C'est principalement le saule blanc et le saule fragile qu'on plante sur le bord des prairies et des pâturages dont le fond est plus ou moins humide, ou qui sont situées sur les rives des eaux courantes. Ces arbres pourraient se multiplier de graines; mais, comme ce moyen serait trop long, on n'en fait jamais usage; on n'emploie que les grosses boutures, nommées plançons, que l'on fait avec des branches de 4 à 5 ans, et ayant 6 à 7 pouces de tour par le bas; on taille cette partie inférieure en bec de flûte, et on l'enfonce de 15 à 20 pouces en terre, dans des trous faits seulement avec un gros pieu dont le bout est armé de fer. Avec le même pieu on presse assez la terre autour du plançon, en l'enfouçant à 2 ou 3 reprises et à quelques pouces à côté, de manière à l'empêcher de vaciller dans son trou; enfin on le butte au pied, à la hauteur de 10 à 12 pouces, avec de la terre prise aux environs, et, sans autre précaution, la presque totalité de ces plançons s'enracine facilement et fait promptement de beaux arbres. Lorsqu'on veut élever les saules à haute tige, il faut avoir la précaution de planter les branches entières sans en retrancher le sommet: on les coupe, au contraire, à 6 ou 7 pieds quand on veut en faire des têtards.

Les émondes que l'on retire des saules sont d'un usage journalier dans les campagnes pour le chauffage, et ce sont principalement les menues branches qui y sont employées. Elles ne donnent en brûlant qu'une médiocre chaleur; la braise qu'elles fournissent se couvre promptement de cendres, ce qui lui fait perdre promptement son ardeur. On fait avec les plus grosses des gaules qui servent pour palissades, échalas, etc. C'est des saules têtards qu'on retire les plus belles. Les arbres à haute tige ne fournissent guère que de menus brins bons à brûler; mais quand ils ont une certaine grosseur, comme 3 à 4 pieds de circonférence à hauteur d'homme, on peut les abattre pour faire du bois de travail. Le tronc des têtards, au contraire, est presque toujours pourri dans le cœur, et n'est bon à rien, si ce n'est à brûler.

Le bois du saule blanc et du saule fragile est rougeâtre ou roussâtre; il a le grain assez fin et uni; il se travaille bien, soit à la varlope, soit au tour; on en fait principalement des sabots; les charpentiers des campagnes s'en servent quelquefois pour solives; les menuisiers l'emploi rarement, si ce n'est pour des ouvrages communs. Ce bois est très-léger; il ne pèse que 27 à 28 livres par pied cube. L'écorce de ces arbres est amère et astringente; on l'a quelquefois employée comme fébrifuge, à défaut de quinquina. Les chimistes modernes y ont découvert un principe particulier auquel ils ont donné le nom de salicine. Dans quelques cantons on se sert de cette écorce pour le tannage des cuirs. Au printemps, les abeilles font une abondante moisson de cire et de miel sur les fleurs de ces arbres et des autres espèces congénères. Les vaches et les autres bestiaux aiment les feuilles des saules et les broutent avec avidité. On a essayé sans succès de fabriquer des étoffes avec le duvet qui est à la base des graines; il est trop court pour pouvoir étrefilé.

SAULE à feuilles aiguës (S. acutifolia, Willd.). Cet arbre est originaire des environs de la mer Caspienne; il s'élève à 20 ou 25 pieds de hauteur, et est remarquable par ses jeunes rameaux d'un violet noirâtre, à la surface desque ils se trouve une poussière ou sorte de fleur à peu près comme sur certaines prunes. Ses feuilles sont étroites, lancéolées, aiguës, dentées et glanduleuses en leurs bords. Ce saule est encore très-peu répandu; il mériterait d'être multiplié, surtout dans les oseraies, à cause de la flexibilité et de la ténacité de ses jeunes rameaux.

SAULE précoce (S. præcox, Willd.). Arbre de 30 à 40 pieds de haut, dont les jeunes rameaux, d'un rouge assez foncé, paraissent d'une couleur cendrée à cause de la poussière qui les recouvre, ainsi que dans l'espèce précédente. Ses feuilles sont lancéolées, dentées, munies d'une nervure très-prononcée; elles ne viennent qu'après les fleurs, qui sont disposées en chatons serrés et très-velus. Ce saule croit sur le bord des eaux, dans plusieurs parties de la France, en Italie, en Allemagne, etc. Ses jeunes rameaux ont toutes les qualités propres à faire de bon osier; le bois du tronc est blanchâtre, assez dur pour ce genre : il serait propre à la menuiserie.

SAULE de Babylone ou pleureur (S. babylonica, Lin.). Ce saule est facile à reconnaître; ses branches horizontales, divisées en longs rameaux grêles et pendans, lui donnent un aspect tout particulier; ses feuilles sont étroites-lanceolées, glabrés, d'un vert tendre; et ses fleurs sont disposées en chatons grêles et jaunâtres. Cette espèce est originaire du Levant; on la cultive dans presque tous les jardins paysagers, à cause de l'effet pittoresque qu'elle produit.

II. Espèces dont les feuilles sont ovales ou lancéolées, et les fleurs femelles à ovaires toujours velus.

SAULE marceau, vulgairement Marsault ou Malsault (S. capræa, Lin.). Arbre de 25 à 40

Fig. 64.