population de nos départements du Nord et du Calvados. Dans l'arrondissement de Mirecourt (Vosges), il est aussi bien peu de ménages où les femmes n'occupent leurs loisirs à confectionner de la dentelle. Nancy est comme on sait le centre d'établissements de broderies communes en tout genre, qui donnent du travail à plus de 20,000 ouvrières dans les communes des environs. Metz, Lunéville, Pont-à-Mousson, Château-Salins, Recicourt, offrent aujourd'hui des établissements du même genre qui répandent le travail et l'aisance dans tout le pays qui les avoisine. Au Puy (Haute-Loire), la fabrication des dentelles et des petites blondes à bon marché est devenue une ressource immense qui donne de l'occupation à près de 40,000 ouvrières qui emploient à cet ouvrage les temps les plus mauvais de l'année, ceux où elles ne peuvent se livrer aux travaux de l'agriculture. Malgré le salaire modique dont ces ouvrières se contentent (30 cent. par jour), ce commerce verse dans le pays, frais déduits, une somme annuelle de 3 millions, qui appartiennent exclusivement à la localité.

Parmi nos populations industrieuses pour lesquelles ces travaux industriels sont une source de bénéfices et de profits, nous ne devons pas oublier les ingénieux habitans de Mirecourt et des environs (Vosges) qui depuis long-temps se sont emparés de la fabrication des instrumens de musique qu'ils répandent en grande quantité en France et en pays étrangers. C'est là qu'on fabrique une multitude de violons, guitares, altos, violoncelles, contrebasses, etc.; qu'on taille un à un au canif de luthier, des chevalets pour tous ces instrumens; qu'on construit des orgues, des serinettes; qu'on fond, purifie et coule dans de petits cylindres de papier la matière résineuse appelée colophane et qui est employée à faire mordre les crins de l'archet sur les cordes des instrumens.

Citons enfin plusieurs petites industries où l'on travaille le bois, les métaux, la corne, l'ivoire, l'écaille, les os, etc., et qui paraissent s'être fixées dans quelques localités où elles procurent aux habitants actifs qui les exploitent des bénéfices quelquefois assez importans.

A Saint-Claude (Jurà), on convertit, depuis un temps immémorial, au moyen du tour, le buis, la corne, l'écaille, l'ivoire et les os en une foule de petits objets connus sous le nom de tournerie de Saint-Claude, et que le commerce répand ensuite en quantité considérable dans toute l'Europe. Puivert, à 30 kilom. de Limoux (Aude), présente la même activité et livre à la consommation une multitude de sifflets, flûtes, robinets, chantepleures, fuseaux, etc. Un pêlerinage fameux à Notre-Dame-de-Liesse (Aisne) a donné l'occasion aux industrieux habitants de ce bourg et des environs de se livrer avec succès à la fabrication des croix, cœurs, bagues d'or et d'argent, crucifix de cuivre, bimbeloterie en tilleul, fleurs artificielles en papier coloré, etc. Ceux d'Harréville, près Chaumont (Haute-Marne), se sont aussi adonnés à la fabrication des bagues et cornets dits de Saint-Hubert, industrie dans laquelle ils ont eu pour concurrens les habitants de Bazoilles-sur-Meuse (Vosges), qui, comme eux, distribuent ces produits dans toute la France. La fabrication des tabatières en carton et autres ouvrages en papier mâché occupe, dans la saison morte, les loisirs des habitans de la campagne dans la Moselle, surtout ceux de Sarralbe, près Sarguemines. Des chapelets en coco et en verroterie et des objets émaillés sortent par milliers des mains des habitans de Saumur (Maine-et-Loire) et des environs; des tabatières en écorce de bouleau nous sont envoyées par masses des Vosges, de la forêt d'Orléans, etc.; la tournerie dite de campagne, qui sert aux frangiers et aux passe-mentiers, se travaille dans plusieurs petits villages de Seine-et-Oise et de l'Oise; des bois d'éventail, de la dominoterie, des brosses à dents, de la tabletterie en nacre et en ivoire sont fabriqués surtout au Déluge, à Corbeil-Cerf, à Laboissière, etc., et autres cantons de l'Oise. Enfin, des lunettes de toute espèce et de tout genre, en carton, en métal et en bois sont, pour le bourg de Songeons (Oise), une sorte de monopole qu'il semble s'être assuré pour long-temps.

Tous les objets de bimbeloterie, connus dans le commerce sous le nom d'objets ou jouets d'Allemagne, viennent, pour la majeure partie, de Berchtolsgaden, près Salsbourg en Bavière, où l'on travaille l'ivoire, le bois, la corne, les métaux pour les transformer en vases de toute espèce, objets de bureau, canelles, boîtes à ressort, cuillers, pipes, objets sculptés, jouets d'enfant de toute nature, etc. Dans tous les villages, aux environs de cette ville, il n'est pas un cultivateur qui ne travaille à l'un de ces produits industriels dans ses momens de repos, soit seul, soit au milieu de sa famille et même de ses plus jeunes enfants qui l'aident dans ces agréables travaux. Chacun fait choix d'un genre particulier d'occupation dans lequel il atteint bientôt un haut degré d'habileté: ainsi, les uns sont menuisiers ou sculpteurs, les autres tourneurs, peintres, doreurs, serruriers, dessinateurs et ainsi de suite, de sorte que les produits si simples de leur industrie, qu'on livre à des prix si minimes, passent quelquefois dans 6 ou 7 mains et plus avant d'être portés à Berchtolsgaden, à Schellenberg et de là à Nuremberg et à Augsburg, d'où on les répand dans le monde entier.

Les sculpteurs, tourneurs et tabletiers du Tyrol, et surtout ceux des montagnes calcaires qui environnent la vallée de Grønen, ne sont pas moins célèbres par leur industrie, dont les produits vont jusqu'aux Indes, et répandent chaque année plus de 200,000 fr. parmi les laborieux habitans de cette vallée.

Les tourneurs, fabricans de jouets et d'horloges de bois, de la Souabe, dans les environs d'Ulm, ceux de la Forêt-noire livrent aussi à la consommation une quantité considérable d'objets en bois qui leur assurent chaque année des bénéfices certains qui accroissent l'aisance des habitans de ces pays, mauvres mais industrieux.

A l'exposition des produits de l'industrie française, à Paris, en 1834, les habitants du bourg d'Oyonnax, près Nantua (Ain), avaient envoyé une foule de petits objets en hêtre, buis, os, corne, etc., d'un prix très bas et dont ils ont un débit considérable.