clou à mesure qu'elle avance, et rejetant pardessus le tréteau la partie qui est déjà nattée. Pour joindre ces branches et en faire des nattes, on les coud l'une à l'autre avec une grosse aiguille de fer de 10 à 12 po. de longueur et de la menue ficelle. Deux grosses tringles de la longueur nécessaire et qu'on éloigne plus ou moins suivant l'ouvrage servent à cette couture, qui se fait en attachant alternativement le cordon à des clous à crochet dont ces tringles sont munies d'un côté, et à 1 po. de distance les uns des autres; c'est ce qu'on nomme ourdir ou bâtir à la tringle. La paille dont on fait les nattes doit être longue et fraîche; on la mouille, on la bat sur une pierre avec un gros maillet de bois à long manche pour l'écraser et l'aplatir.
Le nattier peut voir ses produits exportés au loin, et même les vendre à un prix assez élevé quand ils sont travaillés avec soin et que les matériaux sont propres et peu altérables, et surtout lorsque l'ouvrier sait les combiner avec goût et avec élégance pour en former des dessins ou des ornements.
Un travail plus délicat que celui du nattier, est celui qui consiste à tresser la paille pour en faire des chapeaux d'hommes et de femmes et divers objets d'utilité et d'agrément. Nous n'entrerons pas ici dans des détails sur la fabrication de ces tresses fines, légères et brillantes, qui servent à fabriquer ces beaux produits connus sous le nom de chapeaux de paille d'Italie et qu'on a imités en France, à Lyon, à Alençon et au Mans et nous nous contenterons d'appeler l'attention sur les tresses ordinaires en pailles entières ou refendues, qui servent à la confection des chapeaux dits de paille cousue et de paille suisse qu'on fabrique dans plusieurs de nos départements, ou à celle des cabas et de jolis petits ouvrages en paille tressés ou nat-tés.
D'après les renseignemens fournis par M. VILMORIN (t. Ier, p. 369), on voit que c'est le blé de mars barbu ordinaire qui, affaibli par un semis très épais, donne des pailles qui approchent le plus de celles du blé de Toscane ou à chapeau; mais on en fabrique aussi avec la paille de plusieurs autres céréales qui peuvent donner des tresses d'autant plus fines qu'on a fait choix d'une paille plus belle, plus pure et d'un plus grand éclat. La paille doit être aplatie, coupée de longueur entre les nœuds ou fendue en plusieurs brins à l'aide d'un canif. Si on se sert de paille refendue, on l'enveloppe dans un linge mouillé pour lui donner de la souplesse. On fait des nattes à 7, 9, 11 ou 13 brins de paille et plus. Afin de donner une idée de ce genre de travail nous choisirons une natte à 11 brins, ainsi qu'on le voit dans la fig. 531. Dans cette natte, chaque brin est numéroté de distance en distance, et l'on peut facilement en suivre la marche. Ainsi, en partant de l'endroit marqué A, nous voyons le brin n° 1 se replier sous le n° 2, passer sur les brins 3 et 4 sous les n° 5 et 6, sur 7 et 8, sous 9 et 10 et sur 11, puis, se replier de nouveau au point B pour passer sous 2, sur 3 et 4, et ainsi de suite. De même, le n° 2, partant du point inférieur, se replie sous 3, passe sur 4 et 5, sous 6 et 7, sur 8 et 9, sous 10 et 11, sur 1 et se replie sous 3 en D, où il recommence à passer sur 4 et 5 et ainsi de suite.
Fig. 531.
Maintenant, si nous voulions continuer cette tresse commencée, nous replierions le n° 5 sous le n° 6, puis nous le ferions passer sur 7 et 8, et sous 9 et 10. Ensuite, nous preandrions le n° 11 en F, nous le replierions sous 1 et le ferions passer sur 2 et 3 et sous 4 et 5, puis, nous reviendrions du côté opposé au n° 6, qui serait alors le plus extérieur, et lereplierions sous 7 en le faisant passer sur 8 et 9 et sous 10 et 11 et ainsi de suite.
Pour travailler une tresse, on lie ensemble les brins de paille et on les fixe a sa ceinture avec un cordon, puis on fabrique la tresse comme nous venons de l'enseigner en faisant marcher les doigts en avant, repliant et faisant passer les brins sur ou sous les groupes successifs composés de 2 pailles, avec la plus grande agilité possible. On continue ainsi dans toute la longueur des brins de paille, et lorsque l'un d'eux vient à manquer, il faut ajouter un autre brin de manière que le bout finissant et le bout commençant se trouvent toujours à l'envers de la tresse.
Lorsqu'on a une longueur de tresse suffisante pour faire un chapeau, on la coud en commençant le chapeau par le centre du fond de la forme et tournant successivement de droite à gauche pour former ce fond, puis la forme du chapeau, et enfin sa passe ou ses bords. Cette couture se fait à grands points de surjet et de manière que la tresse supérieure déborde toujours légèrement sur la tresse inférieure. Les chapeaux fins une fois terminés, reçoivent un apprêt qui est du ressort des fabriques.
Quand on sait faire des tresses, on peut en teignant celles-ci en diverses couleurs, faire des cabas ou paniers pour aller au marché, des paniers légers, des meubles divers et une foule de petits ouvrages qui sont recherchés quand ils sont travaillés avec goût, élégance et propreté. Il en est de même des tresses en bois de bourgène, de saule ou de peuplier, en baleine, en rotin, en jonc refendus au moyen d'outils particuliers et dont on fait aussi des chapeaux et divers objets d'ameublement.
L'art du cordier, c'est-à-dire l'art de fabri-