cessives. Cet accident arrive même dans les creux défoncés lorsqu'on plante par un temps trop humide. Nous avons en 1831 planté trois fois les mêmes sujets; une partie cependant a bien repris, malgré les alternatives de gelées et de bises sèches qu'avaient essuyées leurs racines arrachées et exposées à l'air dans les intervalles de temps qui ont séparé leur replantation. Les racines des acacias ont été presque les seules dont la gelée ait détruit la vitalité. Ces accidents n'ont pas été particuliers aux sols d'étangs, ils se sont encore montrés sur des terres de même nature en pâturage que nous avions aussi plantées.

Malgré ces inconvénients, qui sont loin d'arriver tous les ans, la plantation en bois est ce qu'il y a de mieux à faire dans ce sol, où d'ailleurs les étangs n'ont qu'un très médiocre succès. Après qu'une ou deux générations d'arbres ou même de bois-taillis y auront passé, la terre soulevée par les racines des grands végétaux se sera ameublie, sera plus productive et moins difficile à travailler. Alors si les circonstances de position le font juger avantageux, on pourra défricher avec succès, car dans ces parties argileuses, comme ailleurs, les étangs occupent encore souvent le meilleur sol du pays; et l'on sait que le sol argileux, ameubli et bien cultivé, est celui qui donne les récoltes les plus abondantes.

En attendant cette destination, sur 120 hectares d'étangs, s'élèvent maintenant des bois de toute essence, et se résout le grand problème de la culture et du produit des essences résineuses sur le sol argilo-siliceux du grand plateau de Bresse et Dombes, problème dont la solution intéresse tous les sols de même nature qui sont si étendus en France. L'un des grands obstacles que nous éprouvions consiste dans le tassement du sol. Les essences résineuses ont presque toutes besoin d'un terrain meuble, celui qu'elles trouvent dans leur patrie native. Ces plantations craignent aussi beaucoup le sol gazonné, parce que les racines du gazon luttent pendant l'été avec celles des jeunes essences transplantées, leur enlèvent l'humidité et l'aliment nécessaires à leur reprise, et les font ainsi périr en les affamant. Les jeunes plants qu'on veut établir sur une place gazonnée doivent donc être placés au milieu d'un creux de 50 à 60 centimètres de diamètre et séparés ainsi du gazon environnant par 30 centimètres de terre défrichée; d'ailleurs là où les essences résineuses ne réussissent pas, si des bouleaux sont voisins, la graine qu'ils envoient a bientôt garni le sol; et déjà chaque année, dans les lieux où nous n'en avons ni semé ni planté, nous sommes obligés de défendre contre eux les jeunes mélèses et surtout les épicées dont la jeunesse est si longue.

Dans tout le cours de ce travail nous nous sommes occupé d'une manière générale de la question des étangs. Cependant nous en avons fait des applications plus spéciales à notre pays qui nous était mieux connu ; mais nos principes et nos remarques s'appliquent à tous les pays d'étangs en France, parce que les étangs, en général, à l'exception de quelques-uns sur le sol calcaire, sont tous placés sur un sol de même formation et de même qualité, le sol argilo-siliceux plus ou moins compacte ; ce sol est dû partout à une même et dernière formation ; il est partout composé des mêmes principes , a les mêmes défauts, les mêmes qualités et peut se féconder de la même manière. Ainsi dans tous les pays, sur ce sol en étangs comme sur celui qui les environne, les amendements calcaires peuvent porter la fécondité ainsi que la salubrité. Dans toutes les contrées où on les emploiera, ils feront rendre au sol labourable un plus grand produit net ; leur emploi amènera donc naturellement le desséchement des étangs qui, partout, occupent le meilleur sol et la place des prairies ; il faut donc partout faire connaître leur effet, encourager leur emploi, et partout on arrivera au même but, à la salubrité et à la prospérité du pays. Mais là comme ici, le desséchement doit être amené par la conviction ; si cette marche pour arriver au bien est lente, elle en sera par là même plus sûre et plus durable.

