agréable de les faire briller devant des personnes avides d'en jouir que de les étaler aux yeux de ceux qui, rassasiés de ce genre de plaisir, seront peu disposés à les apprécier ? Dans ce dernier cas, les talents donnent tout au plus le plaisir d'une vanité satisfaite, tandis que, dans le premier, ils font goûter le bonheur d'avoir été réellement agréable à ses amis. Dans les réunions de campagne il s'établit une sorte d'aisance, une intimité qui ne peut exister dans celles des villes et qui leur donnent un charme particulier. Tous les assistants se connaissent et chacun a le même besoin de se voir. L'inégalité des fortunes s'y fait moins sentir et celle des rangs s'efface. Là, le talent seul fait distinguer les hommes et l'émulation qu'il établit entre eux, loin d'être préjudiciable à quelques-uns, est profitable à tous. Il en est autrement dans l'industrie, où la prospérité d'une entreprise peut causer la ruine de l'autre; on ne produit jamais trop en agriculture et les succès que nous obtenons encouragent nos voisins.
L'été offre des délassements charmants; la promenade, les repas pris sous un bel ombrage, les courses à cheval, en voiture, même à âne; la pêche, la chasse, sont des plaisirs qu'on peut se procurer à la campagne à peu de frais et que les habitants des villes achètent au poids de l'or; les fêtes de village, où l'on se réunit pour former des quadrilles; les bruyantes noces villageoises, célébrées au milieu de l'abondance de la campagne, sont de douces distractions que l'on goûte en commun avec sa famille et ses voisins. Si ces réunions n'offrent pas l'éclat de celles des villes, elles n'en ont pas la raideur et la sécheresse. Les longues veillées d'hiver sont loin d'être à charge; elles sont consacrées aux travaux d'aiguille, aux lectures, que les nombreuses occupations de l'été ne permettent pas. Une femme habile à manier l'aiguille, comme doit l'être une bonne ménagère, prépare dans cette saison les ajustements qui serviront à la parer, ainsi que ses enfants, pendant les beaux jours et les fêtes de l'été. Comme je suis loin, en outre, de penser que l'habitation de la campagne doive empêcher de se tenir au courant des productions de la littérature, des arts, et en général du mouvement des