IV. — Manière d'arranger les affaires d'argent.

Il y a diverses manières de s'arranger dans un ménage pour la dépense. Le mieux, sans contredit, serait que l'argent fût entièrement commun, et que maître et maîtresse pussent en disposer, à la charge de se rendre compte mutuellement; mais outre que cela ne convient pas à tous les maris, cette communauté de dépense est quelquefois difficile lorsqu'un homme est dans les affaires, ou qu'il fait valoir son domaine, ce qui est à peu près la même chose.

Le mari peut donc donner une somme fixe pour les dépenses personnelles de sa femme et pour celles du ménage, ou lui remettre, lorsqu'elle en a besoin, de l'argent dont elle rend compte; mais alors, pour que la partie fût égale, il faudrait que le mari rendît compte aussi à sa femme de l'emploi de l'argent resté à sa disposition; mais comme il est rare qu'un homme veuille s'assujettir à cette obligation, juste cependant, je crois qu'il est plus raisonnable de fixer une somme dont une partie appartient en propre à la ménagère. Si on ne lui faisait pas cette petite concession, on lui ravirait le plaisir d'une aumône secrète, et celui d'un présent à son mari, à une amie, à un membre de sa famille.

D'ailleurs, comme une bonne ménagère contribue activement à la prospérité d'une maison, comme à celle d'une exploitation agricole, il me semble juste de lui attribuer une part sur les produits obtenus par son travail et ses soins. Cet argent sera d'une haute valeur pour elle.

La dépense du ménage est bien plus difficile à préciser à la campagne qu'à la ville. Elle varie selon la saison, les travaux, la fertilité des années et le plus ou moins d'activité des domestiques. Je pense donc qu'il serait mieux de verser en caisse l'argent destiné au ménage. La ménagère en tiendrait un compte exact; c'est en examinant ces comptes, avec son mari, que celui-ci pourrait lui faire les observations qu'il jugerait convenable sur l'emploi de l'argent. Il sera juste et raisonnable aussi que les autres dépenses de l'exploitation