bien sec, en assurant qu'il présentait alors moins de résistance au rouissage, mais l'usage a prévalu dans les pays où l'on cultive cette plante, de ne le soumettre à cette opération qu'après l'avoir fait sécher complètement, en alléguant comme fait d'expérience qu'il donne alors une filasse plus nerveuse et plus durable, et qu'il est moins sujet à pourrir dans le routoir.
On a aussi prétendu que les feuilles introduites dans les routoirs avec les tiges passaient très promptement à l'état de décomposition putride et altéraient la qualité du chanvre; cependant en Alsace, où on produit de très belles filasses, on fait rouir le chanvre avec ses feuilles. Au reste, si on craignait quelque mauvais effet de leur présence, on peut enlever celles du chanvre mâle au moyen d'un peigne à dents de fer ou de toute autre manière; les feuilles du chanvre femelle tombent généralement au battage.
Avant de rouir le chanvre on fera bien d'enlever les racines et les sommités qui ne produisent rien ou presque rien, qui concourent à brouiller les filamens, à faire perdre du temps aux ouvriers et à augmenter les déchets. On fait cette opération en plaçant les tiges sur un billot et en coupant les racines ou les sommités avec une hache, ou bien en les mettant entre 2 planches et retranchant les parties qui passent avec une vieille faux emmanchée dans un morceau de bois.
Le but du rouissage du chanvre est le même que celui du lin ; c'est-à-dire au moyen de l'eau ou bien de la lumière, de la rosée et de la pluie, de faire passer à l'état de décomposition le principe gommo-résineux qui enveloppe et agglutine les fils, de rendre la chenevotte cassante et de séparer celle-ci de la couche fibreuse qui l'environne.
On fait rouir le chanvre au moyen de procédés analogues à ceux dont on se sert pour le lin, tels que le rorage et le rouissage à l'eau. Ce dernier est le plus généralement employé; quant au rorage, qui mériterait la préférence, suivant M. NICOLAS, professeur de chimie à Caen, il est déjà usité dans les Vosges et dans quelques autres lieux de la France ainsi que de l'Allemagne. On peut voir à la section précédente la manière de pratiquer ces 2 procédés.
Le rouissage du chanvre est plus prolongé que celui du lin. Le chanvre mâle reste dans le routoir 8 à 10 jours et le chanvre femelle 15 jours et plus long-temps encore, même dans les temps les plus favorables de l'année. On reconnaît qu'il est complet à des indices semblables à ceux qu'on emploie pour le lin, tels que l'état cassant de la chenevotte, la facilité avec laquelle la filasse se détache sur toute la longueur de la tige; enfin, lorsqu'on a conservé les feuilles, au peu d'effort qu'il faut faire pour les séparer.
Les tiges du chanvre s'élevant quelquefois à 12, 15 et même 18 pi. de hauteur, il est impossible de les mettre debout dans les rouloirs; mais ici les sommités et les racines étant retranchées, toutes les autres portions de la tige peuvent se rouir plus également et être placées transversalement sur des perches en plusieurs couches successives qu'on assujétit ensuite par des liens, et qu'on immerge à la manière ordinaire dans les routoirs. On fera bien de couper en 2 ou 3 parties les tiges de 12 à 15 pieds; de cette manière ces tiges sont plus faciles à travailler, elles s'adaptent mieux aux dimensions des routoirs, donnent de plus longs brins, moins d'étoupes au peignage et une filasse toute aussi résistante.
Par le rouissage à l'eau on obtient généralement, quand l'opération est bien conduite et qu'il y a un léger renouvellement de l'eau, une filasse blanche et nerveuse; dans les routoirs à eau stagnante elle est blonde, jaune ou verdâtre. Par un bon rorage il paraît qu'elle est grise, douce et facile à blanchir. Les chanvres noirs ou marqués de taches brunes, sont trop rouis, échauffés ou altérés. Au reste, la couleur des chanvres, très variable dans chacune de nos provinces qui les cultivent, dépeïd en grande partie de la nature du sol du degré de maturité de la plante, du mode de rouissage et des eaux où il s'est opéré.
§II.— Du halage, teillage, broyage, etc., du chanvre.
Le chanvre parfaitement roui est ordinaire-ment séché sur le pré, nettoyé, mis en bottes et conservé dans un lieu sec jusqu'à ce qu'on le soumette aux manipulations qui ont pour but d'en séparer la filasse.
La manière la plus simple de séparer la filasse de la chenevotte est le teillage à la main, qui se fait ordinairement à la campagne par des femmes, des enfants ou des vieillards. Les femmes tiennent ordinairement sous le bras gauche ou dans un tablier une botte de chanvre, dont elles prennent 2 ou 3 tiges qu'elles rompent entre les doigts; la chenevotte se casse, elles la détachent de la couche filamenteuse dont elles entourent leurs bras Lorsqu'elles ont rassemblé une quantité suffisante de filasse pour en former une poignée, elles la tordent de 3 à 4 tours pour que les brins ne se brouillent pas. Cette façon, très en usage encore en Bourgogne et en Champagne, est longue et on lui reproche de donner une filasse qui n'a pas toute la longueur de la tige, et qui cause par conséquent beaucoup de déchet au peignage; en outre cette filasse enlevée en rubans reste couverte de plaques de gomme qui augmentent son poids au détriment de l'acheteur; elle n'est pas débarrassée du limon et autres impuretés qui l'ont salie dans les routoirs, et est très difficile à blanchir.
Ces inconvéniens font qu'on donne la préférence à la broye ordinaire pour le travail des chanvres; mais auparavant de faire usage de cet instrument il convient de sécher les tiges au hâloir comme celles du lin.
Nous conseillons, si on veut obtenir une belle filasse, de soumettre préalablement, ces tiges à un bon macquage par un des moyens que nous avons indiqués ci-dessus.
La broye qu'on emploie pour le chanvre est la même que pour le lin et se manœuvre de la même manière; seulement, les tiges de chanvre étant beaucoup plus grosses et plus dures, on se sert de broyes dont les languettes sont moins hautes que pour le lin et entrent plus librement dans les rainures, pou ne pas éprouver trop de résistance; ou bien on commence le travail avec une broye à une seule languette et rainure très libre et très facile, et