La basse-cour en France.

En s'occupant des volailles, les Anglais ont pris une fausse route; ils ont dépassé le but sans l'atteindre. La basse-cour ne doit pas être une succursale de l'étable; elle n'élève pas en vue de la boucherie, ses produits ont une autre destination. Nous avons visé moins haut, nous sommes restés en deçà de la perfection désirable, et cependant, en fin de compte, nous avons agi plus sagement que nos rivaux. Nous avons des basses-cours très peuplées de variétés excellentes quand nous daignons les entretenir, mais le plus grand nombre de nos volailles est inférieur, parce que nous les laissons dans l'abandon. Les races sont bonnes en général, mais le mode d'éducation est défectueux, ou plutôt l'état de sauvagerie, l'oubli des soins hygiéniques les plus simples, nuisent tout à la fois au développement et au rendement. Nous récoltons d'immenses quantités d'œufs et nous en exportons pour des sommes considérables, mais nous pourrions accroître encore beaucoup la production des œufs comme la production de la viande. Nous trouvons ici les extrêmes les plus marqués. A côté des chapons de la Bresse, des poulardes du Mans, des magnifiques volailles de Normandie, de Barbezieux, combien apporte-t-on encore sur les marchés de poulets étiques dont la chair n'est pas faite! Combien de poules qu'on a laissées vieillir par ignorance et dont la viande ne résiste pas moins au couteau qu'à la dent! Que de profits manqués par incurie ou faute de savoir, et quelle pauvre alimentation, au lieu d'aliments salubres et succulents!

Les Anglais ont cherché à obtenir plus de viande, nous nous sommes contentés de faire produire à nos volailles plus d'œufs : nous pouvons facilement obtenir beaucoup plus dans les deux ordres de produits. Nos basses-cours renferment en trop grand nombre des pondeuses médiocres, qu'il faudrait consommer dès qu'on a reconnu en elles ce défaut; puis tout en conservant nos plus précieuses races, sans les altérer par des croisements intempestifs ou onéreux, on pourrait les améliorer par voie de sélection intelligente et en obtenir les rendements plus élevés. Un mauvais animal mange autant qu'un bon. Cette loi régit toutes nos espèces domestiques et devrait présider également à toutes combinaisons d'économie agricole, depuis le cheval jusqu'au la-pin. Car ce que j'ai dit des volailles peut être appliqué avec au-