Dans le midi de la France, et particulièrement sur les bords de la Méditerranée, se trouve un grand nombre d'étangs d'eau salée ou saumâtre qui sont le fléau du pays par leur insalubrité, ne donnent presque point de produits et couvrent une surface très étendue de sol de bonne qualité; leur fonds est presque partout au-dessous du niveau de la mer, ce qui, jusqu'ici, a empêché qu'on ne songeât à les dessécher. Les Hollandais nous ont appris le parti qu'il fallait en tirer; ils ont desséché les leurs, et ces terrains sont maintenant le sol le plus productif du pays. Mais ils ne s'arrêtent point dans la carrière qu'ils ont entreprise; ils desséchent maintenant la mer de Harlem, grand lac d'eau de mer qui communique avec la marée haute; ils ont attribué à cette opération 16 millions de francs. Avant d'entreprendre leur travail, ils ont sondé dans toutes ses parties la profondeur du lac et se sont assurés qu'elle n'était guère en moyenne que de 4 mètres. Ce qui les a décidés à ce grand travail, c'est que le lac s'accroît tous les jours. On connaît l'époque de sa première formation au treizième siècle; depuis il grandit d'une manière extraordinaire; ainsi, en 1542, il avait environ 3500 hectares et maintenant il en a 10,000. Il est sans doute très difficile d'expliquer comment ce creusement a pu avoir lieu, et de deviner ce qu'est devenu le sol qui manque en ce point. On serait tenté d'attribuer cette immense faille de terrain à un affaissement; cependant, comme son premier effet est dû à une tempête, on admet plus généralement qu'il est le résultat de l'action des eaux. C'est autant l'intérêt de la ville d'Amsterdam, voisine de cette mer, que le désir d'acquérir 10,000 hectares de bon sol, qui ont fait décider ce desséchement dès longtemps en projet; cette grande cité a craint que ce chancre, qui chaque jour s'agrandit, ne vint envahir le terrain sur lequel elle est bàtie. Les machines à vapeur, inconnues à l'époque des premiers projets de desséchement, ajouteront beaucoup de facilité à cette opération; la plupart des desséchements anciens se sont exécutés au moyen des moulins à vent; mais ils seraient insuffisants pour faire la première vidange de cette immense quantité d'eau. Quatre machines, chacune de la force de 300 chevaux, en soulèveront à la fois une masse qui représente celle de quatre rivières qui s'écouleront à la mer. La première opération faite, il ne faudra plus, pour évacuer les eaux de pluie et d'infiltration, qu'une force vingt fois, trente fois moindre peut-être, qu'on demandera au vent moteur qui ne coûte rien, plutôt qu'à la houille. Mais les grandes machines seront toujours prêtes pour débarrasser le sol des eaux que les tempêtes de ces mers orageuses pourront encore pousser par-dessus les digues qui assureront la nouvelle conquête.

Ce projet est sans doute d'une difficile exécution; mais les Hollandais sont un peuple patient, laborieux, actif et intelligent, qui réussit a tout ce qui est possible. Les capitaux ne lui manquent point parce qu'il sait les gagner, les ménager et les employer à propos. Il y a quelques siècles, leur pays était en grande partie sous les eaux de la mer haute; ils l'en ont fait sortir par leur industrié, et l'en défendent par des digues et une surveillance de tous les instants... Il leur restait de grands espaces dont le sol était au-dessous des marées basses; ils en ont encore évacué les eaux et y recueillent les plus abondants produits; imitons-les donc dans leurs travaux, leur patience, leur volonté ferme. Plaçons comme eux sur nos étangs maritimes, dont le fond est au-dessous de la marée haute, des moulins à vent, et, s'il le faut, des machines à vapeur pour élever les eaux dans des canaux qui les envoient à la mer, et nous aurons comme eux des polders féconds qui produiront sans engrais d'abondantes moissons pendant des siècles. Dès longtemps, s'ils étaient à eux, nos marais, nos étangs des bords de la mer, seraient desséchés; car chez eux tous les sols de cette nature sont mis en valeur. Voisins de nos côtes de l'Océan, ils nous ont déjà desséché des marais considérables; appelons-les encore, s'il le faut, sur celles de la Méditerranée, et ils nous produiront d'aussi bons résultats. Sans doute la France ne manque pas d'hommes industrieux, mais la pratique de l'art des desséchements nous manque. Adressons-nous donc à ceux qui ont créé cet art, qui l'exercent tous les jours, et qui vivent sur un sol artificiel que la mer recouvrirait sans les soins de tous les instants qu'ils y donnent