nir la quantité de fumier que réclame cet assolement. C'est une chose fort grave que le choix d'un assolement, car de toutes les combinaisons qui se présentent dans les opérations d'exploitation rurale, c'est certainement celle qui doit exercer par la suite le plus d'influence sur les succès que l'on y obtiendra. C'est par la combinaison des diverses conditions que doit remplir un assolement qu'on obtiendra dans un terrain donné, et à l'aide de l'assolement qui lui convient, le produit net le plus élevé possible; mais on conçoit qu'on ne doit espérer à trouver cette combinaison qu'au moyen de connaissances pratiques assez étendues, et d'observations faites sur le terrain même pendant un espace de temps plus ou moins long. Lorsqu'un homme, doué de quelque esprit d'observation, aura cultivé un domaine pendant quelques années; qu'il se sera attaché à observer et à étudier toutes les circonstances qui peuvent l'éclairer sur les divers points dont il vient d'être question, son assolement se créera presque de lui-même ; car il en a tous les éléments sous la main, et il ne s'agit plus que de les réunir et de les coordonner. Mais toutes les fois que l'on crée un assolement à priori pour une exploitation dont on ne connaît pas parfaitement toutes les circonstances, ou qu'on adopte de confiance un de ces assolemens que les livres présentent, on doit s'attendre, ou à s'engager dans une fause route, ou à être forcé de changer promptement de chemin. Ainsi donc, pour tout homme qui n'est pas très versé dans la pratique de l'art, l'adoption d'un nouvel assolement est une chose à laquelle il faut songer souvent, mais à laquelle on ne doit se décider que très tard, et lorsqu'on veit bien clairement, d'après les données tirées de l'expérience, tous les détails des circonstances si variées qui s'y rapportent.
F. M.
CHAPITRE III. — DES TRAVAUX AGRICOLES ET DE LEUR MESURE.
Toute opération agricole se résout en définitive en travaux exécutés par les hommes ou les animaux, ou par le concours de ces 2 sortes d'agens, et les frais qu'elle occasionne dans le prix du travail des uns et des autres pendant toute la période du temps qu'on met à l'exécuter.
Un administrateur, qui veut mettre de l'ordre dans ses opérations et qui cherche à se rendre un compte exact, soit à l'avance, soit après le travail, de la manière dont elles ont été conduites et exécutées, doit nécessairement avoir une commune mesure au moyen de laquelle il puisse apprécier la quantité de travail fait dans un temps donné et déterminer si cette quantité correspond à celle qu'on doit attendre dans les circonstances où il est placé des hommes et des animaux, c'est-à-dire s'il a fait à la fois l'emploi le plus économique et le plus rationnel du travail de ses agens et de ses moteurs.
Nous avons déjà parlé des causes locales et indépendantes qui peuvent faire varier la quantité de travail des hommes et des animaux, et des éléments qui servent à sa mesure économique (p. 432). Il ne nous reste plus qu'à déterminer la quantité absolue que peuvent fournir en moyenne les agens animés pendant une certaine période de temps, période que nous fixerons également, en moyenne, dans ce qui va suivre, à une journée de travail de 10 heures, à moins que nous n'avertissions du contraire.
On ne connaît qu'imparfaitement la quantité moyenne et absolue de travail journalier des hommes et des animaux, en France, dans les travaux de l'agriculture, et nous n'avons à cet égard que des données isolées; d'ailleurs, l'agriculture, sur la majeure partie de notre territoire, a fait si peu de progrès, et on y est si peu soucieux d'y rechercher comment on parvient à économiser le temps, que les nombres qu'on a pu ainsi recueillir ne peuvent être que d'une faible utilité pour un établissement organisé d'après les meilleurs principes économiques. En Angleterre, on possède un assez grand nombre de documens précieux sur cette matière qui se rattaché si essentiellement à la pratique de l'agriculture;
mais beaucoup de ces documens ne doivent être adoptés qu'avec circonspection, attendu que ce sont plutôt des maxima obtenus dans des concours que des résultats moyens, se rapprochant de ceux qu'on obtient le plus communément dans la pratique. L'Allemagne est très riche en matériaux de ce genre, et un très grand nombre d'agronomes de ce pays se sont appliqués avec persévérance à rechercher par expérience la mesure exacte et commune du travail journalier des agens agricoles animés. Nous nous proposons de mettre à profit les travaux qui ont été publiés sur ce sujet dans ces deux derniers pays, dans les tableaux succincts que nous allons présenter pour les principaux travaux de culture. Les nombres qu'on trouvera dans les sections suivantes sont ceux auxquels on doit atteindre dans un établissement bien organisé, et où tout est dirigé suivant les meilleurs principes, et dans une série d'opérations qui se succèdent sans interruption dans le cours d'une année agricole; seulement nous devons faire remarquer que certains travaux, dans divers pays, ne sont pas toujours confiés aux individus du même sexe, et que tantôt ou y applique des hommes et tantôt des femmes, ce qui peut faire varier les nombres suivant les usages des localités.
SECTION 1re. — Travaux pour la fumure des champs.
1° Chargement du fumier. Ce travail peut être exécuté par des hommes et des femmes. Suivant MEYER, un homme peut charger en une journée de travail 8 chars de fumier de 1 mèt. 40 cent. cube chacun (40 pi. cubes), ou en tout 11 mèt. cub. (520 pi. cubes), ou en supposant que le mètre cube de fumier normal pèse 730 kilog. (25 kilog. le pi. cube), environ 80 quintaux métriques de fumier chargé par jour. — M. SCHMALZ porte ce chargement jusqu'à 14,5 mèt. cubes (450 pi. cub.), ou à 105 ou 106 quint. mét. par jour. — M. KREISSIG a observé que 4 personnes adultes chargeaient par heure 4 chars de fumier de 1 mèt. 40 cent. cube chacun, ce qui fait, en une journée de travail de 10 heures, 86 mèt. cub. (1,600 pi. cub.), ou pour chaque personne et par jour, 14 mèt. cub. (400 pi. cub.), c'est à-dire 102 quint. mét. de fumier normal. — M. BLOCK porte aussi ce même travail à 103 quint. mét.