Fig. 331.
machine se compose d'un plateau circulaire horizontal A, porté sur son centre par un arbre vertical B, avec lequel il peut tourner. Ce plateau, sur sa face supérieure, est sillonné de cannelures qui partent de la circonférence, et vont toujours, en diminuant de largeur, converger vers le centre. Sur la moitié de la surface de ce plateau, sont posés 9 cylindres coniques également munis de cannelures identiquement semblables à celles du plateau. Le 1er et le dernier cylindre sont en fonte et ne touchent pas les autres qui sont en bois, et placés très près les uns des autres. Ce 1er cylindre C porte un axe en fer qui se prolonge au-delà du bâti, et sur lequel est monté un volant D, muni d'une manivelle E. C'est lui qui, par les cannelures dont il est muni, engrène dans celles du plateau et le fait mouvoir circulairement. Les axes de tous autres cylindres portent des ressorts d'acier, qui les font presser contre ce plateau. Pour briser le lin, un enfant en prend une poignée qu'il étale sur le plateau, de manière à n'en couvrir que la moitié, à partir de la circonférence. Aussitôt que ce lin, par suite du mouvement qu'un homme imprime à la machine, est passé sous le 1er cylindre, l'enfant en étale une 2e poignée, puis une 3e, et ainsi de suite. Quand le disque achève son tour entier, l'enfant enlève le lin tout broyé et par poignées, à mesure qu'ils sort de dessous le dernier cylindre; ou bien si le broyage n'est pas suffisant, il lui donne un second tour, avec l'attention de retourner sens dessus dessous les poignées. Le lin étant suffisamment broyé, il l'enlève, donne un coup de brosse sur les cannelures du plateau pour les nettoyer des brins de chenevotte, puis recommence à charger le plateau. Tout cela marche avec assez de célérité pour que l'opération soit continue.
En général, le lin maillé avec soin n'a pas besoin au broyage d'avoir été séché à une température aussi haute; il conserve plus de longueur, sa soie est mieux divisée et devient plus fine par le travail ultérieur; enfin les pointes qui donnent la filasse la plus belle n'échappent plus à la broye, et ne sont plus enlevées en pure perte à l'espadage.
Le macquage fait éclater l'enveloppe fibreuse du lin, et commence à briser et à détacher la chenevotte; il ne s'agit plus maintenant que d'achever de rompre celle-ci, de la séparer de l'enveloppe et de réduire cette dernière en filasse. On atteint ce butau moyen du broyage qui se donne avec la broye, instrument bien connu et très répandu. La broye (fig. 332) est formé de pièces de bois réunies à un bout par une forte cheville. La pièce ou mâchoire inférieure est montée sur 4 pieds inclinés pour lui donner plus de solidité, et est élevée d'environ 812 (30 pou.) afin qu'elle soit à la portée de la main de l'ouvrière qui travaille debout. Elle consiste en une pièce de bois de 14 à 16 centim. (5 à 6 po.) d'écarrissage, et de 2m 27 à 2m 60 (7 à 8 pi.) de long creusée dans presque toute sa longueur par 2 grandes mortaises, larges de 27 mill. (1 po.), qui la traversent dans toute son épaisseur. Les 3 languettes que laissent ces mortaises sont taillées en couteaux non tranchans dans leur partie supérieure. Une autre pièce moins large que la 1re , la mâchoire supérieure, munie d'un manche par un bout et portant sur sa largeur 2 languettes pareillement taillées en couteau et par-dessous, est attachée sur la 1re par une cheville de fer qui les traverse toutes deux par le bout opposé au manche, et fait l'office de charnière. Les 2 languettes de la mâchoire supérieure entrent librement dans les rainures de la mâchoire inférieure.
Fig. 332.
Pour broyer le lin, l'ouvrière en prend une poignée de la main gauche, et de la droite soulève par le manche la mâchoire supérieure de la broye. Alors elle engage le lin entre les 2 mâchoires, puis abaissant fortement et à plusieurs reprises la mâchoire supérieure, elle brise la chenevotte et l'oblige, en tirant à elle la poignée, à quitter la filasse. Quand la poignée est bien broyée et secouée jusqu'à la moitié, elle reporte sous les lames de la broye l'autre moitié qu'elle tenait à la main, et ne la quitte plus qu'elle ne soit entièrement broyée. Cette manipulation est répétée sur plusieurs poignées, jusqu'à ce qu'il y ait environ 2 livres de filasse; alors elle en fait un paquet qu'elle plie en 2 en le tordant légèrement et en le nouant par le bout. C'est ce qu'on nomme ordinairement queues de cheval ou filasse brute.
En Bohème, le lin séché au soleil est d'abord soumis à une broye en gros, qui n'a qu'une languette et qu'une rainure; de là il passe à la broye en fin, qui a 2 languettes et autant de rainures; quelquefois il ne subit cette 2e opération, qu'après avoir passé quelques heures dans le haloir. Dans quelques pays on ne fait usage que de la broye en gros, mais seulement pour les chanvres et lins grossiers; dans d'autres, les broyes ont 5 languettes et rainures, et même plus. En Languedoc, on passe en 1er lieu dans une broye dont les languettes sont dentées en scie, puis dans une autre à languettes unies comme la broye ordinaire. Enfin il est quelques pays où on