ladie des herbivores aux autres animaux. Quelle que soit la nature du virus de la rage, il n'a besoin que d'être inséré sous l'épiderme, pour produire son action ; cependant on peut en annuler l'effet en le détruisant; lorsqu'il est déposé sur les plaies qui donnent écoulement à du sang, celui-ci peut entrainer le virus et l'empêcher d'agir.
Les causes de la rage spontanée sont encore ignorées ou peu connues; ce n'est pas qu'on n'enait signalé plusieurs, en attribuant le développement de cette maladie à un excès de chaleur ou de froid, au manque de nourriture, aux alimens putréfiés, à la soif prolongée, au défaut de sueur chez les chiens, à la colère, au besoin du coit, etc. Mais aucune de ces causes ne supporte un examen approfondi. La rage spontanée se remarque dans toutes les saisons, et plus particulièrement pendant les mois de mars et avril sur les loups, et pendant ceux de mai et de septembre sur les chiens. Lorsqu'un animal a été mordu par une bête enragée, la plaie se cicatrise comme une plaie simple; mais au bout de 20, 30 ou 40 jours, quelquefois moins et quelquefois plus, les symptômes de la rage se déclarent; dans quelques cas la plaie s'ouvre avant le développement de la rage, et détermine une démangeaison locale qui excite les animaux à se frotter contre les corps environnans.
Symptômes. Ils varient suivant l'espèce d'animal.—Le chien enragé est d'abord triste et abattu; il reste tapi dans un coin, grogne souvent sans causes apparentes; le plus souvent il refuse de manger et de boire. Le mal faisant des progrès, l'agitation de l'animal s'accroît, ses yeux s'enflamment, son regard est menaçant; il erre ça et là, les oreilles basses et la queue traînante, la bouche écumeuse et la langue pendante; c'est alors qu'il se jette sur les hommes et sur les animaux qui se trouvent sur son passage; il les mord en courant et sans s'arrêter. Il en est qui perdent la voix et qui ne font entendre ni cris ni aboiemens; d'autres sont fortement enroués et poussent des hurlemens; presque tous éprouvent des convulsions à l'aspect de l'eau et des corps polis, sur lesquels ils se jettent avec fureur pour les mordre; ils mordent de même tout ce qu'ils peuvent atteindre, et lâchent prise presqu'aussitôt pour recommencer de nouveau. Le premier accès de rage dure peu de temps; il est ordinairement léger et suivi d'un peu de calme que l'animal conserve jusqu'à ce qu'il survienne un nouvel accès. Pendant les instans de calme qui séparent les accès, le chien enragé est triste, abattu; il a le dos courbé en contre-haut, le poil hérissé, la tête basse; enfin il survient un second, puis un troisième accès; les forces s'épuisent, et l'animal meurt dans les convulsions, du 2e au 9e jour. Il est à remarquer que les chiens affectés de rage inspirent une telle horreur et une telle frayeur aux autres, que les plus petits de ces animaux se jettent sur les plus gros, sans que ceux-ci cherchent à se défendre.—Le cheval devenu enragé par suite de la morsure d'un carnivore atteint de rage, est d'abord triste et abattu: lorsque l'accès survient, l'animal frappe du pied, hennit, rue, secoue la tête et se livre à des mouvements désordonnés;
il a, dans quelques cas, des envies de mordre, se mord lui-même et bave beaucoup; quelquefois aussi il a horreur de l'eau, et se jette avec fureur sur ce liquide. Sur la fin de la maladie, il n'est pas rare de voir survenir une paralysie du train de derrière; enfin la mort vient mettre un terme aux souffrances.—Le bœuf pousse des beuglemens plaintifs, cherche à frapper de ses cornes et à se jeter sur les animaux et les personnes qu'il rencontre; il a des mouvements désordonnés, il cherche rarement à mordre. Vers le 2e ou le 3e jour les bœufs enragés urinent beaucoup et goutte à goutte; ils sont très-excités à l'accouplement, et cherchent à monter sur les autres; vers le 4e jour ils restent couchés, et le train de derrière se paralyse : dès lors la bouche devient écumeuse. Il est bien rare que ces animaux aient horreur de l'eau; presque tous, au contraire, boivent beaucoup. La mort survient vers le 9e jour.—Chez les bêtes à laine la rage se reconnaît à la démarche chancelante, à la paralysie plus ou moins complète des membres postérieurs, à la tristesse, et à l'excitation vénérienne qui porte le mouton enragé à tourmenter le troupeau en montant sur les bêtes qui l'entourent ; les symptômes de fureur se manifestent par une fréquente envie de se battre à coups de tête, mais non par un besoin de mordre. — Chez les porcs les symptômes de la rage ont un peu d'analogie avec ceux du chien.
Traitement préservatif. Lorsqu'un animal a été mordu par un carnivore enragé, il faut se hâter de cautériser les plaies, afin de détruirele virus rabique avant qu'il soit absorbé; on pratique cette cautérisation soit avec le feu, soit avec les caustiques, tels que les acides minéraux concentrés, la pierre à cautère, la pierre infernale, et surtout avec le beurre d'antimoine, qui de tous les caustiques est celui qui doit être préféré dans le cas dont il s'agit. Mais avant de procéder à la cautérisation, il est bon de laver la plaie avec de l'eau fraîche; une fois la plaie cautérisée, il faut la faire suppurer pendant un mois ou six semaines à l'aide d'un onguent irritant. Tous les autres moyens préconisés en pareil cas ne méritent aucune confiance. Si l'animal qui a été mordu est de peu de valeur, le plus prudent est d'en faire le sacrifice; dans le cas contraire, on peut essayer de cautériser la plaie, mais en usant des moyens d'isolement convenables, jusqu'à ce que l'on soit assez éloigné de l'époque de l'accident pour n'avoir plus à redouter le développement de cette terrible maladie; deux mois de surveillance sont nécessaires, et encore n'a-t-on pas la certitude que la rage ne se déclarera pas après cette époque. — La rage déclarée est incurable, et inévitablement mortelle.
§ VI. — Apoplexie (coup de sang),
Je place ici l'apoplexie, bien que dans cette maladie le système nerveux ne soit pas primitivement malade ; mais je n'ai pas la prétention de donner une classification exacte. Cette maladie, assez rare chez les animaux, est caractérisée par la diminution ou la perte de la sensibilité et des mouvements volontaires, par un état de stupeur, la lenteur des inspi-