INTRODUCTION
DES DEVOIRS, DES TRAVAUX ET DES PLAISIRS DES FEMMES
QUI HABITENT LA CAMPAGNE,
Les devoirs d'une femme qui doit habiter la campagne, et qui est destinée à y jouer un rôle actif, sont bien autrement importants et plus étendus que ceux d'une femme qui habite la ville; celle-ci n'a que son ménage à diriger et peut éviter de se charger de l'éducation de ses enfants, parce qu'à la ville on a mille moyens de pourvoir à leur instruction; à la campagne, une femme ne doit pas seulement être mère et ménagère, il faut qu'elle joigne à ces titres celui d'institutrice primaire de ses enfants, et qu'elle ajoute à ces devoirs la part qu'une femme doit prendre à la direction et aux travaux d'une ferme : cette part est loin d'être sans importance; elle est indispensable à la prospérité d'une exploitation agricole. Notre ménagère ne doit point se plaindre de ce surcroît d'occupations; il lui procurera de doux plaisirs et ne peut paraître fastidieux qu'aux personnes qui, ne s'y étant livrées que par moments, n'ont pu y prendre l'intérêt qu'offrent toujours les choses que l'on a créées, que l'on fait avec suite, qui offrent d'intéressants résultats et ont un but bien déterminé et éminemment utile.
Que l'exigence et la multiplicité de ces occupations n'effraient pas les femmes. Je vais leur prouver qu'elles s'effraieraient à tort : une vie bien remplie suffit à tout et coule avec une rapidité qui lui donne un charme inexprimable. Comme je l'ai déjà dit, on trouvera de plus en plus à la campagne d'aimables et bons voisins, et si les délassements qu'on goûtera près d'eux ne sont pas tout-à-fait semblables à ceux de la ville, ils auront d'autres attraits qui leur sont propres; les talents y trouveront même à se produire; sera-t-il moins