptée à la fabrication des tissus qu'on désire obtenir.
§ II.—Triage des laines.
Excepté dans les races de mérinos très-perfectionnées, telles que les races de la Saxe, dites électorales, celle de Naz, etc., où la majeure partie de la toison est d'une finesse presque égale, même celles des pattes, une toison, la plupart du temps, renferme diverses qualités de laines qu'il s'agit de séparer. C'est le travail nécessaire pour cette séparation auquel on a donné le nom de triage. Cette opération est assez délicate et exige infiniment d'aptitude et d'exercice pour juger et mettre à part dans une toison les diverses qualités qu'elle peut renfermer. Un triage rigoureux donne cependant de la valeur aux laines; le défaut de triage ou un triage négligé est au contraire une cause de discrédit.
Pour procéder régulièrement au triage, on commence par jeter sur le plancher d'une pièce propre et bien éclairée toutes les toisons assorties d'une même division; on les délie, si elles sont en paquets, puis on les déroule et les étend sur une table. Toutes les loquettes ou mèches et portions détachées sont mises à part. Si les toisons sont trop serrées ou tassées, on les ouvre avec un instrument de fer appelé fourchette, à pointes courtes, écartées et recourbées, en évitant toutefois de briser la laine. Cela fait, on épluche ou nettoie la toison, c'est-à-dire qu'on enlève toutes les portions où la laine a subi quelque altération grave, ainsi que les croltips ou bien les corps étrangers d'un certain volume qui s'y rencontrent quelquefois. Tous ces rebuts, qui contiennent de la laine, sont recueillis pour être lavés à part ou avec les dessous de claies ou ordures qui passent à travers les claies au battage. Après cela on sépare encore de la toison toutes les portions colorées, puis celles souillées par l'urine ou les excrémens et qui sont connues sous le nom de jaunes. Enfin, ce travail terminé, on déchire la toison pour séparer les diverses qualités qu'elle présente, et qui sont jetées, chacune à part, dans des boites, des cases ou bien des compartimens formés par des claies, en ayant le plus grand soin de ne pas mêler les qualités.
Voici maintenant les principes qui peuvent servir de guide dans le triage des toisons de toute nature.
Dans les toisons très-communes on ne distingue guère que trois qualités, la mère-laine, sur le cou et le dos; la seconde laine, sur les côtés du corps et sur les cuisses, et la tierce, sur la gorge, le ventre, la queue et les jambes.
Ce triage ne suffit pas, dès qu'il s'agit de moutons à laine fine, et depuis long-temps les Espagnols en avaient adopté un autre d'autant plus commode que leurs troupeaux étant fort nombreux et tous les animaux qui composent chacun d'eux étant à peu de chose près uniformes sous le rapport des toisons, la laine enlevée sur telle ou telle partie se trouve par cela seul classée commercialement. Les Espagnols appellent :
1° Rafinos ou 1re classe, la laine qui se trouve sur le dos, l'épaule, les flancs et les côtés du cou ;
2° Finos ou 2° classe, la laine du chignon et de l'arête supérieure du cou, celle qui se trouve au bas des hanches et de la partie du genou de devant au commencement de l'épaule, et celle du ventre et de la gorge;
3° Terceros ou 3° classe, la laine du jarret de derrière à la hanche, du genou de devant jusqu'au pied et de la partie inférieure de la gorge;
4° Cayda ou 4e sorte, la laine des extrémités ou les portions prises des fesses aux extrémités de derrière, entre les cuisses, etc.
A l'imitation des Espagnols, les Saxons ont classé les diverses qualités de leurs belles toisons en quatre classes principales, savoir :
1° L'électa, qu'on trouve sur le dos, les flancs, les hanches, l'épaule de devant et les côtés du cou;
2° La prime, qu'on recueille sur les cuisses de devant, le ventre, l'arête supérieure du cou, la tête et la gorge;
3° La seconde, celle qu'on rencontre aux cuisses de derrière et aux jambes de devant, du genou à l'épaule, à la partie inférieure de la gorge, le chignon et la queue ;
4° La troisième, celle qu'on trouve sur les jambes de derrière, entre les cuisses, au scrotum et aux parties de la génération.
Les établissements de lavage en Allema- gne forment un bien plus grand nombre de qualités, et la plupart du temps subdivisent les précédentes en 1er et 2e choix; ainsi dans le 1er , ils ont de la laine super-électa et électa; dans le 2e de la prime de 1er et 2e choix, et ainsi de suite.
On a reproché depuis quelque temps en France aux laveurs et négocians en laine, le nombre de qualités diverses qui ont été introduites dans le commerce et qui tendent à apporter de la confusion ou à favoriser la fraude, et on a pensé qu'à l'imitation des Espagnols, trois qualités, indépendamment des rebuts ou caydas, seraient suffisantes pour tous les besoins des arts. Nous laissons aux gens de l'art à décider cette question, et nous préférons donner quelques détails sur la répartition des diverses qualités sur le corps des moutons perfectionnés.
THAER, dans ses Annales de Moeglin, nous a fait connaître les résultats d'observations très-précises qu'il a faites sur des races de mérinos pour distinguer les diverses qualités de laine que présente la toison des moutons de cette race. « La partie du corps, dit-il, où la laine croit le plus régulièrement, est à 2