leur viabilité aux diverses époques de l'année, leur entretien annuel, leur police; enfin les dangers, les obstacles ou les inconvéniens qu'elles peuvent présenter dans leur cours. On s'informe, enfin, des moyens de transport qui y sont en usage, et si ceux-ci se font à dos d'animaux, par le petit ou le grand roulage ou le roulage accéléré, et quel est le prix de chaque moyen de transport par tonneau et par kilomètre.
On peut établir une enquête à peu près semblable, quoique moins étendue, pour les routes de traverse, les chemins vicinaux et communaux, dont le bon état est d'un intérêt immédiat pour l'agriculteur.
Un chemin de fer ou route à ornières en fer ne diffère d'une route ordinaire, sous le rapport des transports, que par la célérité de ceux-ci, qui ordinairement y est plus grande, et par la diminution des frais de roulage; toutes les autres conditions que l'on doit étudier pour les routes communés doivent donc être de nouveau passées en revue pour les chemins de fer et examinées séparément.
Les voies de communication exigent, la plupart du temps, dans leur cours, la construction d'ouvrages d'art, tels que ponts, passerelles, viaductes, souterrains, digues, épis, écluses, etc., dont il importe de connaître l'état d'entretien; elles nécessitent aussi souvent l'établissement de bacs, de bateaux, de lieux de passage, etc. qui doivent être en tout temps en bon état et offrir toute sécurité.
Enfin, il ne faut pas oublier que les frais de transport sont souvent accrus par des droits de navigation, de circulation, de pêage ou de passage qui ont été établis dans certaines parties de ces voies, ou par des droits d'octroi à l'entrée des villes, et qu'en outre la circulation y est souvent retardée par des formalités administratives. On cherchera donc à connaître le montant de ces droits dans les diverses parties de chaque route, et on tiendra compte des pertes de temps que les formalités causent à la célérité des transports.
2° Il importe beaucoup à celui qui veut fonder un établissement agricole d'avoir des renseignemens précis sur la population du pays qu'il veut habiter et de l'étudier sous le rapport du nombre des individus qui la composent, de son industrie, sa répartition, sa condition, ses mœurs, son état physique et moral, son éducation et ses usages.
En règle générale, plus une population est en même temps nombreuse, active, éclairée, industriuse, dans l'aisance et douée de l'esprit d'association, plus aussi elle éprouve de besoins et consomme de produits agricoles. Une population apathique, misérable, ignorante, sans industrie, n'éprouve au contraire que des besoins circonscrits, et, à nombre égal, ne consomme pas souvent la dixième partie des produits que la première désire et parvient à se procurer par son travail et ses richesses.
Rien au reste n'est plus aisé à distinguer, sous ce rapport, que le caractère de la population d'un canton. Si elle est nombreuse, active et riche, tout y respire l'aisance, la santé, l'abondance et le contentement; les habitations sont saines, étendues, bien disposées et décorées avec une sorte d'élégance; le sol y a une grande valeur et est travaillé partout avec le plus grand soin; tout y est dans un mouvement continuel par suite des échanges nombreux, des rapports commerciaux et industriels très fréquens qui s'établissent entre les hommes. Un pays pauvre et misérable offre un tableau entièrement opposé.
La répartition de la population sur la surface du pays est aussi utile à connaître. Des villes populeuses présentent à l'agriculture de grands avantages, en assurant l'écoulement d'une grande quantité de produits variés. En revanche, de nombreuses et grandes villes enlèvent à l'agriculture les hommes les plus valides et les plus actifs; leur voisinage nuit souvent à la moralité du peuple des campagnes, ce qui rend l'exercice de l'agriculture plus difficile, élève le prix des fonds et celui du travail, mais il accroît souvent aussi les profits dans un plus grand rapport.
Quant à la condition de la population des campagnes, THAER s'exprime ainsi :
« La population des campagnes peut être composée de telle sorte que les agriculteurs qui cultivent pour leur propre compte y dominant, ou que ce soient ceux qui travaillent pour autrui ou la classe ouvrière proprement dite.
« Dans le premier cas, les immeubles sont très divisés et les propriétés petites; les fonds, en général, ont atteint un haut prix et donnent de forts produits. Rarement on pourra espérer de grands avantages d'un grand établissement dans une telle localité, parce que non-seulement le sol y est plus cher et produit une haute rente, mais aussi parce que la main-d'œuvre y est ordinairement très coûteuse et l'écoulement des produits difficile. Chacun, en effet, s'y procure par la culture ce dont il a besoin et a un excédant qu'il conduit au marché. De là résulte une concurrence qui abaisse les prix souvent au-dessous des frais de culture.
« Au contraire, une nombreuse population dans la classe ouvrière est très désirable, surtout pour le grand cultivateur; elle facilite beaucoup l'exploitation d'un grand établissement et permet une culture plus soignée, lors même que le prix du travail n'y est pas très bas. Si en tout temps et moyennant un salaire convenable il est facile d'avoir un choix d'ouvriers, on peut appliquer en agriculture la division du travail, autant que celle-ci se prête à cette division. »
Lorsqu'on s'occupe de la recherche d'un domaine, il ne faut pas négliger l'examen des mœurs, de la manière de vivre, de la moralité, du caractère des différentes classes d'habitants et des usages locaux.
Une population de mœurs pures, économe, loyale, d'un caractère franc et animée de sentimens d'honneur, de délicatesse et de bienveillance réciproques, est celle au sein de laquelle on doit aimer à se fixer.
L'état moral et physique des individus de la classe ouvrière, leur vie privée et leurs mœurs méritent surtout une attention sérieuse. Leur force corporelle, leur activité, leur adresse dépendent de leur bien-être relatif, et il en est à peu près de même de leur moralité et de leur fidélité. Les hommes probes et moraux ont une valeur inappréciable pour l'agriculture.