d'air viennent crever à la surface du liquide, et c'est lorsque le nombre de ces bulles a beaucoup diminué qu'il convient de visiter tous les 3 ou 4 heures le routoir, pour examiner si les indices d'un rouissage parfait se manifestent. Ces indices sont 1°, lorsqu'une tige extraite d'une des bottes se rompt avec facilité quand on cherche à la faire fléchir; 2° lorsque la couche fibreuse peut se détacher d'un bout à l'autre de la tige, les fils restant uns les uns aux autres; 3° lorsqu'en saisissant les tiges par le bout et frappant 3 ou 4 fois la racine sur l'eau, la couche fibreuse crève et s'ent'rouvre.

Quand ces signes indicateurs ne se montrent pas, il faut encore attendre quelques heures; mais aussitôt qu'on les voit apparaître complètement, on doit se hâter de retirer le lin du routoir, le laver à l'eau pure et par poignées, surtout s'il a été roui dans un routoir ordinaire et non dans des caisses, afin de le débarrasser de la vase et de la matière colorante qui se sont déposées sur ses tiges.

Si les localités permettent de renouveler en totalité et avec promptitude l'eau du routoir, on pourra le faire et laisser le lin encore plusieurs heures dans le routoir pour le laver et le nettoyer; la fermentation s'arrête alors et il n'y a pas de danger.

Le lin étant bien égoutté et ressuyé, il faut l'étendre fort clair sur une herbe courte pour le blanchir, et observer à cet égard les règles pratiques données pour le rorage. Ce blanchiment, sorte de 2e rouissage à la rosée, dure plus ou moins de temps, suivant le degré de fermentation que les tiges ont éprouvé dans le routoir; il peut varier de 3 à 14 jours et même plus.

C. Comparaison du rorage et du rouissage à l'eau

Les expériences faites dans le Wurtemberg ont permis de comparer entre elles les 2 méthodes précédentes de rouissage, et de balancer leurs avantages et leurs inconvéniens : Voici le résumé des faits observés.

RORAGE. — Avantages. 1° On trouve aisément partout un gazon, une prairie ou un chaume pour étendre le lin; 2° le rorage marchant avec plus de lenteur, le lin est moins exposé à la pourriture que dans le rouissage à l'eau, où le défaut de vigilance pendant quelques heures seulement suffit pour causer un dommage considérable; 3° quand le temps est favorable le rorage exige proportionnellement moins de travail; 4° on obtient plus facilement du lin de rorage une plus belle filasse que de celui de rouissage; 5° les fils et les toiles de lin de rorage blanchissent 8 à 14 jours plus tôt que les mêmes objets fabriqués en lin de rouissage. — Inconvéniens. 1° La fermentation par suite des variations atmosphériques marche avec lenteur; dans les circonstances favorables elle dure 3 semaines et en exige au moins 9 quand elles ne le sont pas; 2° dans les temps pluvieux, il faut retourner fréquemment le lin pour qu'il ne pourrisse pas, ce qui exige beaucoup de travail; 3° un peu de négligence à cet égard fait aisément pourrir et perdre la récolte; 4° le lin, qui en moyenne reste 5 semaines sur le pré, est très sujet à être dispersé par les vents, il faut alors souvent le remettre en ordre si ou ne veut pas éprouver de pertes; 5° le lin de rorage a moins de ténacité et dès lors est moins propre à la fabrication des toiles très fortes ou tout-à-fait fines que le lin de rouissage; celui-ci, par un travail convenable, pouvant être, sans perdre de la force, amené à un plus grand degré de finesse que le 1er; 6° cette ténacité moindre fait qu'on éprouve dans le travail ultérieur des matières textiles plus de déchet en bonne soite avec le lin de rorage.

ROUISSAGE A L'EAU. — Avantages. 1° Le rouissage ne dure dans les circonstances favorables, et y compris le blanchiment sur le pré, que 10 jours; quand elles ne le sont pas il ne se prolonge pas au-delà de 4 semaines; 2° par suite de la célérité de l'opération celle-ci devient plus sûre, puisque le lin est exposé moins long-temps à l'influence variable du temps; 3° la pluie ou le vent ne causent pas un surcroît de travaux; 4° par suite il y a un déchet moins sensible dans la masse du produit; 5° le lin de rouissage a plus de nerf, et peut être amené par un travail convenable à un aussi grand degré de finesse que celui de rorage; 6° par conséquent il est plus propre à faire des fils pour la dentelle et la batiste, fils qui se vendent à un plus haut prix; 7° enfin par suite de cette ténacité il perd moins en bonne soie au travail de la broye et du seran. — Inconvéniens. 1° On ne trouve pas partout des eaux convenables, par conséquent on ne peut pas partout rouir à l'eau; 2° la marche accélérée de la fermentation exige après 3 ou 4 jours une surveillance active et continuelle; si on ne saisit pas le point précis où elle est terminée, si on n'a pas reconnu les phénomènes qui se manifestent alors, on peut éprouver de grandes pertes; 3° un rouissage exige plus de travail qu'un rorage dans des conditions favorables et identiques, c'est le contraire dans les temps de pluie; 4° le lin roui exige plus de travail pour acquérir la douceur et la finesse du lin de rorage; 5° enfin le 1° se blanchit plus difficilement que le second.

D'après cet exposé, on voit que le choix de l'une ou de l'autre de ces méthodes dépend en grande partie des localités, de l'expérience et de la pratique qu'on possède, du temps, de la saison et de la nature du lin ou des produits qu'on veut obtenir; mais en balançaut avec impartialité les avantages et les inconvéniens de toutes deux, il en résulte que le rouissage à l'eau parait être celui qui donne les résultats les plus satisfaisans et auquel on doit donner la préférence toutes les fois qu'on pourra disposer de bonnes eaux, qu'on aura appris à saisir le moment favorable où la fermentation est achevée, et enfin qu'on se sera pénétré des principes posés ci-dessus.

D. De la qualité des lins après le rouissage.

On reconnaît qu'un lin est bien roui en ce que: 1° La filasse se sépare facilement du bois sur toute la surface et l'étendue de la tige; ainsi en saisissant un tiers ou moitié des fils à la patte de la tige, tous ces fils, unis les uns aux autres, doivent se détacher jusqu'à la pointe; 2° il faut une force assez considérable pour rompre un seul filament; 3° déjà après le