nément en France, et se trouve plus fréquemment vers le nord de Paris que vers le midi. On la rencontre plus souvent dans les mauvaises terres que dans les bonnes ; c'est sur la pente des collines calcaires, nues, exposées au nord, qu'elle parait se plaire, et où elle se multiplie le plus, sous forme de petits buissons hauts seulement de 3 à 4 pieds, tandis que les individus qui croissent en bonne terre dans les bois s'élèvent à la hauteur de 12 à 15 pieds. Le genevrier commun a les rameaux étalés, pendans ou inclinés, diffus ; les feuilles opposées 3 par 3, linéaires, piquantes, longues de 6 lignes, d'un vert sombre et foncé. Ses fleurs, petites et de peu d'apparence, s'épanouissent en mai, et il leur succède de petits fruits ronds, noirâtres, un peu charnus, globuleux, de deux lignes de diamètre, mûrissant en automne, d'une saveur très-aromatique, âcre, un peu amère, et dont on fait usage en médecine et surtout en économie domestique. Dans plusieurs départements, les pauvres se fabriquent une boisson en mettant une certaine quantité de fruits de genevrier dans un tonneau avec de l'eau, et en remuant le tout de temps en temps; il en résulte une liqueur piquante, aromatisée, qui d'abord ne parait pas agréable, mais à laquelle on s'accoutume.
Le genevrier commun ne devenant jamais grand, son bois est ordinairement abandonné aux pauvres gens, qui en font des bourrées pour brûler. Dans les endroits où il s'élève en petit arbre, on l'exploite en merrains pour en faire des seaux et d'autres vases, qui durent très-long-temps, parce que ce bois est incorruptible et d'un grain très-fin. Il est d'ailleurs d'un assez beau rouge qui s'avive encore avec le temps. Je n'ai rien à dire sur la multiplication de ce genevrier, puisqu'on ne le cultive pas, et qu'on laisse à la nature et aux oiseaux le soin de sa conservation.
GENEVRIER d'Orient (Juniperus excelsa, Wild.).—Celui-ci est un grand arbre pyramidal, originaire des bords de la mer Caspienne, où il croit, selon WILLDENOW, dans les sols arides et pierreux. On ne le connaît guère en France que par quelques individus qui existent ça et là dans quelques jardins, et qui proviennent de graines envoyées de Madrid par le docteur ORTEGA il y a environ 50 ans. Malheureusement ce peu d'individus se trouvent tous mâles ou stériles. Ce n'est même que depuis très-peu d'années que l'on a porté quelque attention au seul pied de cette espèce planté dans le temps au Jardin-du-Roi à Paris ; et comme si une fatalité le poursuivait, il se trouve placé si près de l'endroit où l'on élève aujourd'hui (1834) un nouveau cabinet de minéralogie, qu'il n'est pas probable qu'il puisse être conservé. Le tronc de cet arbre a 15 pouces de diamètre sur une assez grande longueur; sa hauteur n'est guère que de 45 pieds , parce que, gêné, étouffe par des arbres voisins pendant sa jeunesse, il n'a pu jouir de l'air qui lui était nécessaire pour s'élancer selon sa nature; mais on voit assez que sans ces inconvéniens il aurait formé un beau fût; et comme tous les genevriers ont le bois précieux par leur couleur, leur densité et leur force, on regrette que celui-ci ne soit pas par millions sur le sol de la France.
Depuis 3 ans seulement on a commence à le multiplier avec assez de succès par la greffe en fente et herbacée sur le genevrier de Virginie; mais ce dernier genevrier n'étant qu'un petit arbre, il ne pourra jamais four-nirau genevrier d'Orient assez de nourriture pour en faire un grand arbre. Peut-être que si on le greffait sur racine, il s'affranchirait et prendrait le développement qui lui est naturel. Dans tous les cas, il vaudrait toujours mieux en faire venir des graines de son pays natal, et le multiplier abondamment de semis sur notre sol.
GENEVRIER de Virginie (Juniperus Virginiana, Lin.). On appelle assez communément celui-ci cèdre, cèdre rouge, cèdre de Virginie. Les crayons de plombagine sont enveloppés de son bois, qui est rougeâtre et odorant. C'est un arbre qui, dans son pays, s'élève à la hauteur de 30 à 40 pieds sous une forme pyramidale; mais ici on n'en connaît guère qui aient plus de 20 pieds de hauteur; ils sont très-rameux, laissent pendre leurs branches flexibles, effilées, couvertes de très-petites feuillées ternées, imbriquées, et beaucoup moins longues et piquantes que dans le genevrier commun. Les fleurs des individus mâles répandent un pollen si abondant qu'il en résulte un petit nuage jaunâtre lorsqu'on les secoue. Les pieds femelles se chargent d'une énorme récolte de fruits bleuâtres, moins gros que des pois, et moins aromatisés que ceux du genevrier commun. On ne s'en sert que pour multiplier l'espèce.
J'ai vu exploiter en planches des troncs de genevriers de Virginie crûs en France ; ils avaient 8 ou 9 pouces de diamètre ; leur aubier était blanc, et formait à peu près le tiers de leur diamètre; le cœur était d'un aussi beau rouge, était aussi fin, aussi odorant, et se polissait aussi bien que celui qui nous vient d'Amérique. Je pense donc que le cèdre ou genevrier de Virginie, qui jusqu'ici n'a été cultivé que comme arbre d'ornement dans les jardins paysagers, pourrait se cultiver en grand pour l'usage de son bois. Son éducation n'offre aucune difficulté. On en sème les graines en terre légère ou de bruyère à miombre; on repique le jeune plant à un pied de distance pour le faire fortifier, et on le met en place quand il a atteint la hauteur de 2 à 3 pieds.
Parmi les autres genevriers qui peuvent se cultiver en France, mais dont le bois n'est de nulle valeur, je citerai seulement le CADE, Juniperus oxycedrus, qui fournit l'huile de cade dans nos départements méridionaux, et la SABINE, Juniperus sabina, qui se reconnait à son odeur forte et désagréable, et dont on fait usage particulièrement dans la médecine vétérinaire.
4. MÉLÈZE ( Larix Europœa, Lin.; angl. Larch.) (fig. 69).— Cet arbre magnifique ne croit naturellement que dans les Alpes, au-dessus des chênes et des sapins, et dans le nord de l'Europe. Cependant on le multiplie facilement dans les plaines aux environs de Paris. Il est le seul avec le Cy-près chauve, parmi les arbres conifères, qui perde ses feuilles pendant l'hiver. Dans les Alpes, on en trouve dont le tronc a 6 pieds de diamètre, sur une grande longueur, et qui