serruriers et fabriquent surtout des serrures, ainsi que des cylindres et des broches pour les filatures.
Nous pourrions ajouter à ces exemples une foule de petites industries qui s'exercent sur les métaux, et que l'homme des champs pourrait entreprendre sans difficulté. Contentons-nous à cet égard de mentionner encore la fabrication de la canetille ou fil métallique, en fer, laiton, argent fin ou faux, roulé en hélice comme un ressort à boudin et qui sert à faire des bretelles, des jarretières, des corsets, des chaines légères, etc., et se fabrique sur une broche montée sur 2 poupées qu'on fait tourner avec une manivelle; la fabrication des boucles en fer à l'usage de la sellerie et de la quincaillerie, etc.; celle d'une foule d'objets métalliques faits au balancier, au laminoir, au découpoir, au foret, à l'étampe, etc.
Parmi les produits manufacturés avec les minéraux, il en est beaucoup dont l'exploitation et le travail sont encore susceptibles d'occuper nos habitans des campagnes. A ce sujet nous donnerons seulement pour exemple quelques populations qui se distinguent par leur industrie dans diverses parties de l'Europe. Les habitans de Riya près le mont Rose dans les Alpes, à la source de la Sésia, fabriquent très en grand un petit instrument de musique en fer connu sous le nom de guimbarde dont il se fait un assez grand débit en Europe, et pour le moment une grande exportation dans les Amériques; ceux de Septmoncel, dans le Jura, déjà connus par leur fromage excellent, taillent avec beaucoup d'adresse, depuis un temps immémorial, les pierres fines et fausses et les pierres noires pour deuil; ceux de Saint-Aignan, Meunes, Noyers, Couff (Loir-et-Cher), façoument les pierres à fusil; ceux du bourg d'Oberstein dans le Palatinat, polissent toutes les agates communes dont on fait des cachets, clefs de montre, tabatières, mortiers, billes, brunissoirs, etc. Au Val-Sésia, dans le Valais, on fabrique au tour une grande quantité d'ustensiles de ménage en stéatite ou pierre ollaire, sorte de pierre douce et savonneuse au toucher, qui se laisse facilement tourner et fournit des vases domestiques passant aisément par les alternatives du froid et du chaud sans se briser, et formant une poterie économique, saine, commode et durable dont on fait grand usage dans le nord de l'Italie.
SECTION IV.—Industries mixtes.
Dans une multitude de localités, les habitans de nos campagnes se procurent un métier à tisser, et fabriquent, dans les moments où les travaux agricoles sont suspendus, des toiles de chanvre ou de lin, de cent qualités diverses; des couvertures de laine ou des étoffes communes qui se consomment dans le pays. Dans le voisinage de tous nos grands centres de fabrications pour le tissage des étoffes, tels que Lyon, Tarare, Nismes, Reims, Mulhausen, Amiens, Cambrai, Valenciennes, Saint-Quentin, Rouen, Louviers, Elbeuf, Castres, Carcassonne, etc., les habitans s'occupent généralement à filer la laine, le chanvre, le lin ou le coton, à dévider et retordre les fils, à les mettre en bobines ou en canettes, à tisser des étoffes, et à une multitude d'autres travaux nécessaires pour la confection des étoffes, leur apprêt, leur teinture, leur emballage ou leur expédition. Citons deux exemples : il sort de Rouen, année commune, 1,600,000 kilog. de chaines et tissues destinées à être confectionnées par les tisserands répandus dans un rayon de 15 à 18 lieues dans le département de la Seine-Inférieure, d'une forte partie de celui de l'Eure et d'une grande quantité de communes del'Aisne, de la Somme, du Pas-de-Calais et de la Manche. Des facteurs ou commissionnaires de fabrique, au nombre de 220 à 230 portent et rapportent ces objets quand ils sont tissés, et Rouen verse tous les ans dans ces contrées 4 millions en numéraire pour payer les façons (enquête commerciale de 1834). A Quintin, bourg des Côtes-du-Nord, renommé par ses belles toiles, une ferme aux environs est une espèce de petite manufacture, et on trouve peu de maisons à la campagne où il n'y ait un ou deux métiers. C'est un moyen d'occupation pendant l'hiver pour des bras que l'agriculture réclame dans la belle saison. Environ 70 ou 80,000 individus, de tout sexe et de tout âge, sont ainsi occupés à préparer, peigner, filer, tisser le lin, blanchir ses fils ou les tissus qu'on en fabrique (idem.)
Le peignage et le filage de la laine et la confection des objets tricotés à la main, procurent également de l'occupation et des profits aux habitants de nos campagnes, surtout près des villes ou bourgs qui, comme Troyes, Arcissur-Aube, Romilly (Aube), Vitry-le-Français et Châlons (Marne), Levardin (Loir-et-Cher), Chaumont, Vignory, Joinville (Haute-Marne), etc., s'occupent spécialement de la fabrication de la bonne-terie.
Nous croyons que diverses autres espèces de tissages, tel que celui des rubans, des galons, des étoffes de crin, des tapis, des gazes et toiles métalliques, etc., qui ne présentent pas plus de difficultés, peuvent de même être exécutés par la main de nos cultivateurs. Nous signalons encore, dans ce genre, la fabrication des lacets, sorte de rubans étroits, faits de plusieurs fils doubles et retors, entrelacés les uns aux autres au moyen de métiers particuliers d'une construction fort ingénieuse que nous ne pouvons décrire ici. Des métiers analogues à ceux pour faire les lacets servent à fabriquer des cravaches, sorte de fouet pour monter à cheval. Il est encore un très grand nombre d'ouvrages de mercerie, de passementerie faciles à exécuter, et qui sont susceptibles de donner un travail agréable aux personnes du sexe dans nos campagnes. A Neuilly en Thel, près Senlis, bourg de 1,200 habitans, les deux tiers d'entre eux s'occupent à dévider et retordre la soie et le coton à coudre, pour les marchands de Paris. Pendant les longues soirées d'hiver, les femmes de plusieurs communes du département de l'Oise confectionnent les boutons de soie dont il se fait aujourd'hui une grande consommation pour les habits d'hommes, etc. La fabrication et le tannage des filets peut aussi, dans les lieux où la pêche est active, occuper dans les soirées d'hiver les hommes, les femmes et les enfants.
On sait que la fabrication des dentelles et des blondes occupe une partie considérable de la